Vous aussi, succombez sans attendre à la Sherlockmania

Cher lecteur, chère lectrice, je ne m’explique toujours pas pourquoi je n’ai pas consacré un billet à la série Sherlock avant aujourd’hui. Je l’ai pourtant découverte à l’été 2010, lors de sa diffusion sur la BBC et le coup de coeur fut immédiat. Mais sans que j’en comprenne vraiment la cause, je ne t’ai parlé de ce cette série que dans ce billet relatif aux séries anglaises. Il est parfois des mystères qui ne seront jamais résolus et malheureusement, je n’ai pas ce cher Sherlock Holmes sous la main pour me délivrer de cette interrogation qui me ronge.

Aujourd’hui, je répare cette terrible erreur. Je la répare d’autant plus promptement que la deuxième saison, diffusée ces dernières semaines en Angleterre, m’a totalement envoûtée. Envoûtement maintenant teinté d’un manque dévastateur alors que cette saison s’est achevée et que la prochaine, finalement confirmée par les créateurs après nous avoir laissé dans le doute avec la complicité des acteurs,  ne verra pas le jour avant un certain temps. Voilà ce qui arrive lorsque les deux acteurs principaux et talentueux sont fort demandés au cinéma : Benedict Cumberbatch (Sherlock) enchaîne les tournages et Martin Freeman (Watson) est quelque peu occupé par son rôle de Bilbo Baggins dans les deux Bilbo signés Peter Jackson (et oui, rien que ça !).

Me voilà donc désemparée, habitée d’une Sherlockmania que rien ne semble pouvoir arrêter (enfin jusqu’à ma prochaine obsession) : je traque les vidéos d’interview, les montages réalisés pas des fans avertis et je visionne encore et encore mes scènes préférées.

Cher lecteur, chère lectrice, tu es peut-être effrayé par cet état, que je reconnais entièrement irrationnel. La force d’un récit, de personnages se mesure à la façon dont ils résonnent en nous. Et lorsque c’est le cas, la distance du spectateur est balayée sans résistance aucune, nous laissant à la merci des scénaristes, qui dans le cas de Steven Moffat et Mark Gatiss prennent un malin plaisir à manier l’ascenseur émotionnel. J’espère qu’après avoir lu ces quelques lignes, tu voudras toi aussi en faire l’expérience.


STEVEN MOFFAT ET MARK GATISS : DEUX SCÉNARISTES FOUS DE L’ŒUVRE DE SIR ARTHUR CONAN DOYLE

Comme son nom l’indique si bien, Sherlock est une adaptation du Sherlock Holmes imaginé par Sir Arthur Conan Doyle. Mais ne cherchez point d’Angleterre victorienne, le parti pris de la série est tout autre : adapter ces magnifiques histoires au XXIe siècle. Parti pris ambitieux, mais aussi très casse-gueule. Le personnage de Sherlock Holmes est devenu un icône partout dans le monde et relève du trésor national en Angleterre. S’attaquer à lui peut s’avérer suicidaire si c’est fait n’importe comment.

Heureusement, à la tête de ce projet se trouvent Steven Moffat (showrunner de renom et de talent outre-Atlantique, enfin plutôt outre-Atlantique vous m’aurez comprise, qui fait depuis quelques années le plus grand bonheur des fans de Doctor Who) et Mark Gatiss (qui joue également le rôle de Mycroft Holmes, frère du célèbre détective). Ces deux hommes sont des inconditionnels de l’œuvre de Sir Arthur Conan Doyle et avaient à cœur d’en faire une adaptation fidèle et de qualité. Je vous invite d’ailleurs à lire cet article très intéressant et complet du site Internet Le Village.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le pari est réussi. L’écriture (intrigues et dialogues) est toujours réjouissante, drôle, intelligente et très fournie (plusieurs visionnages sont parfois utiles pour tout percevoir). Sherlock maîtrise toutes les nouvelles technologies, mais rassurez-vous, il n’a point besoin de gadgets pour résoudre les mystères qui se présentent à lui. Bien sûr, tout n’est pas toujours parfait et le deuxième épisode de la première saison est assez bancal. Mais même avec ces quelques petits défauts, cela reste des épisodes d’un très bon niveau.

Finalement, Stevent Moffat et Mark Gatiss n’ont qu’un seul défaut : ils sont tellement occupés et l’écriture de la série demande tellement de temps qu’ils ne nous pondent que trois épisodes (d’une heure et demie) par saison. Comme c’est cruel !

UNE IDENTITÉ VISUELLE FORTE

L’une des grandes forces de Sherlock est sa réalisation. Elle est redoutablement efficace dès qu’il s’agit de placer le spectateur dans la tête du détective lorsqu’il explique ses déductions. Il est également très intéressant de voir comment les moyens de communication modernes (textos, mails) sont mis en scène et utilisés comme de réels éléments narratifs.

Je n’aurais qu’un seul regret : le générique, dont la musique et la réalisation me semblent plutôt folichonnes.

UN SHERLOCK CHARISMATIQUE ET À TENDANCE SOCIOPATHE

Comme toute série qui repose sur un personnage central, celui-ci doit être incarné à la perfection. Et interpréter un Sherlock Holmes du XXIe siècle n’est pas chose si aisée. Les deux créateurs ont su trouver l’acteur parfait pour endosser l’habit : Benedict Cumberbatch. Il m’était jusqu’alors inconnu, et ce fut une révélation : une présence physique incroyable, un jeu sans aucune fausse note et surtout une habileté stupéfiante pour retranscrire les déductions si bien écrites, sans perdre le public, un vrai tour de force.

Sherlock Holmes est un homme à part : doté d’une intelligence supérieure, le maître dans l’art de la déduction, un seul regard lui suffit pour décrypter dans les moindres détails, et en particulier intimes, la vie de ses pauvres interlocuteurs. Une telle intelligence ne va pas sans vanité et le détective prend un malin plaisir à prouver sa supériorité et à désarçonner. Sa seule obsession est la recherche de la vérité, tout mystère est un jeu, l’empathie lui est totalement étrangère.

Sa personnalité suscite tout autant la le dégoût que la fascination. Car oui, Sherlock est un charmeur, il aime être le centre de l’attention. Et ce Sherlock l’est tout particulièrement.

UN DUO SHERLOCK/WATSON IRRÉSISTIBLE

Tout bon Sherlock qui se respecte doit avoir pour compagnon le docteur Watson. Cette adaptation fidèle ne pouvait donc l’oublier et a fait le choix de lui donner une place centrale. Il est intéressant de voir que le premier épisode s’ouvre avec Watson, Sherlock n’apparaît à l’écran que de nombreuses minutes plus tard.

Watson est médecin, et un soldat, engagé avec les troupes britanniques dans le conflit afghan. Blessé, il est rapatrié à Londres et va croiser le chemin de ce bien étrange Sherlock.

L’intelligence de l’écriture est de ne pas réduire Watson au simple rôle de faire-valoir, souffre-douleur et de faire de la relation Sherlock/Watson un point essentiel du récit, allant jusqu’à faire de très amusantes allusions sur leur hypothétique relation amoureuse supposée par certains.

Watson est tout de suite fasciné par Sherlock, même si certaines de ses réactions l’effraient ou le révoltent. Watson est un homme d’action, revenir à Londres pour travailler derrière un bureau, très peu pour lui. Il se prend très vite au jeu des enquêtes et du danger. C’est tout naturellement qu’il ouvre un blog pour relater les folles aventures qu’il vit aux côtés du détective de renom. Watson est intelligent, attentionné envers son colocataire et autrui. Mais heureusement, il n’est pas qu’un “bon gars”, il est aussi un homme à femmes, qui ne se conduit pas toujours en parfait gentleman.

De son côté, Sherlock va vite apprécier cet homme, qui bien qu’il l’admire, n’hésite pas à le mettre face à ses contradictions et à pointer ses défauts. Mais contrairement aux autres, il ne le fait ni par jalousie, ni par rancoeur et c’est bien ce qui lui plait.

Au fil des épisodes, on voit donc naître cette amitié entre ces deux hommes que tout semble opposer.

SAISON 2 : LA MAGNIFIQUE HUMANISATION DE SHERLOCK EN TROIS ACTES

ALERTE SPOILERS

La première saison était déjà une très belle réussite, mais cette saison monte encore d’un cran. On retrouve le même Sherlock, enfin, plus tout à fait le même puisque cela fait quelques mois qu’il a Watson auprès de lui. Et c’est bien ce qui va changer la donne. Ces trois épisodes nous montrent le cheminement de cet homme qui s’est construit et se vit comme un être unique qui n’a besoin de personne. Qui n’avait besoin de personne.

A Scandal in Belgravia : Sherlock peut-il tomber amoureux ?

Cet premier opus m’a fait l’effet d’un choc : l’un des meilleurs épisodes de série qu’il m’ait été donné de voir. Un ravissement de la première à la dernière seconde. Voilà donc notre héros confronté à un sentiment et pas n’importe lequel : le sentiment amoureux. Et pas pour n’importe quelle femme. Non, pour Irene Adler, dotée d’une intelligence tout aussi piquante usant de sa beauté et de ses capacités pour tout maîtriser et avoir la main. Comme Sherlock, son armure est bien rodée. Comme Sherlock, elle est en permanence sur le fil du rasoir.

Bien sûr, ne cherchez pas une histoire romantique comme on en voit tant. Point de rapprochement trop rapproché. Tout est dans les regards, des effleurements, deux esprits brillants qui se trouvent. Une romance diablement intéressante et magnifiquement portée à l’écran.

Lisez les critiques signées Delphine Rivet sur Reviewer et Sullivan Le Postec sur Le Village.

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The Hounds of Baskerville : Sherlock peut-il douter ?

Ambiance totalement différente : ce deuxième épisode est clairement un épisode de genre, bien plus fun que totalement maîtrisé dans sa structure. Mais même si on ne retrouve pas totalement le brio du premier, il reste tout aussi bon. L’humour est particulièrement présent (même s’il l’est à chaque fois) et la première scène Sherlock/Watson me fait exploser de rire à chaque visionnage.

Adaptation du roman le plus connu de Sir Arthur Conan Doyle, Sherlock se trouve face à un défi flirtant avec les limites de l’imaginable. Peut-il alors faire confiance à ses sens ? Mais s’il ne le peut pas, cela remet-il donc en doute ce qu’il est ? Sherlock peut-il être perdu ?

Ce deuxième épisode permet de creuser un peu plus l’amitié qui lit Sherlock et Watson. Tout en délicatesse et sans en rajouter, Sherlock oblige.

Lisez les critiques signées Delphine Rivet sur Reviewer et Sullivan Le Postec sur Le Village.

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The Reichenbach Fall : Sherlock peut-il se mettre à nu ?

Qui dit dernier acte, dit apothéose. Et quoi de mieux comme apothéose que l’affrontement entre Sherlock et Moriarty, son alter ego maléfique ?

Là encore, si on s’en tient à la stricte structure de l’épisode, on peut penser qu’il y a des ratés : on connaît la fin dès le début, on devine l’ultime dénouement avant qu’il ne se produise. Mais la force émotionnelle de cet épisode n’est pas à chercher dans sa structure.

Moriarty a juré la perte de Sherlock Holmes. Et pour cela, il le pousse dans ses derniers retranchements, en étant presque une caricature de lui-même. Sherlock court-il à sa perte en étalant son intelligence supérieure plus que de raison, en méprisant tous ceux qui ne méritent pas d’être considérés ? On pourrait le penser. Mais finalement, la seule façon de faire tomber Sherlock est de le forcer à se mettre à nu, à faire face à ses émotions et de reconnaître que oui, Sherlock Holmes, se soucie de ceux qu’il aime.

