Les artistes que l’on admire et la vision fantasmée que l’on en a

Twitter a du bon. Ce n’est pas seulement un endroit où l’on peut procrastiner à l’infini et perdre son temps avec délice entre liens, discussions et surtout douces bêtises. Twitter est aussi un endroit qui me donne des envies de billets (même s’ils n’ont rien de révolutionnaires. Mais en même temps, je fais ce que je veux sur mon blog. Et les billets non révolutionnaires font aussi partie du lot 😉 ).

Je m’explique.

Hier, je découvre un tweet de Dan Stevens, le Matthew Crawley de Downton Abbey, relayant un édito conseillant à Benedict Cumberbatch d’assumer son snobisme et de se taire. Ce tweet m’a surprise car Dan Stevens est un très bon ami de Cumberbatch. Traînant quelques heures plus tard sur Tumblr, autre lieu béni de la procrastination, je comprends la cause de ce tweet. Dans une interview pour la promo de sa nouvelle minisérie Parade’s End, Benedict Cumberbatch descend, avec des propos peu amènes, Downton Abbey. Branle-bas de combat sur Tumblr via messages interposés entre fans de Downton outragés et fans de l’acteur se plaçant en chevaliers servants pour défendre jusqu’à la mort l’honneur de l’homme qu’ils admirent tant (je vous assure que j’exagère à peine).

Au-delà de cette affaire dont on parlera quelques jours dans les milieux autorisés avant de passer à autre chose, ce buzz permet de se poser cette question : les artistes qu’on admire doivent-ils forcément coller en tout point à la vision fantasmée qu’on a d’eux afin de continuer à les admirer ? Je ne sais pas si Benedict Cumberbatch a pris un melon énorme au point d’oublier la décence de ne pas dire tout haut ce qu’il pense tout bas et de dénigrer ses petits camarades. Je ne sais pas si Benedict Cumberbatch est un snob, imbu de lui-même. J’ai seulement pu deviner, à travers ses interviews, qu’il était confiant en son talent d’acteur. Et après tout, c’est bien tout ce que je lui demande : être un acteur talentueux qui m’emporte à travers ses rôles.

Un acteur, un créateur, un musicien, nous touchent parce qu’ils parlent à nos émotions. Et dès lors que l’on est touché par eux, on peut les aimer de manière inconditionnelle, voire un peu déraisonnée et je m’inclus dans cette démarche. Du coup, on les fantasme, on ne les voit qu’à travers notre prisme de subjectivité forcément déformante. Mais alors, si ces êtres humains, donc imparfaits, se montrent parfois sous le jour banal du simple homo sapiens qui n’est pas exempt de médiocrité, doit-on forcément être déçu ?

Le lieu maudit pour déchanter est sans conteste Twitter. Les people s’y font de plus en plus nombreux et ils le sont tout autant à se laisser aller aux joies twittériennes des tweets persos, fantasques et autres joyeusetés. Mais voilà, ces tweets ne sont pas tous captivants. Pire, parfois, ils nous dérangent, nous semblent indignes de ces personnalités si chères à nos cœurs de fans. Je donnerai en exemple ce fervent admirateur d’Alexandre Astier qui en venait à se dire qu’il l’appréciait moins depuis que ce dernier s’est inscrit sur le réseau. En ce qui me concerne, c’est Jean-Christophe Hembert (Karadoc dans Kaamelott) qui m’a agacée sur “Pigeon Vole”. Sa posture, son humour m’ont assez vite lassée. J’ai donc cessé de le suivre. Vais-je donc regarder Karadoc d’une autre façon ? Absolument pas.

Les artistes que l’on admire ne nous appartiennent pas. Ils ne sont pas figés dans nos fantasmes. Ils n’ont pas à répondre à tout moment à notre idéal fantasmé. Ils n’ont qu’un seul rôle : nous faire rêver à travers leur imaginaire.

 

 

 

 

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8 réflexions au sujet de « Les artistes que l’on admire et la vision fantasmée que l’on en a »

  1. Un billet qui me parle complètement.

    J’ai souvent pour (mauvaise ?) habitude de « stalker » ou tout du moins de me renseigner, sur les acteurs/actrices qui interprètent mes personnages préférés.

    Dès que j’ai un coup de coeur pour un personnage, c’est comme un besoin vital d’aller voir s’il s’agit d’un véritable rôle de composition pour l’acteur qui est alors totalement différent, ou découvrir que les deux partagent de nombreuses similarités (exemple : Zachary Levi) ou mieux encore, s’apercevoir que l’acteur à la même vision et la même affection de son personnage que moi (et là, c’est l’osmose et l’obsession envers l’acteur assurée ahah).

