fév 24 2012

Sherlock aurait pu être une série presque banale

 

Aujourd’hui, cher lecteur, chère lectrice, je vais encore te parler de Sherlock. Et oui encore (j’en vois déjà quelques-uns et quelques-unes lever les yeux au ciel). Mais si tu es un fidèle de ce blog, tu sais déjà que je suis une sériephile catégorie monomaniaque obsessionnelle, donc cela ne te surprend guère. Si tu me lis pour la première fois, tu apprends l’existence des sériephiles catégorie monomaniaque obsessionnelle. N’aie crainte, ce n’est presque pas contagieux.

Comme toute series addict qui se respecte, je me suis procuré le Saint-Graal : les coffrets DVD remplis de bonus intéressants (merci Delphine). Et lorsque tu es fan de Sherlock, tu ne trouveras ton salut que dans l’édition anglaise. Me voilà donc plongée dans les making of et autres commentaires audios depuis une semaine. Le coffret de la saison 1 comprend le bonus ultime : le pilot non diffusé.

Et oui, cher lecteur, chère lectrice, le pilot de Sherlock n’a jamais été diffusé. Était-il donc si raté que la BBC l’a rejeté en bloc ? Et bien non, c’est même tout l’inverse. Steven Moffat et Mark Gatiss sont arrivés en 2009 avec leur pilot de 60 minutes sous le bras. La chaîne a été tellement emballée qu’elle a accepté de signer pour des épisodes de… 90 minutes. Les scénaristes ont jugé qu’il était impossible de rajouter des scènes. L’épisode a donc été réécrit et tourné une nouvelle fois pour donner le A Study in Pink que nous connaissons tous. Pour la petite histoire, cet épisode a été le dernier à être tourné, Steven Moffat étant à la bourre dans l’écriture en raison d’un mystérieux Doctor qui voyage à travers le temps.

Avoir l’occasion de regarder ce pilot est une véritable chance, car la comparaison permet de bien mesurer le travail d’écriture et d’apporter la preuve, s’il en était encore besoin, que Steven Moffat et Mark Gatiss sont doués. Sacrément doués. Car il faut bien le reconnaître, ce pilot, aussi honorable soit-il, n’a rien d’exceptionnel. Comment la magie a-t-elle donc pu finir par opérer ?

Des scénaristes décomplexés qui s’éclatent

La BBC veut plus de Sherlock ? Steven Moffat et Mark Gatiss vont prendre un malin plaisir à répondre à cette demande.

On pourrait penser qu’ajouter une demi-heure à un pilot alourdit le rythme, étire le propos à outrance. Si de mauvais scénaristes sont à la barre, ce sera très certainement le cas. Pour Sherlock, c’est l’inverse. Le premier épisode de 90 minutes est bien plus enlevé que le pilot, pilot qui est presque ennuyeux. Bien sûr, les personnages y sont déjà bien campés, la plupart des dialogues qui font mouche sont déjà présents, mais tout ceci manque de folie. Folie qui fait tout le charme de cette série.

En ayant le feu vert pour écrire de plus longs épisodes, ces scénaristes, amoureux fous de l’œuvre de Sir Arthur Conan Doyle, peuvent laisser libre cours à leur univers. Tout est plus fun, plus intense : les dialogues, les situations, la tension. Sherlock apparaît dans toute sa splendeur fascinante de sociopathe hautement fonctionnel. Watson prend plus une plus grande dimension. La complicité entre les deux hommes s’installe plus naturellement. L’ajout des scènes avec Mycroft (le frère de Sherlock interprété par Mark Gatiss) contribue à ancrer la série dans cette ambiance so british.

Une identité visuelle forte : l’apport de Paul McGuigan

L’autre force de Sherlock, en dehors de l’écriture et du casting, est la mise en scène. Là encore, le pilot n’a rien d’exceptionnel. Le tout est très classique, mais surtout, les scènes de déduction manquent de fluidité.

Pour tourner cette première saison, le choix s’est porté sur le réalisateur Paul McGuigan. Ce qui frappe lorsque l’on découvre Sherlock, c’est la manière dont le texte est utilisé à l’écran. Lors de l’avant-première Sherlock organisée par France 4 le 15 février dernier (vous pouvez lire mon compte-rendu pour le site de Season One ici), Steven Moffat explique que cette idée est venue de Paul McGuigan. Le scénariste n’était pas vraiment emballé au départ, mais après avoir vu le résultat en salle de montage, il a été conquis et a revu son écriture pour utiliser cet effet au maximum. Hormis ces effets visuels, la réalisation est indéniablement plus réussie, plus rythmée, apportant énormément à l’ensemble.