Voilà pourquoi cet épisode m’a émue comme je le suis rarement devant une série (hormis les trois derniers épisodes de Six Feet Under, mais ils sont hors concours). C’est merveilleux.

Lisez la critique signée Delphine Rivet sur Reviewer.

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Sherlock, 2 saisons, 6 épisodes, BBC1 (saison 1 diffusée sur France 4 puis sur France 2. Diffusion de la saison 2 sur France 4 prévue prochainement)

 

 

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7 réflexions au sujet de « Vous aussi, succombez sans attendre à la Sherlockmania »

  1. Arf … moi j’ai vraiment été déçue par le dernier épisode. Ce n’est pas tant le fait de connaître la fin comme tu le dis (puisque je ne connais pas du tout les livres), mais par le côté bancal du scénario, j’ai cru voir une suite de scènes mal enchaînées, en tout cas moins fluide que les précédents. Et puis le final qui donne envie de dire « pfff tout ça pour ça » !(ha ha j’avoue ça c’est presque de mauvaise foi)

    Une deuxième saison tout de même géniale, mais dommage pour le final.

    Be seeing you,
    Mentine

  2. Le premier épisode de la saison 2 de Sherlock est ce que j’ai vu de mieux en télé, je le dis tel que je le pense. Le meilleur Dexter, le meilleur Fringe, le meilleur 24 n’arrivent pas à la cheville de ce chef d’oeuvre qu’est A Scandal in Belgravia, que j’ai préféré au 2.3 même si les deux sont carrément géniaux.

    The Hounds of Baskerville est un peu moins bon, il faut le reconnaître même si ça reste quand même de très haute qualité.

    Et donc The Reichenbach Fall, un maelström psychologique pour ce pauvre Sherlock. Magnifique, brillant. Le seul regret que j’ai c’est pour quelques plans qui auraient dû être plus inventifs pour gagner en force (SPOILERS : la chute de l’immeuble et le tout dernier plan).

    Mais ce qui est le plus fort c’est qu’on ne sait pas encore quel rôle a joué Molly et ça c’est vraiment génial.

    Un an ça va être long.

  3. @Mentine : je peux comprendre tes réticences, mais ils ont bien suivi Sir Arthur Conan Doyle. Ok, ils auraient peut-être pu éviter la dernière image (qui ne me dérange pas), mais les fans de l’oeuvre étaient déjà au courant. C’est plus un clin d’oeil.

    @freelalatiana : tu chipotes tout de même. Atlantique, Manche, ça reste des étendues d’eau entre pays et continents non ? :p J’avoue, il m’arrive (trop souvent hélas) de commettre des fails. J’ai donc réparé celui-ci.

    @Boucot : dans mes bras mon petit !!!!!!! Et si seulement on n’avait qu’à attendre un an (il s’est écoulé un an et demi entre la première et la deuxième…).

  4. Oui mais c’est à cause des émeutes en Angleterre que le tournage a pris du retard. Ca m’étonnerait qu’ils nous refassent le coup tous les ans. x)

    Personnellement je ne connaissais pas l’histoire du dernier Sherlock Holmes, je ne sais même pas si j’ai déjà lu un Sherlock Holmes en fait. Mais je me doutais quand même que ça ne terminerait pas sans une apparition de Sherlock. Et c’est plus au niveau de la réalisation que je critiquerais ce dernier plan. Ils se sont carrément pas fait chier quoi. Vu la réalisation générale de la série, on pouvait s’attendre à quelque chose de plus jubilatoire. Et c’est un peu dommage tant le reste baigne dans la perfection.

    • La sobriété de cette dernière image ne me choque pas, je dirais même que c’est ce qui me plaît. Je trouve ça bien qu’ils n’aient pas fait de la “mort” de Sherlock le cliffhanger. Tout l’intérêt est de nous faire cogiter sur le “mais comment s’y est-il pris ?”

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