Vivre sa passion de manière intime ou collective ? Un billet à quatre mains avec @ArnoDoucet

Aujourd’hui, cher lecteur, chère lectrice, je te propose un billet un peu particulier. Il y a quelques jours, je lançais un tweet exprimant mon incrédulité face aux premiers chiffres record d’Avengers aux États-Unis. S’en est suivi un échange fort intéressant avec @ArnoDoucet. Mais 140 caractères étant bien frustrants, je décidais de faire de mon incrédulité un billet. Ce cher @ArnoDoucet a eu la très bonne idée de me proposer un billet à quatre mains. Idée que je me suis empressée d’accepter. Voici le résultat de notre échange.

@Astiera : Je suis toujours interpellée par les films qui font des millions et des millions d’entrées. Non pas parce que j’ai un point de vue snob et considère ceci comme de la consommation de masse, donc des produits de mauvaise qualité. Non, ce qui m’interpelle, c’est ce besoin de partager avec le plus grand nombre. Car en fait, cela va bien au-delà de la volonté d’aller voir un bon film, et la qualité du film s’efface petit à petit au profit du phénomène. On décide de faire la queue, de s’enfermer dans une salle pleine à craquer, pour prendre part à quelque chose. C’est l’événement à ne pas rater, on se sent appartenir à ce monde qui ne parle que de ça ou presque à cet instant T. Je suis allée voir Titanic, longtemps après sa sortie en salles, je suis allée voir Les Ch’tis et Intouchables, mais j’allais voir des films, je ne me souciais guère de pouvoir en discuter avec la France entière.

@ArnoDoucet : Ce qui me surprend le plus, c’est que ce phénomène t’étonne. Les vagues successives de décades se suivent et ne se ressemblent pas, pourtant elles ont et auront toujours un point commun : au moins une série télé. Les années 80, furent celle de Starky et Hutch et de Dallas, les années 90 celle d’X-Files (Aux frontières du réel pour les plus vieux), les années 2000 furent celles de Buffy et les années 2010, celles de Lost. Ce sont autant des phénomènes de masse que ce que les films que tu évoques. En terme de chiffres, c’est même beaucoup plus important et beaucoup plus massif que certains films.

@Astiera : Alors oui, il y a des séries qui sont vues par des millions de téléspectateurs, mais cela n’est pas vraiment comparable. La télé, on l’a chez soi, on la regarde dans l’intimité de son foyer. Bien sûr, on peut en parler autour de la machine à café le lendemain. Bien sûr, avec les réseaux sociaux, on peut discuter de ses épisodes préférés sur des forums, on peut même les live tweeter (les commenter en temps réel sur Twitter pour ceux qui ne sont pas habitués avec les usages de cet outil). Mais là encore, je ne m’y reconnais pas. Lorsque je regarde un épisode de série, je ne fais rien d’autre. Je suis déjà allée sur des forums, mais cela m’a vite gonflée et si j’ai vraiment envie de partager mon amour pour une série, je vais en parler ici même sur mon blog, mais sans vouloir absolument créer un lien avec une cohorte de personnes.

@ArnoDoucet : C’est cette belle envie de partage qui fait vraiment la différence entre ton appréhension de phénomène de cinéma et celui des séries. Tu aimes, (et on t’aime pour ça) prendre le temps d’aimer une série de l’apprécier d’en savourer les instants d’abord seule. Puis de retranscrire ce ressenti et cet amour de manière réfléchie, mais intacte. Tu veux choisir le moment et la manière de partager et pas le subir. Dans une salle de cinéma, les gens partagent un moment dans une certaine logique de communion temporaire et grisante. C’est une expérience plus massive, plus franche et souvent moins réfléchie mais d’une incroyable qualité aussi. Cela relève probablement plus de l’empathie immédiate, d’un partage presque physique.

