Le prince Arthur (Merlin) vs le roi Arthur (Kaamelott)

J’avoue, cher lecteur, chère lectrice, cet intitulé de billet peut surprendre. Comparer Merlin et Kaamelott, est-ce bien raisonnable ? À brûle-pourpoint, je te répondrai qu’effectivement, c’est une pure folie seulement motivée par mes monomanies. Mais, tu vas voir cher lecteur, chère lectrice, que je ne suis pas si illuminée que ça (et je ne veux voir personne ricaner, merci).

Merlin et Kaamelott revisitent la légende arthurienne chacune à leur manière et dans des styles diamétralement opposés. Toutefois, ces deux séries se basent sur un même mythe en conservant ses fondamentaux. On peut s’y appuyer pour comparer ces deux personnages, et même, leur trouver des points communs.

Si vous n’avez jamais vu Kaamelott ou Merlin, les spoilers seront légion. D’un autre ôté, quelle idée de n’avoir jamais vu Kaamelott ou Merlin ?

UTHER PENDRAGON ET YGERNE DE TINTAGEL

Prince Arthur : il n’a jamais connu sa mère, Ygerne, morte en le mettant au monde. Élevé par son père, Uther Pendragon, roi de Camelot à ses heures perdues, il doit exister dans l’ombre de son illustre paternel. Paternel qui mène son royaume avec fermeté, qui attend que son fils soit le successeur dont il a toujours rêvé et qui voue une haine viscérale à la magie (blanche ou noie), n’hésitant pas à exterminer quiconque oserait l’utiliser.

Roi Arthur : il n’a jamais connu son père, Uther Pendragon, mort durant son enfance alors que ce dernier ignorait son existence. On ne peut pas dire qu’il a trouvé du réconfort dans les jupes de sa mère, Ygerne de Tintagel, pour qui l’insctinct maternel est tout aussi naturel que de planter des choux. Arthur, envoyé dans un camp romain dès l’âge de 6 ans, s’est construit seul, mais dès son accession au trône, l’ombre de son sanguinaire de père ne cesse de se rappeler à lui et de la bouche de cette si aimante Ygerne si possible.

Verdict : prince et roi doivent faire face à de très fortes figures parentales auxquelles ils ont constamment comparés et auxquelles il leur est impossible d’échapper. Toute la force de leurs personnages est de s’affirmer, d’écrire leur propre chemin, chemin qui leur permettra de devenir des légendes.

MORGANE ET ANNA DE TINTAGEL

Prince Arthur : Morgane, fille de Gorlois, fidèle ami d’Uther, devient la pupille de ce dernier lorsque son père est tué alors qu’elle est encore une enfant. Arthur et elle sont élevés comme frère et soeur. Toutefois, la belle, mais néanmois téméraire Morgane, va apprendre que sa destinée est toute autre : puissante sorcière et fille biologique d’Uther, sa haine pour son tuteur tant aimé ne fera que grandir, la poussant à assouvir sa soif de pouvoir et à conquérir le trône de Camelot par tous les moyens. Sans plus aucune pitié pour les Pendragon, elle jure leur perte.

Roi Arthur : dans Kaamelott, la fée Morgane est présente, mais n’a rien à voir avec la Morgane vengeresse de Merlin. Son rôle est tout autre : emmener Arthur mourir sur l’île d’Avalon lorsque son heure sera venue. Toutefois, le roi Arthur a lui aussi son ennemie mortelle incarnée par Anna de Tintagel, sa demi-soeur. Anna de Tintagel brûle depuis toujours de la haine la plus féroce à l’encontre de son demi-frère, ce bâtard, fils de l’homme qui a tué son père et qui n’a pas sa place sur le trône. Elle aussi n’a de cesse de précipiter la chute d’Arthur et tentera de le faire assassiner par son incapable de mari, le roi Loth.

Verdit : prince et roi portent le fardeau des erreurs de leurs pères et doivent en payer le prix.

LANCELOT ET GUENIÈVRE

Prince Arthur : dans Merlin, Guenièvre est la servante de Morgane et Lancelot, le chevalier doté de la plus belle noblesse d’âme. Rassurez-vous, le triangle amoureux est respecté : Lancelot et Arthur tombent amoureux de la belle Guenièvre et cette dernière, après avoir d’abord donné son coeur à Lancelot, se laissera emportée par l’amour qu’elle portera à Arthur. Bien sûr, cet amour est semé d’embûches, mais il est certain qu’il triomphera. Quant à Lancelot, il restera d’une fidélité sans faille à Arthur.

