Plongez avec délice dans l’Angleterre de Downton Abbey

Cher lecteur, chère lectrice, aujourd’hui, je brise la malédiction de la series addict en détresse qui n’a plus le temps d’écire un billet. Et pas n’importe lequel : un billet sur la série anglaise Donwton Abbey, dont la saison 2 vient de débuter.
Mes fidèles lecteurs et lectrices, savent déjà que les séries anglaises n’ont pas, a priori, ma préférence et que je les découvre depuis peu. Downton Abbey m’a été vantée encore et encore par une grande amatrice de séries d’outre-Manche (celle-là même qui m’avait chaudement recommandé Lost Girl, autant dire qu’il s’agit d’une personne de goût).

UN PITCH PAS FORCÉMENT FACILE

Nuit du 14 au 15 avril 1912 : le Titanic sombre tragiquement emportant avec lui le fiancé de Mary Crawley, l’héritier du domaine de Downton dans la campagne londonienne. À Downton, c’est la consternation : l’héritier disparu, l’ordre établi est bouleversé. Aucune des trois filles Crawley ne peut prétendre au titre, mais surtout la fortune ainsi que le domaine risquent d’être perdus au profit d’un lointain cousin, Matthew Crawley, “simple avocat”.

J’en vois déjà parmi vous froncer les sourcils et craindre une série poussiéreuse et ennuyeuse.

Détrompez-vous, c’est tout le contraire !

La production bénéficie d’un budget plus que conséquent offrant une reconstitution historique particulièrement bluffante. Mais surtout, ces débauches de moyens n’oublient pas l’essentiel : les personnages.

DEUX POINT DE VUE PASSIONNANTS

La grande force de Downton Abbey est de nous proposer deux regards : celui des Crawley et celui de leurs domestiques. Deux mondes que tout oppose mais qui n’existent pas l’un sans l’autre.
L’ouverture du pilot est diablement efficace : elle montre le travail matinal des domestiques, s’affairant de tout côté telle une ruche, en total décalage avec l’apparente nonchalance de la famille. Downton Abbey est donc une série au casting particulièrement fourni et réussit le tour de force de ne pas perdre le téléspectateur et de rendre chaque personnage aussi intéressant qu’attachant. L’écriture est particulièrement soignée ainsi que la mise en scène qui semble parfois nous montrer un ballet incessant.
Les scénaristes auraient pu jouer la facilité et nous peindre un tableau très caricatural : de méchants  aristocrates qui traitent avec mépris ces pauvres domestiques, corvéables à merci. Ne croyez pas que Downton Abbey dégouline de bons sentiments, la médiocrité humaine y est bien présente, également répartie à chaque niveau de l’échelle sociale. Bien sûr, certains domestiques nourrissent de la rancœur et j’ai quelquefois pensé à la chanson Maudite clochette de Juliette.

http://www.dailymotion.com/video/xsq3u

DEUX CASTES CODIFIÉES

Chez les Crawley, chacun a son rôle à jouer

Mary  (Laura Carmichael) est l’aînée des trois filles. Belle, impétueuse, l’avenir de la famille repose sur ses épaules et plus particulièrement sur celles de l’homme qu’elle va épouser. Et c’est bien là que le bât blesse. Mary ne supporte pas de n’être réduite qu’à une future épouse. Pour se sortir de cette frustration, elle manie l’ironie acerbe, se croit supérieure et joue de ses prétendants sans se soucier guère de leurs sentiments.

Il y a également Edith (Laura Carmichael), la cadette, qui n’est ni aussi jolie, ni aussi pétillante que son aînée. Elle vit dans l’ombre de Mary et ses parents se sont fait une raison : elle s’occupera d’eux durant leurs vieux jours. Mésestimée, constamment rabaissée par sa grande sœur qui se rassure en l’humiliant, Edith n’arrive pas à exister et ne nourrit que frustration et jalousie.

De son côté, Sybil (Jessica Brown Findlay), la benjamine, vit dans sa bulle enthousiaste détachée de toute pression. Jeune et libre, elle semble être la sœur la plus épanouie.

Matthew Crawley (Dan Stevens) devrait être le plus heureux des hommes : il hérite d’un domaine et d’un titre et pourrait bien épouser l’impétueuse Mary. Mais voilà, sa vie tranquille d’avocat lui convenait parfaitement et il a beaucoup de mal à s’adapter au train de vie aristocratique. Surtout que l’accueil qui lui est réservé n’est pas des plus chaleureux.

Chez les domestiques, la hiérarchie domine

S’il y a bien un univers totalement régenté, c’est celui des domestiques. Rien n’est laissé au hasard, chacun doit tenir son rang à la fois devant les patrons, mais aussi devant les “collègues”.