@Astiera : J’ai un peu le même problème avec les fans. Je sais, je sais, je suis une fan, à tendance midinette, je ne le cache pas. Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, je ne suis pas du genre hystérique et je suis toujours mal à l’aise lorsque j’en vois. J’ai participé à deux conventions, où j’ai joué le jeu de payer pour avoir des photos avec des acteurs, mais je n’étais pas vraiment à ma place. Je suis bien sûr repartie enchantée avec mes photos sous le bras, surtout que j’avais fait quelques petites mises en scène histoire de rendre le moment moins stéréotypé, mais je n’ai pas été totalement emportée. Je suis certes une midinette, mais pour que je le sois, il faut que j’admire la personne. Des beaux mecs, ça court les films et séries et cela ne m’affole guère. Les artistes qui m’interpellent sont ceux dont j’admire le talent, mais aussi l’intelligence, la vision qu’ils ont de leur métier, ce qui ce dégage d’eux dans leurs interviews. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, si je devais les croiser dans la rue, je n’irai pas les voir, j’aurai trop peur de les emmerder. En revanche, s’il m’était donné la chance de les rencontrer dans un contexte bien précis et de pouvoir discuter avec eux, je signe tout de suite.

@ArnoDoucet : Ton décalage de ressenti avec un phénomène cinématographique est sûrement à mettre sur le compte de ta (presque vraie) timidité. Tu préféres un plaisir simple, personnel voire intime et un partage de la même nature. Tu ne te retrouves pas dans l’engouement et le partage collectif du cinéma ces mêmes sentiments ou plaisirs. Pourtant, l’amour du média, de la création, de l’œuvre est fondamentalement la même. Que se soit en lisant ta passion pour Steven Moffat et Alexandre Astier ou, pour moi, en partageant mon pur plaisir de voir en salle The Avengers (puisque ce film est à l’origine de cet échange), nous sommes finalement dans une recherche de partage de sentiment et d’émotion de même nature. Je pense quand même qu’il te manque un petit quelque chose dans ton appréciation des films quand tu n’es pas dans ce sentiment général de “communion” qu’apporte la salle obscure. Pourquoi dit-ton très très souvent que certains films doivent être vus en salle ? Ce n’est pas que pour une question d’écran.

Alors, cher lecteur, chère lectrice, de quelle manière envisages-tu ta passion ? Est-ce que comme Arnaud, tu aimes vivre une expérience collective, un moment de partage fort et enivrant ? Ou est-ce que comme moi, tu as la passion plus intime, et le collectif t’effraie un peu ? À moins que tu navigues entre les deux ? Dans tous les cas, ton avis nous intéresse !

Vous pouvez retrouver @ArnoDoucet sur Twitter ainsi que dans le podcast BroClash, qu’il coanime avec son frère @LaurentDoucet.

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10 réponses sur “Vivre sa passion de manière intime ou collective ? Un billet à quatre mains avec @ArnoDoucet”

  1. Carole je suis d’accord avec toi sur ton dernier « tweet », pour les conventions ça me gène d’autant plus de payer alors qu’on fait quand même vivre ces acteurs en regardant leurs films/séries…!! J’y ajouterai les avant premières. Je l’ai fait mais parce que c’était pour des gens que je voulais absolument voir… mais cette hystérie me dérange… malheuresuement c’ets souvent le seul moyen de pouvoir vraiment rencontrer ses idoles. C’est frustrant! LOL

  2. Je partage en grande partie le point de vue d’Arno, j’aime échanger que se soit sur les séries ou le cinéma et jamais rien se surpassera « l’ambiance » salle de cinéma. J’aime aussi beaucoup les conventions mais cela dit comme toi j’ai énormément de mal avec le concept de payer pour avoir un autographe. Si je fanatise très vite sur une série ou un film et que j’aime bien rencontrer les gens qui font ses oeuvres, je ne comprendrait jamais les filles qui tombe en larmes quand elle ne peuvent pas avoir une signature d’un acteur (exemple réellement vu à Comic Con’ l’été dernier). Mais le partage sain et sympathique avec des gens que se soit au ciné ou en convention autours de quelques chose que l’on apprécie particulièrement, y a rien de mieux (selon moi) !

  3. Je suis très jeune (en vrai (je n’ai que 15 ans) et dans le monde des séries)donc ma vision est peut-être incomplète mais je suis partagée. Jamais au grand jamais, je ne pleurerais comme dans ton exemple Nelly et si jamais je croise quelqu’un j’irais surement lui parler mais je n’irais pas le harceler ou l’accaparer de longues minutes. Pour moi, une expérience comme celle de voir un film en groupe dans un cinéma et comme celle de voir une série dans l’intimité de sa chambre sont essentielles. C’est très agréable d’aller au cinéma et de sursauter en même temps que les autres mais c’est aussi agréable d’avoir des réactions idiotes et bruyantes devant un épisode de séries. J’aime les deux et j’aime partager mes impressions.

  4. Que de questionnements.. Pour ma part, je vais au cinéma pour « ma pomme » parce que le film m’intéresse et que sur grand écran, c’est mieux! Même si je trouve que le son devient de plus en plus fort et que cela devient de plus en plus insupportable :-). Le coté collectif m’échappe un peu je dois dire, enfin en tout cas, c’est jamais un élément que j’ai pris en compte. Je suis allé voir avengers, tout comme je vais voir un takeshi kitano en VOSTFR. Après, c’est vrai que je partage également via mon site et j’imagine que cela suffit à mon bonheur!!

  5. L’engouement suscité par les séries ou un film au cinéma et le ressenti que l’on retire de ces experiences est très mince selon moi.
    D’une part, aller au cinéma est, au départ, une décision personnelle basé sur l’intérêt pour le film que l’on va voir. L’experience que l’on ressent est ensuite magnifiée par le cadre et le public mais ce n’est pas obligatoirement vrai. en effet pour exemple, je suis allé voir Avengers dans une salle au 2/3 vide, avec un public majoritairement quadragénaire.Donc ce n’est pas la quantité qui compte mais bien la qualité de l’auditoire qui induit la satisfaction. Une sorte de reconnaissance , d’appartenance a une communauté , de personnes proches ( bien qu’inconnues) de vos centres d’intérêt.
    Vient ensuite le fait que pour le cinéma on paye une prestation , et donc a l’instar d’un psy, dire que l’on est allé voir un film au cinéma est valorisant, c’est une démarche active culturelle, à l’inverse d’une série que l’on a pu voir à la télé comme tout a chacun peut le faire. Faire partager son expérience cinématographique devient donc aussi une activité culturelle a part entière;j’ai payé , j’ai vu le film , je peux en parler et partager la connaissance.

    C’est un peu le même phénomène qui se produit pour les séries via un autre média qu’est le net, mais sans le rapport à l’argent. D’ailleurs si on regarde la cotation d’un films ou une série, on met en face d’un coté , les millions rapportés par un film (symbole de sa popularité) vs une série diffusée dans X pays…
    Donc pour moi l’expérience est quasi la même , c’est le sentiment d’appartenance à une communauté qui prime dans la satisfaction que je retire d’un film ou d’une série. je suis détaché du coté technique du cinéma, même si je conçois que le coté monétaire d’un film peut peser inconsciemment sur sa perception.

  6. C’est assez difficile pour moi de vous départager car, les deux expériences sont importantes pour moi. L’intimité pour la concentration et le temps d’appropriation et d’identification, et de l’autre le partage. Pas forcément dans une salle obscure d’ailleurs. Voir à plusieurs un film ou une série à la maison me convient aussi. Au cinéma, ce que je préfère c’est le grand écran et le partage avec des amis, mais pas avec les inconnus de la salle. Ils ont même tendance à me gêner avec leur popcorn. Oui, je suis une fille charmante qui adore son prochain.
    Quant au rapport aux artistes que j’aime, ce n’est pas compliqué, j’aime ce qu’ils font et me fiche totalement de savoir avec qui ils couchent et où ils vont en vacances.
    Près de mon ancien taf, je croisais tous les jours des stars et autres vedettes, et n’ai jamais adressé la parole à aucune d’entre elles. Parfois un signe de tête et un sourire et voilà. Pourtant, j’ai fait la queue une fois pour obtenir une signature et un dessin d’Hugo Pratt, mais je me suis sentie mal à l’aise.
    Et encore plus quand me retrouvant derrière Jim Jarmush (dont j’admire profondément le travail) dans la queue au tabac, j’ai bafouillé quelques mots dans le choc de la surprise…

    Dans le partage sur les réseaux sociaux, je ne suis pas équipée. Il faut une vive repartie, ce dont je manque cruellement…

    Dans le cadre amical, sans le jugement que peuvent faire peser le regard des inconnus, je suis plus enclin à échanger sur ce que j’aime.