Roi Arthur : du côté de Kaamelott, le romantisme est tout autre… Forcé de tirer un trait sur Aconia, la femme qu’il aime, Arthur doit épouser Guenièvre afin d’assoir sa légitimité sur le trône et d’amorcer la fédéraration des différents royaumes. Miné par la perte de cet amour de jeunesse, Arthur ne laissse pas de place pour Guenièvre dans son cœur et la traite le plus souvent avec mépris. Pourtant Guenièvre, elle aussi enfermée dans un mariage qu’elle n’a pas souhaité et qui lui apporte surtout de la frustration, s’attache petit à petit à Arthur et tâche de se convaincre qu’elle l’aime, même si cet amour n’est pas récompensé en retour. Là aussi, le triangle amoureux est respecté : Lancelot tombe amoureux de Guenièvre à la minute où son regard se pose sur elle et la reine de Bretagne se laissera charmer par ce valeureux chevalier, allant jusqu’à s’enfuir pour le retrouver. Mais, le conte de fées s’arrête ici : Guenièvre ne trouvera pas auprès de Lancelot l’amour qu’elle cherchait et finira par retourner auprès d’Arhur, qui a dû renoncer pour le deuxième fois à un amour, et qu’elle épaulera avec bienveillance. Lancelot, brisé et persuadé qu’il est le seul à détenir la vérité et être capable de mener la royaume à sa gloire, oubliera sa fidélité pour Arthur, guidé par une obscure conscience.

Verdict : je ne vous cache pas que la vision plus complexe et sombre de Kaamelott m’intéresse plus que la visions romantique de Merlin. Toutefois, dans les deux cas, prince et roi doivent imposer, avec plus ou moins de succès, leurs sentiments jugés inapropriés ou contraires à leur destinée.

MERLIN

Prince Arthur : comme son nom l’indique, la série Merlin donne toute sa place à… Merlin. Ce dernier a lui auss une destinée qui l’attend : être le plus puissant sorcier que le monde ait connu et aider Arthur à devenir la légende qu’il doit être. Il passe donc son temps à sauver les fesses princières de son maître, sans que celui-ci ne le sache, persuadé que Merlin n’est que son serviteur bien maladroit. Toutefois, une amitié solide et sincère se tisse entre les deux jeunes hommes au cours des saisons et bien qu’Arthur s’évertue à se moquer de Melin, il ne peut cacher son attachement et tout le crédit qu’il lui porte.

Roi Arthur : le Merlin de Kaamelott n’a pas tout à fait le même profil… Druide, il ne maîtrise pas vraiment la magie et apparaît le plus clair de son temps comme le pire enchanteur que le monde ait connu. Pourtant, le roi Arthur le garde à son service. Il faut dire que Merlin a une place dans la vie d’Arthur : c’est lui qui l’a caché d’Uther Pendragon, c’est lui qui l’a accompagé la première fois qu’il a retiré Excalibur du rocher alors qu’il n’était encore qu’un enfant, c’est lui qui vient le chercher à Rome pour qu’il dirige le royaume de Logres.

Verdict : même si les deux personnages sont diamétralement opposés, le mythe est respecté : Arthur et Merlin ont une destinée mêlée et ne pourraient exister l’un sans l’autre.

LE CHEVALIERS DE LA TABLE RONDE

Prince Arthur : les chevaliers de Camelot sont déjà d’actualité du temps d’Uther Pendragon. Mais pour être chevalier, il faut être issu de la noblesse, et de la noblesse d’argent bien sûr. Un homme, aussi noble d’âme et valeureux combattant ne pourra être élevé au rang de chevalier. Aucune dérogation ne saurait être acceptée. Mais voilà, Arthur n’est pas Uther. Lorsque Camelot connaît le plus grand péril de son histoire, le jeune prince assume ses responsabilités et vole au secours de la citadelle, accompagné d’hommes de valeur qui donneraient leurs vies pour cette noble cause. Voilà quels sont les mots du prince Arthur alors qu’ils se réfugient dans un ancien château : « Cette table a appartenu aux anciens rois de Camelot. Une table ronde n’offrait aucune importance à un homme plus qu’à un autre. Ils croyaient à l’égalité en toute chose.Et il semble donc approprié pour nous de renouer avec cette tradition maintenant. Sans aucun d’entre vous, nous ne serions pas ici. » « Demain, quand vous vous battrez, vous pourrez être fiers, sachant que vous êtes membres de la plus noble armée que le monde ait jamais connue. »La scène s’achève par l’adoubement de ces chevaliers de légende : Perceval, Lancelot, Gwaine (Gauvain) et Elyan (accessoirement frère de Guenièvre).

Roi Arthur : à Kaamelott également, la thématique de la table ronde et des chevaliers valeureux (même si toute la bonne volonté du monde ne fait pas tout) est présente. Dans le Livre V, cette citation est presque identique à celle du prince : « J’ai fait construire une grande table pour que les chevaliers s’assoient ensemble. Je l’ai voulue ronde pour qu’aucun d’entre eux ne se retrouve assis dans un angle, en bout de table. » Pour le fils Pendragon, peu importe d’où viennent les hommes qui seront à ses côtés. Seule leur noblesse d’âme et leur engagement comptent. Voilà pourquoi il ordonne cette requête à Merlin avant son départ de Rome : « Vous allez rentrer en Bretagne. Vous allez colporter un message de ma part. Vous allez expliquer à tout le monde, les riches, les pauvres, les jeunes, les vieux, que le fils de Pendragon est de retour et qu’il s’apprête à récupérer l’épée.. truc. Vous allez expliquer au gens que je les encourage à se dinstinguer par un fait d’arme de leur choix, une victoire sur l’un ou l’autre péril, l’acomplissement d’une quête propre à les anoblir et vous leur laissez entendre que les meilleurs d’entre eux seront choisis pour gouverner à mes côtés. »

Verdict : prince et roi accordent beaucoup de crédit aux hommes et à leur valeur, quelque soit leur pedigree, ce qui peut être perçu comme une faiblesse. Voilà pourquoi le prince tient tant au jugement de son serviteur, voilà pourquoi le roi est si indulgent avec Perceval ou ne peut pas haïr Lancelot malgré ses trahisons.

L’EXERCICE DU POUVOIR

Prince Arthur : vivant dans l’ombre de son père qui porte en lui tous ses espoirs, le jeune Arthur peine à trouver sa place et son chemin. Sous ses airs prétentieux, il est enclin au doute et n’est jamais certain de faires les bons choix. Devenu roi, le poids des responsabilités se fait encore plus pressant. Alors que les conséquences de ses actes passés refont surface, il décide de faire face : « Je suis responsable de tout ce qui vous est arrivé, et de toute la violence qui a eu lieu ici. Quand j’ai conduit l’attaque contre votre camp, j’étais jeune et inexpérimenté. Je voulais désespérément prouver mes capacités, à mes hommes, à mon père. Il s’est passé tellement de choses, je voulais tout arrêter. J’étais figé. Je ne savais pas quoi faire. Je peux encore entendre les cris. Je ne peux pas réparer ce tort. Rien que je ne puisse faire ne changera les horreurs qui ont eu lieu ce jour-là. Mais je peux vous promettre, que maintenant que je suis roi, je ferai tout ce que je peux pour empêcher que quelque chose comme cela ne se reproduise jamais. Je vous donne ma parole. »

Roi Arthur : comme je l’ai déjà détaillé ici, l’Arthur de Kaamelott pense usurper sa place et ne pas être digne du rôle qu’il doit jouer. Pourtant, lui non plus ne fuit pas ses responsabilités et s’attelle à la tâche, aussi ardue soit-elle. Bien sûr, il craquera, mais après avoir touché le fond, il ne pourra que rebondir et retrouver le chemin qu’il avait perdu.

Verdict : obligés de suivre une destinée écrite à leur place, les Arthur tentent de s’en sortir du mieux qu’ils peuvent, en portant sur leurs épaules tous les espoirs. Leur seule manière de s’acquitter de cette tâche ? Faire ce qui leur semble juste, quoi qu’il en coûte.

 

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4 réflexions au sujet de « Le prince Arthur (Merlin) vs le roi Arthur (Kaamelott) »

  1. Quelle analyse ! Je te rejoins de partout, le triangle amoureux de Merlin m’intéressant peu !
    Maintenant, si on voulait vraiment rigoler, y avait Camelot vs Kaamelott xD

    • Merci ! J’avais prévenu que j’avais bien « réflexionné » pour écrire ce billet 😉 En ce qui concerne la comparaison Camelot/Kaamelott, eut-il encore fallu que j’eusse terminé la seule et unique première saison :p

  2. très bon article. SOuvent je me dit que les deux visions sont très compatibles. La grande différence tient en fait dans le personnage d’Arthur en lui même. Le prince a été élevé en tant que tel là où le roi a été élevé comme le premier pékin venu. Leur caractère de base diffère donc énormément. Le prince est imbu de lui et traite les domestiques (enfin surtout ce pauvre Merlin) assez mal (mais Merlin et Gwen l’aident à faire les bons choix). Le Roi a gardé son humilité et se sent même mieux avec les gens du peuple. Par contre là où ils sont identiques (et c’est le plus important), jamais au grand jamais je ne les laisserais dormir dans la baignoire…

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