En haut de l’échelle, on retrouve Mrs Hugues (Phyllis Logan) chargée du personnel féminin et Mr Carson (Jim Carter) chapeautant le personnel masculin. Ils veillent tout deux à la bonne marche de la ruche avec dévotion, vivant leur mission comme un sacerdoce. Très attachés à la famille Crawley, ils ont à cœur de la défendre et de la représenter avec perfection.

Viennent ensuite le majordome du comte, le mystérieux et boiteux Mr Bates (Brendan Coyle), les serveurs, les femmes de chambre.

Puis, il y a la cuisinière Mrs Pattmore (Lesley Nicol) qui règne comme un tyran sur ses fourneaux et sur sa pauvre aide-cuisinière Daisy (Sophie McShera).

UN MONDE QUI CHANGE

Comme Mad Men qui nous plonge au cœur de l’Amérique des années 60, Downton Abbey est ancrée dans une époque. Et pourtant, son propos reste toujours actuel car comme pour les publicitaires de la Madison Avenue qui chutent irrémédiablement, le monde connu par les Crowley va s’écrouler peu à peu.

On peut même dire que le monde connu par les Crawley s’écroule dès les première minutes avec la disparition de l’héritier. Mais au-delà du destin de cette famille, la donne a changé. Les progrès techniques, tout d’abord, comme l’électricité ou le téléphone qui vont tout bouleverser. La montée d’une nouvelle génération, incarnée par Matthew, élevé loin de toutes les convenances aristocratiques et qui est bien embêté lorsqu’on lui met un majordome dans les pattes ou qu’on s’offusque de le voir occuper un emploi. On note également la naissance d’un féminisme, incarné à la fois par Mary qui refuse d’épouser un homme qu’on lui imposerait et surtout par Sybil, emportée par sa fougue et qui assiste à des meetings en faveur du vote des femmes ou commande une nouvelle tenue qui sera un pantalon, comble de l’audace.

Du côté des domestiques, le changement est lui aussi palpable. Fini les Mrs Hugues et Mr. Carson qui ont voué leur vie à cette famille en mettant de côté la leur, presque comme des religieux. La nouvelle génération ne vit plus sa situation de domestique comme une chance ou un honneur mais rêve d’une autre vie. Ainsi, la femme de chambre de Sybil qui suit une formation de dactylo en cachette et qui se voit secrétaire, bien aidée dans cette aventure par la benjamine Crawley.

Mais bien évidemment, la série débutant en 1912, le grand bouleversement qui s’annonce est la Première Guerre mondiale. Le dernier épisode de la première saison se situe justement au moment de l’entrée en guerre de l’Angleterre et cette guerre sera le nouveau personnage de la saison 2.

Downton Abbey, diffusée sur la chaîne anglaise ITV1. Première saison de 7 épisodes diffusée à l’automne sur TMC. Deuxième saison de 8 épisodes en cours de diffusion en Angleterre.

Image de prévisualisation YouTube
Share

3 réflexions au sujet de « Plongez avec délice dans l’Angleterre de Downton Abbey »

  1. Quel beau billet ! Super ordonné et clair, il pointe bien les enjeux et les ambitions de cette série absolument grandiose !

    Que d’émotions au visionnage mais toujours un pur plaisir que ce soit en pleurant toutes les larmes de mon pauvre corps lorsque je suis le combat de Bates pour trouver sa place, ou en observant les manigances de Thomes et O’brian qui restent malgré tout attachants (sans doute parce qu’ils sont humains, j’en aurais fait des crasses aussi à leur place) ou en riant face à Sybille et ses idées (et les réactions parentales).

    Définitivement dans mon top 5 historique et sûrement un des plus jolis billets que j’ai lu sur la série 😉

  2. Après en avoir lu du bien un peu partout, j’ai dévoré la saison 1 et je viens de terminer la saison 2. Ton billet retranscrit bien ce qu’on peut trouver d’addictif dans cette série, notamment le travail profond sur l’écriture de chaque personnage. Ce qu’on peut retenir aussi c’est la légèreté et le rythme de chaque épisode, alors qu’on pourrait s’attendre à une lourdeur dans la narration. Au contraire, tous ces costumes, décors et personnages ultra-travaillés s’intègrent dans une histoire fluide et rythmée.

    As-tu des échos pour une 3ème saison ?

    Be seeing you,
    Mentine

    • Rassure-toi, une saison 3 a été signée ! Il me reste encore les deux derniers épisodes de la saison 2 et je retarde leur visionnage au maximum 😉

Répondre à LL Annuler la réponse.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *