L’attente : élément essentiel de ma sériephilie

Hier (c’est-à-dire il y a une éternité en langage twitterien), un petit débat a vu le jour sur Twitter suite à la diffusion de cet article jetant l’opprobre sur ceux qui aiment regarder les séries façon marathon. Le ton est sentencieux, l’auteur est persuadé de détenir la vérité ultime, bref, cet article est assez méprisant. Mais, au-delà de cette posture critiquable, il pose une question intéressante : quels sont les modes de visionnage des séries ? Il y a deux modes principaux : le visionnage épisode par épisode ou le marathon. Le but de ce billet n’est pas de décrypter chacun des modes pour aboutir au sempiternel “chacun fait comme il veut”, car effectivement, chacun fait comme il veut. Le but de ce billet, cher lecteur, chère lectrice, est de t’expliquer pourquoi, moi, dans ma singularité toute singulière, j’ai fait de l’attente un élément essentiel de ma sériephilie.

Ma sériephilie est née avec X-Files et était donc conditionnée par sa diffusion sur M6 une fois par semaine. J’ai été longtemps une sériephile classique, suspendue aux diffusions françaises, attendant un an entre chaque saison et en ayant une (voire plusieurs) saisons de retard par rapport à la diffusion originale. Cette attente était donc structurelle, mais pas vraiment frustrante. Et puis, ma sériephilie s’est accélérée pour coller à la diffusion originale, j’ai commencé à acheter des coffrets DVD, j’ai accumulé pas mal de retard qu’il me fallait rattraper. J’avais donc parfaitement la possibilité d’enchaîner les épisodes à ma guise, encore et encore. Ce ne fut pourtant pas le cas, car l’attente est devenue mon rituel, l’attente fait partie intégrante de mon amour pour les séries.

Comme je l’écrivais déjà ici, les séries sont magiques car elles sont un rendez-vous, car elles nous accompagnent. Et je veux que ce rendez-vous dure le plus longtemps possible, j’ai besoin de le savourer. Si je devais regarder une saison en un week-end ou l’intégralité d’une série en une semaine, je serai triste et, paradoxalement, plus vidée que nourrie. Peu importe le degré d’implication du spectateur, mon rituel reste quasiment exclusivement immuable : pas plus d’un épisode à la fois (sauf pour la saison 3 de Fringe, mais elle m’a rendue accro et lorsque je regarde Castle sur France2, même s’il me semble que dorénavant, seul le premier épisode de la soirée est un inédit,ce que je vérifierai dès le 3 septembre, date de diffusion de la saison 4, mais je sens que cette parenthèse à rallonge est en train de te perdre cher lecteur, chère lectrice, il est donc grand temps que la termine. Voilà, c’est fait).

Je redoute plus que tout les fins de saisons et les fins de séries. Ce terrible moment où il me faut dire au revoir, si ce n’est pas adieu, à ces personnages tant aimés, à ces moments où j’ai ri, pleuré, stressé. Dans ces moments-là mon rituel d’attente prend une toute autre dimension car, pour les séries particulièrement chères à mon cœur, je fais tout mon possible pour reculer cette inéluctable échéance. Alors que j’avais le dernier épisode de la saison 6 de Doctor Who, j’ai attendu une semaine pour le regarder (j’aurais pu attendre encore un peu plus, mais je savais que j’allais le retrouver bien vite durant 4 saisons). Pire, alors que j’ai le coffret DVD de la saison 2 de Luther, j’ai regardé le premier épisode il y a plusieurs semaines et ne peux me résoudre à regarder les trois autres ne sachant pas quand la troisième saison sera diffusée. Je te rassure, cher lecteur, chère lectrice, je finirai par craquer car je ne peux non plus me résoudre à laisser ce cher Luther en suspens indéfiniment.

Il y a bien deux séries dont l’attente me ronge et me tue : Kaamelott et Sherlock. Mais avouez que plusieurs années qui s’écoulent sans vouloir s’arrêter pour la première et au moins un an et demi pour la seconde, c’est tout simplement inhumain !