    1. Trohzen : Je crois que tu évoque très bien la logique que regroupe ces deux phénomènes de masse : l’appartenance ET la reconnaissance à un groupe identifé.
      Après je pense que l’importance du ressenti dépend de chacun.

      Pschitrose : Ton anecdote sur Jim Jarmush m’a bien fait sourire, ayant vécu la même chose…

  7. Instinctivement, je serai plutôt d’accord avec Astiera. Déjà parce que comme tout le monde le sait, elle a toujours raison 😉 mais surtout parce que j’adore les séries pour me plonger dans des univers différents, dans des émotions. Je ne vais presque jamais au ciné parce que j’ai du mal à me laisser emporter avec 100 péquins autour de moi. Pour les comédies, ça peut être agréable, les rires pouvant être communicatifs. Pour des émotions plus complexes, la présence des autres me gène plus qu’autre chose.

    Et pourtant j’ai découvert cette année, à Séries Mania, l’énorme plaisir de rencontrer des vrais aficionados des séries et de découvrir des séries avec eux. J’avais un peu l’impression de rencontrer des gens qui parlaient la même langue que moi, après avoir passé des années en terre étrangère. C’était tellement cool de pouvoir discuter de séries « à chaud ». En sortant de la projection de « Ainsi soient-ils », tout le monde avait un avis, des références en tête. Mais surtout, chacun avait une impression, une émotion plus ou moins marquées. C’était d’un coup plus vivant que de mettre des commentaires sur un site.
    Quand le festival s’est fini, j’ai repensé au docu « Séries Addict » de Joyard. On y voyait un groupe de potes qui se retrouvaient régulièrement pour regarder une série ensemble. Et je me suis dit que finalement c’était pas une mauvaise idée. J’aime bien faire partie d’une communauté et encore plus si elle est un peu confidentielle : si un inconnu aime la série « Enlightened » je me sens directement plus proche de lui. Raisonnablement ça n’a aucun sens parce qu’il pourrait aimer « Enlightened » et être un gros con qui vote fn… Mais on partage un truc et donc j’ai l’impression qu’il y a plus de chances pour qu’on puisse se comprendre.

    1. Que j’aime lorsqu’on écrit que j’ai toujours raison 😀

      Effectivement, il est très intéressant et enrichissant de se reconnaître et se retrouver dans une communauté. Mais j’ai tout de même beaucoup de mal à me laisser pleinement emporter dans mes émotions dans une salle bondée. À chaque fois que je vais au cinéma, j’espère que la salle sera peu remplie, ce qui arrive parfois, mais pas pour des films susceptibles de m’emporter bizarrement…

  8. c’est interessant, l’amour du cinema m’a poussé vers celui des series!!! Donc j’adore les 2, mais ce qui est genial avec le ciné c’est que ça parle a plus de gens. En plus oui je suis d’accord l’obsurité d’une grande salle, avec plein de gens comme toi fan ou juste curieux c’est genial, tu ris avec eux, tu pleures avec eux!! une serie c’est sur tu te sens plus seule, la preuve je suis obiger de chercher des sites comme le tiens car au lycée où je suis trouver qq1 avec qui parler de games of thrones c’est mission impossible, alors c’est ca que j’aime dans le cinéma : la reunion de tout le monde pour voir un bon film ( ou un mauvais d’ailleurs)! c’est un peu une cérémonie, c’est ta sorti, tu l’a prevu, et si tu le rate t’es juste trop vener !! de plus la salle t’englobe t’es totalement plonger dans un autre univers, chose qu’il est presque impossible d’avoir dans ton salon quand meme!!! l’univers d’une serie c’st plus fermer  » tu suis ou tu suis pas » et le fait de pas suivre t’éjecte direct de la conversation, le ciné au pire si ya un film que t’a pas vu tu parles d’un autre !! les series c’est plus « communautaire » ahaha si je puis me permettre!! slt

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