J’ai les Mad Men dans la peau

Voilà un moment que je veux vous parler d’une série qui m’a époustouflée, j’ai nommé les magnifiques Mad Men. Aujourd’hui, c’est chose faite.

Cette série, cela fait plusieurs années que je me disais qu’il serait temps que je m’y mette : des critiques dithyrambiques, des récompenses en veux-tu, en voilà… Quelle était donc cette œuvre sublime ? Qui était ce Jon Hamm qui gagnait tous les Golden Globes du meilleur acteur à la place de Michael C Hall ?

L’été dernier, j’ai sauté le pas. Je ne m’en suis toujours pas remise.

Mad Men ou la recherche de l’esthétisme
Mad Man, voilà un nom de série qui claque. Mais pas seulement. Les Mad Men, ce sont les publicitaires en vogue sur Madison Avenue à New York dans les années 60. Oui, vous l’avez compris : Mad Men est made in sixties.
Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’esthétique est particulièrement soignée : décors, costumes, accessoires, dialogues, mise en scène… Pas une seule fausse note à déplorer. Cette esthétique a fait couler beaucoup d’encre et pas seulement dans les magazines télé. La presse féminine et les créateurs de mode se sont emparés du phénomène, glorifiant la moindre mèche gominée, robe à fleurs ou lampe de bureau.

 

Mais réduire Mad Men à une image parfaite sur papier glacé serait une regrettable erreur. Oui, l’esthétique constitue l’identité de la série, mais elle permet surtout de faire éclater les imperfections de tous les personnages.
Si Mad Men se passait à notre époque, elle ne pourrait pas être diffusée. Trop de violence ? Trop de sexe ? Non, pensez-vous, ce serait plutôt de bons arguments. Non, le gros problème de tous ces Mad Men, c’est qu’ils passent toute leur journée à fumer et à boire. Il est donc intéressant de voir à notre époque, où la chasse aux fumeurs se fait chaque jour un peu plus forte (je tiens à préciser que je ne suis pas fumeuse ;)), où la moindre cigarette est bannie des écrans ou sert à bien montrer aux spectateurs que celui qui fume est le méchant de l’histoire, tous les personnages de Mad Men avec une cigarette au bec : hommes, femmes, point de discrimination en la matière. Les paquets se vident à la vitesse de l’éclair sans que personne ne s’en émeuve. De même, il est totalement naturel de vider une bouteille de whisky au boulot et de picoler dès qu’on entre dans le bureau d’un collègue.

Des personnages prisonniers
Les lecteurs qui me suivent savent déjà que ce qui m’attire le plus dans une série, ce sont les personnages, leur psychologie (torturée de préférence) et les relations (complexes si possible) qu’ils entretiennent.
Avec Mad Men, je suis servie, tout est mis au service des personnages : le rythme est lent pour mieux s’attarder sur chacun d’eux, la construction narrative qui fonctionne par petites touches qui font sens au fil des épisodes et des saisons, la mise en scène jouant magnifiquement sur des regards, des gestes, des soupirs… Le paradis en somme
Le point commun des hommes et des femmes que l’on croise dans Mad Men ? Il sont tous prisonniers.