    Parfois déçue en fouinant, ça ne change en aucun cas mon affect au personnage. Mais si au contraire, je découvre que l’acteur et le personnage ne font presque qu’un, je dois avouer que ça rajoute quand même un petit « plus » et renforce alors encore plus mon coup de coeur 😉

  2. A mon sens, l’artiste (sous toutes ses formes) doit s’effacer devant son œuvre. Personnellement, c’est sa musique/voix qui m’inspire, son style littéraire qui me touche ou sa façon de filmer qui m’enthousiasme. Savoir comment il mange ses frites à la cantine ou s’il aime les fleurs m’intéresse assez peu. J’ai d’ailleurs une sainte horreur pour tout ce qui bio, auto-bio, biopic, etc. Qu’est-ce qu’on s’en f… franchement ? Ce qu’il produit n’a-t-t-il pas infiiiiiiiiniement plus d’intérêt que son parcours dont nous ne percevons de toute façon et forcément qu’une toute petite partie ? Alors bien entendu, le cas du « comédien » est légèrement différent. En effet, ce dernier nous vend en définitive bien son corps. C’est son physique qu’on kiffe, sa voix qui nous électrise, son style qui nous affole… Compliqué… Pour éviter toute frustration/déception, je propose ceci : qu’on ne prenne l’acteur que pour ce qu’il est: une coquille. Libre à nous alors de plaquer tout ce qu’on veut dessus. Mais par pitié, lâcher Voici, Closer et cie !!!!

  3. C’est bien pour ça que je suis fan des personnages bien plus que de leurs interprètes, ce qui fait de moi une très mauvaise « fan à pipole ». Et c’est aussi pour ça que John Wayne reste pour moi une vraie légende, malgré ses côtés controversés.

  4. Pour les séries qui durent une dizaine d’années, les personnages deviennent presque familier et donc on peut alors faire un amalgame entre l’acteur et son personnage comme dans Friends par exemple. Mais ce phénomène s’estompe à partir du mement où l’on voit l’acteur dans d’autres séries. Même Leonard Nimoy a été vu dans Mission Impossible alors que son personnage le plus connu est Spock.
    Par ailleurs, qui pourrait faire croire que les acteurs mâles de Big Bang Theory sont des génies. En revanche l’actrice qui joue Penny est plus intelligente dans la série que dans la réalité si j’en juge les interviews que j’ai vu d’elle.
    Ensuite, il y a la vie elle-même du spectateur. Si celle-ci n’est pas terrible il peut reporter un peu de l’image fantasmée par le personnage dans sa propre vie.

  5. C’est juste un très beau « papier ».

    J’adore et je partage ta vision de cette relation très particulière entre rôle, interprète et auditeur.

    Décidément tes billets moins « sériphilie » sont vraiment très réussis 😉

  6. Merci beaucoup pour vos commentaires !

    Et merci Arnaud pour ces gentils compliments qui me vont droit au coeur. Il ne s’agit pas de fausse modestie, mais lorsque j’écris des billets plus “personnels” qui ne livrent pas d’analyse particulièrement poussée, j’ai parfois l’impression que mes arguments sont un peu bateau.

  7. Très intéressante cette question. (Tes billets plus personnels rejoignent ou initient les réflexions de tes lecteurs, les miennes en tous cas, donc continue, j’adore !!!)

    Moi je fais une différence entre acteurs et créateurs.
    L’acteur ne doit me transporter que par son talent, parce que ce qui compte avant tout c’est ce qu’il fait du personnage. Ben Whishaw fait ce qu’il veut de sa vie privée, rien ne m’empêchera de m’énamourer de Freddy Lyon dans The Hour. Idris Elba pourrait avoir le QI d’une huitre, son interprétation de Luther m’emporte, c’est la seule chose qui importe.

    Par contre pour un créateur, je vois les choses autrement. Certaines séries transmettent une réflexion, des valeurs qui me touchent. Apprendre que leur créateur trahit diamétralement dans la vie ce qu’il transmet dans sa série que j’aime tant me donnerait l’impression d’avoir été bernée et influencerait ma vision du show. Par exemple, si on m’apprenait qu’Alan Ball est homophobe et que le personnage de David avait pour but de capter une certaine audience, ça changerait forcément ma vision de SFU. Si Louis CK battait son ex femme, j’aurai franchement le coeur brisé et je ne pourrais plus regarder la série.
    Pour moi, le créateur est lié à sa création alors que l’acteur ne l’est pas avec le personnage…

  8. Même si je traîne souvent sur Tumblr, Twitter m’irrite sur le fait que ce n’est que des petites phrases qui sont montées en épingle, sans compter les hordes de fans qui republient parfois tout et n’importe quoi, dans certains cas au mépris de la vie privée des gens.
    Comme toi, je peux être complètement obsédée par un acteur, je vais fouiller dans sa filmo, mais aller fouiller dans sa vie privée ne m’intéresse pas et même me gêne, j’ai bien trop de respect pour la vie privée. Même lire une biographie d’un acteur me paraîtra gênant, je ne suis pas là pour apprendre mille et un détails sur son parcours et sa vie, je veux juste le regarder dans des rôles. Sûr, peut-être que je serai déçue sur certains aspects, on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Mais d’un autre côté, j’ai été aux anges de voir Mark Gatiss en conf’ être très drôle et aussi passionné par ce qu’il fait…ou de découvrir Martin Freeman qui se met à parler disques, fringues et Mod attitude (ce qui a le don de me rendre complètement dingue).
    Certains fans sont dans une idéalisation et cèdent à l’amalgame entre un acteur et un des rôles (on tombe parfois sur des Real Person Fictions (RPF) dans les fanfictions, et c’est un truc très perturbant).

    Je suis d’accord avec le commentaire précédent, c’est différent avec un créateur ou un scénariste. Ça m’intéresse de connaître ses influences, ses méthodes d’écriture, les thèmes qu’il aime aborder et pourquoi et son parcours. Le fait d’être créateur me paraît différent. Comme avec les musiciens, dont je peux dévorer les bios ou les autobios et me régaler d’anecdotes sur leur vie.

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