Damages : le pouvoir est-il différent lorsqu’il est exercé par des femmes ?

New York, ses beaux quartiers, ses cabinets d’avocats puissants qui livrent des batailles sans merci face aux “puissants” de ce monde qui croient que l’argent leur garantit impunité et immunité.

Tel pourrait être le pitch de la série Damages qui attaque cet été sa 4e saison (ce qui ne se fit pas sans mal, le diffuseur d’origine ayant lâché la série après la saison 3 faute d’audiences suffisantes). Cher lecteur, chère lectrice, tu n’es peut-être pas fan des séries d’avocats où les scènes de tribunaux se suivent et se ressemblent. Je te rassure tout de suite, ce n’est absolument pas le sujet de Damages et il n’y a jamais de scènes de procès. Tout se joue dans de jolis bureaux qui n’ont de joli que la déco car ce qui s’y trame n’a rien de léger.

L’intérêt de Damages réside dans ses deux personnages principaux ou plutôt “principales” : Patty Hewes (Glenn Close) et Ellen Parsons (Rose Byrne).

PATTY HEWES, UNE MAIN DE FER DANS UN GANT D’ACIER

Patty Hewes est une femme qui a réussi. Elle dirige l’un des plus puissants cabinet d’avocats de New York, elle vit dans un luxueux appartement, son mari est haut placé et son chien fidèle.

Mais avant tout, Patty Hewes est une redoutable avocate. Son credo ? Gagner, gagner et gagner, et peu importe que le chemin soit pavé de manipulations, de mensonges et de vies détruites.

Ce qu’elle préfère par-dessus tout, ce sont les auditions avec la partie adverse où elle joue avec l’accusé en se délectant de sa mise à mort. Le terme peut sembler exagéré, mais c’est bien ce que Patty Hewes recherche : voir ces puissants perdre toute leur superbe, tomber et ne pas réussir à se relever. Ne vous méprenez pas, Patty n’a pas l’âme d’un Robin des Bois. Certes, grâce à elle, de simples hommes et femmes toucheront de larges indemnités. Certes, elle peut apparaître comme “l’avocate qui ose tenir tête à tous ces intouchables”. Mais la réalité est toute autre : Patty Hewes est attirée par le pouvoir et obnubilée par la volonté de prouver que c’est elle qui le détient, qu’elle possède le contrôle.

Je te rassure tout de suite, cher lecteur, chère lectrice, Patty Hewes a ses failles. Les scénaristes les distillent au fil des saisons, mais sans donner de réelles explications. Ils nous montrent aussi une Patty qui s’effondre, mais cela ne dure jamais très longtemps et surtout, cela ne suscite aucune remise en question. Elle a tracé son chemin et ne s’en éloignera jamais, quoi qu’il en coûte.

ELLEN PARSONS, L’AGNEAU QUI CACHE LA TIGRESSE

Ellen Parsons sort tout juste de l’école et cherche son premier job. La voilà dans le collimateur de Patty Hewes qui l’engage.

Au départ, Ellen semble bien fragile avec son visage d’ange, ses 30 kilos (bon ok, j’exagère un peu, mais je dois pas être loin) et sa naïve découverte des arcanes d’un cabinet d’avocats. Mais lorsqu’on côtoie Patty Hewes, la naïveté se fait vite la malle et Ellen l’apprendra à ses dépens.
Heureusement, Ellen Parsons ne se limite pas à cette oie blanche et se teinte très vite de gris, voire de noir. Elle fera siennes des armes de Patty et empruntera elle aussi le dangereux chemin de la soif de pouvoir.

Patty Hewes/Ellen Parsons : entre répulsion et fascination

Le destin de ces femmes aurait dû les séparer à jamais, et pourtant elles ne cessent de se retrouver. Patty a d’abord considéré Ellen comme une simple marionnette, mais au fil du temps, elle se reconnaît en elle. Elles ont toute deux voulu s’éloigner de leur modeste condition et ont l’ambition pour seul moteur.
Bien qu’Ellen ait souffert des méthodes de Patty, elle a fini par accepter le fait qu’elles seules donnaient des résultats et surtout qu’elle voulait être comme Patty. Ellen sait pertinemment ce qui l’attend. Ne cherchez pas de salut : ni l’une, ni l’autre n’empêchera l’autre de sombrer.

DAMAGES, UNE SÉRIE FÉMINISTE ?

La question peut sembler saugrenue et je dois admettre qu’elle est réductrice. Une série qui met en scène des femmes puissantes est-elle par définition féministe ?

Damages au moins un intérêt : ne pas montrer les femmes par le prisme de la douceur, de la maternité, de l’empathie, clichés tant de fois ressassés. Patty et Ellen sont tout sauf des archétypes de la femme habituellement dépeinte.

Mais avant d’être des femmes, Patty et Ellen sont des êtres humains. Et la première ambition des showrunners de Damages, Glenn Kessler, Todd A. Kessler, Daniel Zelman, est de parler de la quête de la réussite et du pouvoir. Ils l’expliquent très bien dans Showrunners la série de documentaires diffusée il y a quelques mois sur Orange Ciné Max. « C’était la question que l’on se posait : que sommes-nous prêts à sacrifier pour réussir ? « On s’intéressait aussi au pouvoir. Aux rapports de pouvoir au travail et dans la vie. Le système judiciaire semblait être un milieu où une femme pouvait obtenir un très grand pouvoir. « Il n’y avait pas de série sur une femme de pouvoir. Où une femme pouvait-elle acquérir le niveau de pouvoir d’un Tony Soprano, par exemple ? Donc la série a commencé à se préciser. »

Ce qui ressort de Damages, c’est que le pouvoir isole et détruit tout sur son passage. Une fois la machine infernale enclenchée, plus rien ne peut l’arrêter. La grande question est de savoir si cela vaut le coup.  Autre idée intéressante,  pour exercer le pouvoir à un tel niveau, il faut parfois frôler la limite du sociopathe. Là encore, ce questionnement est à l’origine de la série. « On est tombé sur un article dans The New York Times. Des psychologues avaient défini un nouveau type de personnalité. Deux groupes arrivaient en haut de l’échelle mesurant leur penchant à la manipulation, la cruauté, la paranoïa et l’angoisse. « Les psychopathes et les P.-D.G. avaient des résultats similaires. Nous sommes donc partis du principe qu’il faut avoir une personnalité limite, borderline, pour réussir au plus haut niveau. C’est vraiment difficile pour une personne “normale” avec une vie “normale” de réussir. » « On a mis tout ça dans une marmite et on a mélangé. C’est comme ça qu’on a inventé le personnage de Patty Hewes. »

Allez, pour finir ce billet en beauté, voici le générique.

Image de prévisualisation YouTube
Share

2 réponses sur “Damages : le pouvoir est-il différent lorsqu’il est exercé par des femmes ?”

  1. Bon allez, va falloir que je retourne bosser moi: 50′ que je suis scotché à ton blog.

    Je m’arrète (provisoirement) à cet article sur Damages à l’heure où je vais écrire ma critique de la saison 2.

    Analyse vraiment intéressante, la question que je me pose est la faculté de renouvellement du concept. La deuxième saison joure exactement sur les mêmes ressorts que la première et ça m’inquiète pour la suite. (Pas encore vu la 3eme)

    1. Merci de prendre le temps de flâner par ici !

      Effectivement, le ressort reste essentiellement centré sur la relation Patty/Ellen au fil des saisons. Mais elle reste tout de même fort intéressante à regarder.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *