Terrorisme et séries : 24, The Last Enemy, Homeland

Aujourd’hui, cher lecteur, chère lectrice, je reviens aux fondamentaux de ce blog : les séries. Et après un dernier billet inspiré de belles émotions, j’ai décidé de me lancer dans une analyse sérieuse avec, je l’espère, des arguments qui tiennent quelque peu la route.

Aujourd’hui, cher lecteur, chère lectrice, je vais te parler d’un événement qui a marqué le monde entier et dont les conséquences se font toujours sentir actuellement : les attentats du 11 Septembre. On se souvient tous de ce que l’on faisait au moment précis où l’on a appris la nouvelle, où l’on a découvert ces images aussi terribles que fascinantes. Cette attaque  a profondément traumatisé les États-Unis et la guerre contre le terrorisme a vite été la priorité mondiale.

Il est donc tout à fait naturel que cet événement et cette guerre soient présents dans les séries et en particulier les productions anglo-saxonnes. Le but de ce billet n’est pas de présenter un tour d’horizon exhaustif car  ce serait très fastidieux à écrire et très ennuyeux à lire. Non, j’ai décidé de me focaliser sur trois exemples qui me semblent particulièrement probants : 24, The Last Enemy et Homeland.

24 : L’AMÉRIQUE JOUE LES GROS BRAS

S’il y a bien une série emblématique de la lutte contre le terrorisme, c’est 24, lancée sur la FOX en 2001. On y suit les missions de Jack Bauer de la brigade antiterroriste de Los Angeles. La situation est claire : il a 24 heures pour déjouer les pires attentats et complots.

Dès la première saison, le ton est donné : de l’action et encore de l’action, des moyens techniques impressionnants, un Jack Bauer (Kiefer Sutherland) qui ne recule devant rien pour sauver le monde. Les terroristes sont sans foi, ni loi et ne méritent qu’une seule chose : être mis hors d’état de nuire et si possible en étant tués. L’impression qui se dégage est rassurante, Jack Bauer (en clair l’Amérique) va écraser tous ces terroristes qui nous menacent et rendre notre monde plus sûr. Homme de l’ombre, il est notre sauveur. Et il faut reconnaître qu’il le fait très bien (oui, j’ai regardé les 8 saisons de 24 avec plaisir).

24 a toute sa place et sa légitimité dans ce monde post-11 Septembre. L’administration Bush déclare la guerre à l’axe du Mal (les pays souhaitant se procurer des armes de destruction massive ou soutenant le terrorisme). L’OTAN envoie  ses troupes en Afghanistan pour déloger Ben Laden, nouveau Satan, et une coalition part à la chasse aux armes de destruction massives en Irak. L’axe du Bien doit montrer sa force, son implacable volonté de ne pas laisser les terroristes lui dicter sa conduite ou faire régner la terreur. 24 est diffusée sur la FOX et FOX News, chaîne d’info en continu, s’affiche comme républicaine et a soutenu, plus que de raison, l’administration Bush durant ses deux mandats. Jack Bauer est donc sans pitié, pratiquant sans vergogne la torture pour obtenir des informations. Sa conscience ou ses sentiments importent peu : il doit remplir sa mission quoi qu’il en coûte, la sécurité du peuple américain doit passer par des sacrifices.

Mais voilà, au fil des années, la situation a changé et quelques scandales ont écorné cette belle image de la sainte Amérique partie en croisade pour faire triompher la démocratie et la liberté.

Le 4 août 2003, l’armée américaine rouvre la prison d’Abou Grahib qui devient le Baghdad Central Detention Center. En 2004, la diffusion  de photos montrant des détenus irakiens humiliés (voire torturés) par des soldats américains déclenchent le scandale d’Abou Grahib. Fin 2005, le Washington Post révèle l’existence de prisons secrètes dirigées par la CIA en dehors du sol américain, prisons secrètes déjà dénoncées par Amnesty International qui les nommait dans un rapport annuel “d’archipel  du goulag”. George W. Bush reconnaît officiellement leur existence et les pratiques (enlèvement de personnes pour être “interrogées”) le 6 septembre 2006.

Dès lors, les questions morales commencent à se faire entendre avec plus de force : peut-on tout faire au nom de la guerre contre le terrorisme ? Peut-on réellement porter des valeurs démocratiques en agissant comme ceux que l’on combat ? La chaîne FOX News et la série 24 n’échappent pas à la tourmente. Montrer un Jack Bauer torturant à tour de bras, est-ce moral ? Quelle est la limite entre fiction et propagande ? L’arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche en 2008 change également la donne.

Les scénaristes ne sont pas fous : pour qu’une série fonctionne, elle doit être en adéquation avec le public. Et si le public ne veut plus qu’on lui montre une torture justifiée, cela doit changer. Au fil de saisons de 24, le destin de Jack Bauer évolue, il finit par tomber en disgrâce et doit même être jugé pour répondre de ses actes. Les terroristes ne sont plus seulement des étrangers, les complots, y compris au plus haut niveau de l’État se multiplient. Mais rassurez-vous, Jack Bauer restera toujours THE héros !

24, 8 saisons, diffusée de 2001 à 2010 sur la Fox (diffusion française sur Canal + et TF1)

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THE LAST ENEMY  :  TOUS FICHÉS, TOUS SURVEILLÉS

La guerre contre le terrorisme passe par un élément essentiel : le renseignement. Et en temps de guerre, les libertés individuelles perdent du terrain. Le 26 octobre 2001, le Congrès américain vote le USA PATRIOT Act (Uniting and Strengthening America by Providing Appropriate Tools Required to Intercept and Obstruct Terrorism Act). Cette loi permet notamment de renforcer le pouvoir des agences gouvernementales, crée des statuts de prisonniers particuliers qui permettent de détenir sans limite et sans inculpation toute personne soupçonnée de projet terroriste et permet l’accès aux fichiers personnels, comme les emprunts dans des bibliothèques.  Au fil des années, cette loi a été vivement critiquée et a fait l’objet de modifications. Le 26 mai 2011, elle est une nouvelle fois prolongée jusqu’en juin 2015.

Pourtant la série qui illustre le mieux cette obsession de l’information et du renseignement vient d’Angleterre : The Last Enemy. Cela n’est pourtant pas si étonnant. Le 7 juillet 2005, Londres est frappé de quatre attentats-suicide (trois dans le métro à quelques secondes d’intervalle et un autre dans un bus une heure plus tard). Attaques qui ont lieu le lendemain de l’élection de la capitale anglaise pour l’organisation des jeux Olympiques de 2012 et le jour de l’ouverture du 31e G8 en Écosse. L’Angleterre est également l’un des pays champion du monde en nombre de caméras de sécurité par habitant. La notion d’information qui relève du domaine privé est parfois floue. Je me rappelle d’un journal ayant publié les noms et les adresses de pédophiles remis en liberté après avoir purgé leur peine. Je me souviens aussi de l’idée d’implanter des balises GPS dans le corps de mineurs afin de parer à tout enlèvement.

2008, la BBC diffuse la minisérie The Last Enemy. Stephen Hezard (Benedict Cumberbatch, oui, je sais, encore lui… Peut-être qu’un jour j’écrirai un billet pour analyser ma fascination pour cet acteur, mais je ne suis pas sûre que cela va m’aider à m’en défaire). Bref, Stephen Hezard est un brillant mathématicien parti s’exiler en Chine pour mener ses recherches en toute tranquillité. Il doit revenir à Londres pour assister aux funérailles de son frère Michael (Max Beesley), parti en mission humanitaire dans un campe de réfugiés afghan et tué dans l’explosion de sa Jeep, la faute à une mine antipersonnel. À peine arrivé sur le sol anglais, le voilà engagé par son ex Eleanor Brook (Eva Birthistle), devenue ministre, pour être la caution scientifique d’un tout nouveau système de surveillance, le TIA (Total Information Awareness). Mais rien ne sera simple pour Stephen : un dangereux virus qui touche des réfugiés, un gouvernement et des services secrets aux aguets, un homme aussi mystérieux qu’inquiétant joué par Robert Carlyle (également réalisateur de la série) et surtout Yasim Anwar (Anamaria Marinca), la veuve de Michael dont Stephen ignorait l’existence et dont il tombe amoureux.

Le Londres de The Last Enemy est situé dans un avenir proche. L’atmosphère sécuritaire est partout : policiers armés jusqu’aux dents à tous les coins de rue, contrôles d’identités à tous les coins de rue, accès plus que contrôlés à tous les lieux publics. Dans ce Londres “futuriste” la vie des citoyens britanniques se limite à une seule chose : leur carte d’identité biométrique. Le système doit à tout moment contrôler qui vous êtes pour vous permettre de rentrer chez vous, retirer de l’argent au distributeur, accéder à n’importe quel lieu public, emprunter les transports… Mais cela ne suffit pas. Le gouvernement veut permettre l’utilisation globale de ce TIA, présenté comme l’outil ultime pour garantir la sécurité des citoyens. Peu importe que chacun soit fiché de la tête au pied, qu’aucun champ de sa vie n’échappe au super Big Brother.

The Last Enemy nous met donc face à une réalité qui n’est pas si éloignée de la nôtre. Peut-on considérer les libertés individuelles comme négligeables lorsqu’il s’agit de sécurité nationale ? Quelle est la frontière entre une démocratie qui pense à notre place à l’intérêt général et un système autoritaire qui nous annihile ? En tant que citoyen, sommes-nous du genre à accepter le discours dominant ou à nous battre ? Quels sont nos moyens d’action face à un système de plus en plus globalisé ?

The Last Enemy, 1 saison de 5 épisodes, diffusée sur la BBC en 2008

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HOMELAND : L’ANGOISSE DE L’ENNEMI INTÉRIEUR

Rentrée 2011, la chaîne Showtime (Dexter, Californication, Weeds…) lance sa nouvelle série présentée comme le choc de cette saison : Homeland. Le ptich by Allociné : huit ans après la disparition de deux soldats américains lors de l’invasion de Bagdad, le sergent Nicholas Brody (Damian Lewis) réapparaît, seul survivant alors que tout le monde le pensait mort depuis longtemps. Rapatrié aux États-Unis, il est accueilli chaleureusement par sa famille, ses amis et le gouvernement. Seule contre tous, l’agent de la CIA Carrie Mathison (Claire Danes), qui a passé plusieurs années en Irak, est persuadée que le héros est en réalité devenu un espion à la solde de l’ennemi, préparant la prochaine attaque terroriste sur le sol américain. Sans réelle preuve et montrée du doigt suite à un incident diplomatique qu’elle a déclenché quelques mois plus tôt, Carrie va devoir se battre pour prouver que ce qu’elle avance est la réalité…

En entendant parler de cette série, je n’étais pas plus emballée que ça car, outre la place du religieux dans les séries US, j’ai toujours un peu de mal avec le patriotisme affiché et la glorification des militaires dans les productions outre-Atlantique. Mais les critiques étant très bonnes, j’ai jeté un œil. Je n’ai pas été déçue.

Dix ans après le 11 Septembre, l’Amérique n’est plus dans le même état d’esprit. Même si elle honore toujours la mémoire de ses disparus, la vengeance a cédé le pas au désir d’espoir. L’Amérique est fatiguée de ces conflits où meurent chaque jour un peu plus de soldats et qui semblent aussi inutiles que déjà perdus. L’Amérique a besoin de héros. Nicholas Brody est l’homme parfait. Bien sûr, on n’échappe pas aux scènes et discours “plus patriotiques tu meurs”, mais elles font sens.

L’écriture de Homeland est intelligente et sert plus un thriller psychologique qu’une course effrénée à la 24 (notez que les producteurs exécutifs de 24 sont aux manettes. J’ai également eu la surprise de découvrir que le directeur de la CIA était membre des services secrets anglais dans The Last Enemy. Fin de la parenthèse à rallonge). La situation n’est pas manichéenne : les terroristes ne sont plus de simples monstres assoiffés de sang et dénués de tout sentiment, les vertueux combattant du terrorisme ne le sont pas totalement.

Tout l’enjeu de cette première saison est la lutte contre des démons intérieurs. Ce valeureux sergent est-il une menace ou un homme brisé qui ne cherche qu’à reprendre sa vie ? Carrie Mathison arrivera-t-elle à faire face à qui elle est vraiment ? La lutte contre le terrorisme peut-elle faire table rase du passé et cesser de recommencer les mêmes erreurs ?

Le générique illustre parfaitement ce propos. Générique qui nous propose deux visions en parallèle : des images et sons d’archives montrant la lutte contre le terrorisme (discours des derniers présidents depuis Nixon, 11 Septembre…) et des images montrant Carrie Mathison depuis son enfance et d’autres illustrant sa passion pour le jazz, le tout avec des images et sons sortis de la série. Le générique donne tout de suite le ton : Homeland nous parle de l’Amérique, mais le fait ) hauteur d’homme (ou plutôt de femme). L’une des grandes forces de la série est de particulièrement soigner les relations entre personnages qui sont intimement liées au déroulement de l’enquête.

Homeland, première saison diffusée en 2011 sur Showtime

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3 réponses sur “Terrorisme et séries : 24, The Last Enemy, Homeland”

  1. Beau panorama des séries les plus marquantes sur le sujet, j’aurais quand même bien vu MI-5 de la BBC One, dans ton article. Elle offre un point de vue post-11-septembre plus européen, en plus d’être vraiment bien réalisée.

    1. Merci Arno pour ton commentaire !

      Effectivement, je n’ai pas parlé de MI-5, pour la simple et bonne raison que je ne l’ai pas vue (et oui, aussi terrible que cela puisse être, cela ne fait pas très longtemps que je goûte aux joies des séries anglaises).

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