Le “look” de la série a lui aussi été revu. Le décor du 221B Baker Street a été remanié et modernisé. Mais surtout, Sherlock a été revu. Dans ce pilot, il ressemble à un ado et, comble de l’hérésie, porte un jean et une pauvre chemise bien banale. On est loin du Sherlock sophistiqué, charismatique, envoûtant et donc tellement irrésistible.

Je remercie donc vivement la BBC d’avoir donné carte blanche à Moffat et Gatiss, car si la série était restée au niveau du pilot, je n’aurai pas eu ce merveilleux coup de cœur et je serai peut-être passée à côté de Benedict Cumberbatch. Ma santé mentale s’en serait peut-être mieux portée. Mais que c’est ennuyeux une santé mentale qui se porte bien.

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fév 13 2012

Terrorisme et séries : 24, The Last Enemy, Homeland

Aujourd’hui, cher lecteur, chère lectrice, je reviens aux fondamentaux de ce blog : les séries. Et après un dernier billet inspiré de belles émotions, j’ai décidé de me lancer dans une analyse sérieuse avec, je l’espère, des arguments qui tiennent quelque peu la route.

Aujourd’hui, cher lecteur, chère lectrice, je vais te parler d’un événement qui a marqué le monde entier et dont les conséquences se font toujours sentir actuellement : les attentats du 11 Septembre. On se souvient tous de ce que l’on faisait au moment précis où l’on a appris la nouvelle, où l’on a découvert ces images aussi terribles que fascinantes. Cette attaque  a profondément traumatisé les États-Unis et la guerre contre le terrorisme a vite été la priorité mondiale.

Il est donc tout à fait naturel que cet événement et cette guerre soient présents dans les séries et en particulier les productions anglo-saxonnes. Le but de ce billet n’est pas de présenter un tour d’horizon exhaustif car  ce serait très fastidieux à écrire et très ennuyeux à lire. Non, j’ai décidé de me focaliser sur trois exemples qui me semblent particulièrement probants : 24, The Last Enemy et Homeland.

24 : L’AMÉRIQUE JOUE LES GROS BRAS

S’il y a bien une série emblématique de la lutte contre le terrorisme, c’est 24, lancée sur la FOX en 2001. On y suit les missions de Jack Bauer de la brigade antiterroriste de Los Angeles. La situation est claire : il a 24 heures pour déjouer les pires attentats et complots.

Dès la première saison, le ton est donné : de l’action et encore de l’action, des moyens techniques impressionnants, un Jack Bauer (Kiefer Sutherland) qui ne recule devant rien pour sauver le monde. Les terroristes sont sans foi, ni loi et ne méritent qu’une seule chose : être mis hors d’état de nuire et si possible en étant tués. L’impression qui se dégage est rassurante, Jack Bauer (en clair l’Amérique) va écraser tous ces terroristes qui nous menacent et rendre notre monde plus sûr. Homme de l’ombre, il est notre sauveur. Et il faut reconnaître qu’il le fait très bien (oui, j’ai regardé les 8 saisons de 24 avec plaisir).

24 a toute sa place et sa légitimité dans ce monde post-11 Septembre. L’administration Bush déclare la guerre à l’axe du Mal (les pays souhaitant se procurer des armes de destruction massive ou soutenant le terrorisme). L’OTAN envoie  ses troupes en Afghanistan pour déloger Ben Laden, nouveau Satan, et une coalition part à la chasse aux armes de destruction massives en Irak. L’axe du Bien doit montrer sa force, son implacable volonté de ne pas laisser les terroristes lui dicter sa conduite ou faire régner la terreur. 24 est diffusée sur la FOX et FOX News, chaîne d’info en continu, s’affiche comme républicaine et a soutenu, plus que de raison, l’administration Bush durant ses deux mandats. Jack Bauer est donc sans pitié, pratiquant sans vergogne la torture pour obtenir des informations. Sa conscience ou ses sentiments importent peu : il doit remplir sa mission quoi qu’il en coûte, la sécurité du peuple américain doit passer par des sacrifices.

Mais voilà, au fil des années, la situation a changé et quelques scandales ont écorné cette belle image de la sainte Amérique partie en croisade pour faire triompher la démocratie et la liberté.

Le 4 août 2003, l’armée américaine rouvre la prison d’Abou Grahib qui devient le Baghdad Central Detention Center. En 2004, la diffusion  de photos montrant des détenus irakiens humiliés (voire torturés) par des soldats américains déclenchent le scandale d’Abou Grahib. Fin 2005, le Washington Post révèle l’existence de prisons secrètes dirigées par la CIA en dehors du sol américain, prisons secrètes déjà dénoncées par Amnesty International qui les nommait dans un rapport annuel “d’archipel  du goulag”. George W. Bush reconnaît officiellement leur existence et les pratiques (enlèvement de personnes pour être “interrogées”) le 6 septembre 2006.

Dès lors, les questions morales commencent à se faire entendre avec plus de force : peut-on tout faire au nom de la guerre contre le terrorisme ? Peut-on réellement porter des valeurs démocratiques en agissant comme ceux que l’on combat ? La chaîne FOX News et la série 24 n’échappent pas à la tourmente. Montrer un Jack Bauer torturant à tour de bras, est-ce moral ? Quelle est la limite entre fiction et propagande ? L’arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche en 2008 change également la donne.

Les scénaristes ne sont pas fous : pour qu’une série fonctionne, elle doit être en adéquation avec le public. Et si le public ne veut plus qu’on lui montre une torture justifiée, cela doit changer. Au fil de saisons de 24, le destin de Jack Bauer évolue, il finit par tomber en disgrâce et doit même être jugé pour répondre de ses actes. Les terroristes ne sont plus seulement des étrangers, les complots, y compris au plus haut niveau de l’État se multiplient. Mais rassurez-vous, Jack Bauer restera toujours THE héros !

24, 8 saisons, diffusée de 2001 à 2010 sur la Fox (diffusion française sur Canal + et TF1)

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THE LAST ENEMY  :  TOUS FICHÉS, TOUS SURVEILLÉS

La guerre contre le terrorisme passe par un élément essentiel : le renseignement. Et en temps de guerre, les libertés individuelles perdent du terrain. Le 26 octobre 2001, le Congrès américain vote le USA PATRIOT Act (Uniting and Strengthening America by Providing Appropriate Tools Required to Intercept and Obstruct Terrorism Act). Cette loi permet notamment de renforcer le pouvoir des agences gouvernementales, crée des statuts de prisonniers particuliers qui permettent de détenir sans limite et sans inculpation toute personne soupçonnée de projet terroriste et permet l’accès aux fichiers personnels, comme les emprunts dans des bibliothèques.  Au fil des années, cette loi a été vivement critiquée et a fait l’objet de modifications. Le 26 mai 2011, elle est une nouvelle fois prolongée jusqu’en juin 2015.

Pourtant la série qui illustre le mieux cette obsession de l’information et du renseignement vient d’Angleterre : The Last Enemy. Cela n’est pourtant pas si étonnant. Le 7 juillet 2005, Londres est frappé de quatre attentats-suicide (trois dans le métro à quelques secondes d’intervalle et un autre dans un bus une heure plus tard). Attaques qui ont lieu le lendemain de l’élection de la capitale anglaise pour l’organisation des jeux Olympiques de 2012 et le jour de l’ouverture du 31e G8 en Écosse. L’Angleterre est également l’un des pays champion du monde en nombre de caméras de sécurité par habitant. La notion d’information qui relève du domaine privé est parfois floue. Je me rappelle d’un journal ayant publié les noms et les adresses de pédophiles remis en liberté après avoir purgé leur peine. Je me souviens aussi de l’idée d’implanter des balises GPS dans le corps de mineurs afin de parer à tout enlèvement.

2008, la BBC diffuse la minisérie The Last Enemy. Stephen Hezard (Benedict Cumberbatch, oui, je sais, encore lui… Peut-être qu’un jour j’écrirai un billet pour analyser ma fascination pour cet acteur, mais je ne suis pas sûre que cela va m’aider à m’en défaire). Bref, Stephen Hezard est un brillant mathématicien parti s’exiler en Chine pour mener ses recherches en toute tranquillité. Il doit revenir à Londres pour assister aux funérailles de son frère Michael (Max Beesley), parti en mission humanitaire dans un campe de réfugiés afghan et tué dans l’explosion de sa Jeep, la faute à une mine antipersonnel. À peine arrivé sur le sol anglais, le voilà engagé par son ex Eleanor Brook (Eva Birthistle), devenue ministre, pour être la caution scientifique d’un tout nouveau système de surveillance, le TIA (Total Information Awareness). Mais rien ne sera simple pour Stephen : un dangereux virus qui touche des réfugiés, un gouvernement et des services secrets aux aguets, un homme aussi mystérieux qu’inquiétant joué par Robert Carlyle (également réalisateur de la série) et surtout Yasim Anwar (Anamaria Marinca), la veuve de Michael dont Stephen ignorait l’existence et dont il tombe amoureux.

Le Londres de The Last Enemy est situé dans un avenir proche. L’atmosphère sécuritaire est partout : policiers armés jusqu’aux dents à tous les coins de rue, contrôles d’identités à tous les coins de rue, accès plus que contrôlés à tous les lieux publics. Dans ce Londres “futuriste” la vie des citoyens britanniques se limite à une seule chose : leur carte d’identité biométrique. Le système doit à tout moment contrôler qui vous êtes pour vous permettre de rentrer chez vous, retirer de l’argent au distributeur, accéder à n’importe quel lieu public, emprunter les transports… Mais cela ne suffit pas. Le gouvernement veut permettre l’utilisation globale de ce TIA, présenté comme l’outil ultime pour garantir la sécurité des citoyens. Peu importe que chacun soit fiché de la tête au pied, qu’aucun champ de sa vie n’échappe au super Big Brother.

The Last Enemy nous met donc face à une réalité qui n’est pas si éloignée de la nôtre. Peut-on considérer les libertés individuelles comme négligeables lorsqu’il s’agit de sécurité nationale ? Quelle est la frontière entre une démocratie qui pense à notre place à l’intérêt général et un système autoritaire qui nous annihile ? En tant que citoyen, sommes-nous du genre à accepter le discours dominant ou à nous battre ? Quels sont nos moyens d’action face à un système de plus en plus globalisé ?

The Last Enemy, 1 saison de 5 épisodes, diffusée sur la BBC en 2008

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HOMELAND : L’ANGOISSE DE L’ENNEMI INTÉRIEUR

Rentrée 2011, la chaîne Showtime (Dexter, Californication, Weeds…) lance sa nouvelle série présentée comme le choc de cette saison : Homeland. Le ptich by Allociné : huit ans après la disparition de deux soldats américains lors de l’invasion de Bagdad, le sergent Nicholas Brody (Damian Lewis) réapparaît, seul survivant alors que tout le monde le pensait mort depuis longtemps. Rapatrié aux États-Unis, il est accueilli chaleureusement par sa famille, ses amis et le gouvernement. Seule contre tous, l’agent de la CIA Carrie Mathison (Claire Danes), qui a passé plusieurs années en Irak, est persuadée que le héros est en réalité devenu un espion à la solde de l’ennemi, préparant la prochaine attaque terroriste sur le sol américain. Sans réelle preuve et montrée du doigt suite à un incident diplomatique qu’elle a déclenché quelques mois plus tôt, Carrie va devoir se battre pour prouver que ce qu’elle avance est la réalité…

En entendant parler de cette série, je n’étais pas plus emballée que ça car, outre la place du religieux dans les séries US, j’ai toujours un peu de mal avec le patriotisme affiché et la glorification des militaires dans les productions outre-Atlantique. Mais les critiques étant très bonnes, j’ai jeté un œil. Je n’ai pas été déçue.

Dix ans après le 11 Septembre, l’Amérique n’est plus dans le même état d’esprit. Même si elle honore toujours la mémoire de ses disparus, la vengeance a cédé le pas au désir d’espoir. L’Amérique est fatiguée de ces conflits où meurent chaque jour un peu plus de soldats et qui semblent aussi inutiles que déjà perdus. L’Amérique a besoin de héros. Nicholas Brody est l’homme parfait. Bien sûr, on n’échappe pas aux scènes et discours “plus patriotiques tu meurs”, mais elles font sens.

L’écriture de Homeland est intelligente et sert plus un thriller psychologique qu’une course effrénée à la 24 (notez que les producteurs exécutifs de 24 sont aux manettes. J’ai également eu la surprise de découvrir que le directeur de la CIA était membre des services secrets anglais dans The Last Enemy. Fin de la parenthèse à rallonge). La situation n’est pas manichéenne : les terroristes ne sont plus de simples monstres assoiffés de sang et dénués de tout sentiment, les vertueux combattant du terrorisme ne le sont pas totalement.

Tout l’enjeu de cette première saison est la lutte contre des démons intérieurs. Ce valeureux sergent est-il une menace ou un homme brisé qui ne cherche qu’à reprendre sa vie ? Carrie Mathison arrivera-t-elle à faire face à qui elle est vraiment ? La lutte contre le terrorisme peut-elle faire table rase du passé et cesser de recommencer les mêmes erreurs ?

Le générique illustre parfaitement ce propos. Générique qui nous propose deux visions en parallèle : des images et sons d’archives montrant la lutte contre le terrorisme (discours des derniers présidents depuis Nixon, 11 Septembre…) et des images montrant Carrie Mathison depuis son enfance et d’autres illustrant sa passion pour le jazz, le tout avec des images et sons sortis de la série. Le générique donne tout de suite le ton : Homeland nous parle de l’Amérique, mais le fait ) hauteur d’homme (ou plutôt de femme). L’une des grandes forces de la série est de particulièrement soigner les relations entre personnages qui sont intimement liées au déroulement de l’enquête.

Homeland, première saison diffusée en 2011 sur Showtime

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