 

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6 réflexions au sujet de « L’attente : élément essentiel de ma sériephilie »

  1. L’attente a du bon, c’est certain. Mais je pense que comme tu le soulignes, il n’y a pas d’absolu comme le laisse sous-entendre cette tribune de Pagels : ça dépend des séries, par exemple. Pour certaines séries, attendre fait partie du « jeu », comme c’est le cas pour X-Files par exemple. Mais pour d’autres, l’attente entre deux épisodes ne se justifie par aucune sorte de suspense (après c’est vrai que tu regardes peu de comédies) et est simplement le résultat du calendrier de diffusion à l’américaine.

    D’autre part, nous avons, en France, avant même de parler d’achat de VHS/DVD ou de la diffusion en primetime de blocs (Les Experts, par exemple) s’élevant à plus de 3h, qui relèvent souvent du plus haut ridicule, eu de très nombreux cas dans lesquels il était tout-à-fait normal de regarder une série en quotidienne ; les séries de l’après-midi ou de la fin d’après-midi (genre la rediff d’Urgences aux alentours de 18/19h, mettons, mais ça a touché quasiment toutes les chaînes hertziennes pendant plusieurs années) étaient suivies de cette façon et ça ne choquait personne, dans les années 90 et au début des années 2000 (ça s’est raréfié avec la montée de la télé réalité, ainsi que la politique, par exemple sur M6, de priorité aux produits français, souvent non-fictifs ; aujourd’hui je crois savoir que ça se passe plutôt sur la TNT et uniquement pour les rediffs, mais je peux me tromper, je n’ai pas la télé). A l’inverse, l’attente est parfois ridicule, et pour reprendre l’exemple d’Urgences, le trou d’air entre deux saisons, conséquence logique de la diffusion par bloc, n’avait pas de sens.

    Mais quoi qu’il arrive, je crois que c’est à chacun de doser ces vertus selon ses envies et son temps. Les vacances, notamment, sont propices aux marathons parce que, eh bien, on n’a pas eu le reste de l’année le temps de suivre une série, et c’est soit ça, soit l’abandonner.

    Les arguments de cet article sont également ridicules parce qu’ils partent du principe qu’il s’agit uniquement de marathons de séries récentes. Or, pour ce qui est de passer à côté de l’expérience « sociale » de la discussion avec d’autres spectateurs, pardon, mais ça repose essentiellement là-dessus. Si demain je me fais un marathon de, disons, Twin Peaks, je me demande à quel point l’expérience sociale jouera un rôle majeur dans mon appréciation de la série. Or les marathons, ça peut aussi être rattraper son retard en matière de « culture » téléphagique.
    A l’inverse, j’ai posté pas plus tard que cette semaine les conclusions de mon marathon Gilmore Girls, et j’ai trouvé sur Twitter pas mal de répondant et de réactions. Comme quoi, je ne suis pas passé à côté de tant que ça avec mon atroce marathon de 7 saisons à la suite.

    Et puis quelque chose qu’on oublie, c’est qu’un marathon n’est pas forcément l’objet d’une découverte, mais parfois aussi d’une redécouverte. Le marathon permet alors d’avoir une vision d’ensemble et de juger l’oeuvre pour son travail de cohérence, sa construction sur le long terme. C’est parfois un peu facile de miser sur la mémoire partielle du spectateur…
    D’autant qu’on est parfois surpris de découvrir des détails qu’on ne capte pas dans certaines séries, en regardant les épisodes à une semaine (ou plus) d’écart. Certains éléments montrent au contraire qu’il y a des séries très attentives, où on s’auto-référence de façon subtile ; les comédies sont capables de faire un grand travail sur les gimmicks qui fonctionne parfois mieux lors d’un visionnage en marathon (en cas de doute, regarder les deux premières saisons de Roseanne pour s’en assurer).

    Il n’y a pas UNE bonne façon de regarder LES séries. Le marathon ni la diffusion hebdomadaire ne sont une fin en soi. C’est à chacun de voir d’après ses envies, et surtout, de s’adapter à ce qu’il regarde.