Don Draper (Jon Hamm) est le personnage central. Sa vie semble parfaite : directeur artistique de l’agence Sterling Cooper, marié à la sublime Betty, père de deux adorables enfants, amant à ses (nombreuses) heures perdues. Il suscite admiration, jalousie et toutes les femmes se pâment devant lui. Il résume à lui seul le rêve américain et pourrait être le héros d’un pub pour le bonheur. Et pourtant.
Pourtant, Don Draper est malheureux. Malheureux, car prisonnier d’un lourd secret qu’il cache depuis des années, prisonnier de ses mensonges, prisonnier de l’image qu’il renvoie et qui ne reflète en rien qui il est. Sa vie est une éternelle fuite en avant afin d’échapper aux démons qui le hantent. Et lorsque ces démons se rappellent à lui, sa seule réaction est le déni.
Au fond, Don Draper est profondément seul. Incapable de s’accepter tel qu’il est, de faire face à ses sentiments, il ne tombe jamais le masque et laisse les autres, en particulier les personnes qu’il aime, à distance. Je suis donc totalement folle de Don Draper !
Betty Draper (January Jones) devrait être comblée. Mannequin, elle rencontre le prince charmant et fonde avec lui une belle famille. Ils habitent dans une belle maison, dans une belle banlieue, le rêve de toute housewife qui se respecte. Mais comme ses consœurs de Wisteria Lane, Betty is desperate.
Betty s’ennuie. Sa belle maison, son bel intérieur, ses belles robe, ses beaux enfants, ses belles amies, tout l’ennuie. Elle croyait vivre un conte de fées, finalement c’est un cauchemar. Traînant des névroses, elle n’arrive pas à s’accomplir en tant que mère. Elle se rend compte qu’une partie de son mari lui échappe, qu’il la laisse sur le bord du chemin. Elle passe ses journées à se languir, regrettant le temps où elle courait les défilés. La voilà donc prisonnière de son rôle d’épouse modèle, simple faire-valoir de la réussite de son mari, une belle plante que l’on pose dans un coin, mais qui ne mérite aucune considération. Mais attention, Betty n’est pas une simple victime, elle peut même se comporter comme une insupportable enfant gâtée.
Roger Sterling (John Slattery) a hérité de son père : le voilà donc coactionnaire de l’agence Sterling Cooper. Son truc à Roger, c’est le relationnel ou plutôt le cocooning des gros clients. Son autre truc à Roger, c’est le whisky qu’il ingurgite comme un gamin du Coca. Ce quinquagénaire partage sa vie entre sa femme, sa fille rebelle et sa maîtresse. Rien ne semble l’atteindre ou compter, mais ce faux détachement cache surtout une totale désillusion.
Joan Harris (Christina Hendricks) chapeaute le staff de secrétaires de l’agence Sterling et Cooper et partage accessoirement le lit de Roger le temps d’un cinq à sept. Joan mise tout sur ses formes hautement avantageuses et pense ainsi avoir les hommes sous son contrôle. Mais dans ce monde où ce sont les hommes qui ont le pouvoir, elle n’a que très peu de crédit à leurs yeux et, bien que désirée, elle n’en est pas plus respectée.
Pete Campbell (Vincent Kartheiser) est un des jeunes commerciaux plein d’avenir de l’agence. Il semble incarner une jeunesse à qui tout sourit : famille fortunée, fiancée, boulot rempli de promesses. Mais voilà, Pete n’arrive pas à assumer le rôle social qu’il doit endosser. Il passe son temps à courir après une reconnaissance paternelle qui ne vient pas, une reconnaissance professionnelle auprès de Don Draper, autant admiré que jalousé, qui elle non plus ne vient pas. Se sentant obligé de répondre à ce que l’on attend de lui, il choisit un mariage de raison, plutôt que de tout envoyer valser et de vivre pleinement un amour.
Peggy Olson (Elisabeth Moss) est une jeune secrétaire qui débute dans l’agence. Elle a la place enviée de prendre les messages, le chapeau et le manteau de Don Draper. Peggy est naïve et se sent étrangère à ce Manhattan qui la fait rêver, elle qui rentre tous les soirs dans le lointain Brooklyn. Peggy découvre ce monde où les femmes ne sont bonnes qu’à apporter le café et à être l’objet de tous les regards.
Mais Peggy ne va pas rester cette gentille petite secrétaire. Elle incarne ces femmes qui ont décidé de changer la donne : elle refuse de se cantonner à ce qui l’attend, se marier et avoir des enfants. Elle a des ambitions, et chose complètement incongrue (et ce encore de nos jours, mais c’est une autre histoire…), elle aimerait être considérée à l’égal des hommes. La relation qu’elle tisse avec Don Draper est aussi intéressante que touchante.

Mad Men ou la fin d’une époque
La première saison de Mad Men se situe en 1961. Cette date n’a pas été choisie par hasard par les scénaristes : elle correspond à un tournant de l’histoire.
Mad Men nous parle surtout d’un monde qui est en train de changer et qui ne sera plus tout à fait le même. Les hommes blancs qui ont le pouvoir vont peut à peu chuter et perdre de leur superbe. C’est l’époque où les noirs se battent pour les droits civiques. C’est l’époque où la conscience féministe se fait plus forte. C’est l’époque où la jeunesse ne veut plus du modèle imposé par leurs parents et remettent en cause l’ordre établi. C’est l’époque où les États-Unis cessent d’être la seule puissance mondiale et doivent faire face à l’URSS.
Tous ces bouleversements ont toute leur place dans Mad Men et il est très intéressant de voir les personnages s’inscrire dans cette Histoire ou faire comme si rien ne se passait.

Le générique de la série illustre parfaitement cette rupture :


Pour terminer et vous aider à mieux vous rendre compte ce qui fait de Don Draper un homme si charismatique et un directeur artistique si doué, voici une de mes scènes préférées :

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2 réponses sur “J’ai les Mad Men dans la peau”

  1. Je ne vais pas te redire encore merci pour m'avoir fait découvrir cette série… 😉 J'adore cette scène dans Caroussel. En quelques secondes, elle montre une grande partie du personnage, mais tellement subtilement qu'on le découvre à chaque visionnage. Bon, perso, heureusement que je l'avais vue en version sous-titrée!
    Bref, je rattrape mon retard, mais tout en n'allant pas trop vite pour faire durer le plaisir.

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