  2. Bon, déjà, une faute énorme : quand tu dis « Voilà, c’est fait) », c’est faux. En effet, au moment où on lit le « c’est fait », ce n’est pas fait, il aurait fallu écrire « ) Voilà, c’est fait », ou bien « Je le fais de suite ) ». J’espère que ce point primordial de ta prose est désormais éclairci.
    Sinon, pour revenir au sujet, j’avoue que je mélange les 2 modes, mais adaptés à la série : une série avec un fil rouge, que l’on rapprocherait d’un feuilleton, je m’en goinfre, je les avale à toute vitesse, je VEUX savoir la suite.
    Les séries, par-contre, plus « stand-alone », les cop-shows, un Warehouse 13, un Eureka, par-exemple, je peux regarder ça au rythme de la semaine sans difficultés.
    Mais, globalement, contrairement à toi, je ne perds aucun plaisir à regarder les épisodes d’une série les uns à la suite des autres, même si je ne dénigre pas ce petit pincement, cette attente qui nous torture quand on suit une série au rythme de ses diffusions originales, ce qui nous oblige à patienter TOUTE une semaine…
    Et, bien sur, je ne parlerais pas de cette torture que nous imposent les inter-saisons…

  3. Perso, je ne peux plus commencer une série si je n’ai pas la saison en DVD. J’ai besoin de contrôle, d’être sur que je n’ai pas rate un épisode et de pouvoir regarder a mon rythme. Le rythme dépend de la série : GOT j’ai regarde toute la saison 1 en 2 soirs et je n’envisage pas de regarder la saison 2 avant de tenir le coffret entre les mains. En revanche, pour MadMen je regarde au compte goûte … il peut s’écouler plusieurs semaines entre 2 épisodes.

  4. Oui alors tout dépend de la série et des circonstances.
    Quand les saisons sont trop espacés, ça devient un vrai problème, tu finis par te sortir trop de la série et avoir du mal a recoller les morceaux.
    J’avoue avoir attendu, pendant les premières saison de 24 (avant de lâcher la série qui se répète et à fini par me lasser), d’avoir tous les épisodes de la série pour voir tout à la suite, histoire de vivre le concept à fond.
    Mais oui le rythme hebdomadaire des séries fait souvent parti du trip, sauf bien sûr quand il s’agit de revoir la série.
    Mais bon les saisons irrégulières, ça énerve!
    Doctor Who! dépêche toi!

  5. Personnellement, je ne supporte pas les marathons. Au bout de deux épisodes d’une même série, je sature. Il y a longtemps (au moins dix ans), j’avais tenté un marathon Friends lors d’une soirée spéciale, j’ai lâché prise au 4ème… Je n’aime pas cette effet de surconsommation. J’ai comme l’impression de manger trop de parts d’un très bon gâteau.

    D’ailleurs, à titre d’exemple, j’ai vu l’intégrale de Six Feet Under en DVD et seulement en DVD. Et j’ai mis 5 ans pour tout regarder. Je l’ai dégustée « comme il fallait ».

    Les seuls cas pour lesquels je m’autorise un rythme plus élevé, c’est lorsqu’il est question de revisionnage comme une saison d’Alias en deux mois ou lorsque j’essaie de ne pas être trop en retard par rapport à une série toujours en cours de production (ex : The Good Wife saison 2 que je me fais en DVD cet été).

    En général, mes soirées séries sont composées de trois épisodes de séries différentes.

  6. L’attente…
    Cette amie fidèle de tout sériephile. L’attente est la base même de la série, puisque c’était même le mode de fonctionne des feuilletons romanesques du début du 20e dont la série à repris les codes. Créer un micro événement pour générer du suspense et de l’envie d’acheter le suivant pour savoir ce qui se passe.

    Mais avec la série moderne, les diffusions à la con des Hertziens français, le streaming et autres sources d’approvisionnement et la profusion de série à changer un peu la donne.

    Chacun peut gérer son attente, comme Nick qui préfère savourer ou comme moi qui n’ai pas peur des marathons (mais pas fan), même si après je suis bon pour patienter des mois (Fringe S05 !!!!). Mais cette attente me permet de chercher des palliatifs à mon manque et du coup je découvre d’autres séries.

    Finalement, l’attente à du bon.

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