The Newsoom, série sur le fil

Il y a des séries dont le simple nom du showrunner met la sphère sériephilique en ébullition. Un nom et tout le monde s’emballe, fantasme, s’impatiente, dévore chaque image dévoilée et cherche à tout connaître de ce projet forcément prometteur. Il en a donc été ainsi pour The Newsroom, nouvelle série signée Aaron Sorkin. Sache cher lecteur, chère lectrice, que le culte voué à Aaron Sorkin est particulièrement intense dans la sphère sériephilique. Aaron Sorkin est le showrunner américain à qui l’on doit la très estimée The West Wing. Je dois vous faire un aveu : je n’ai pas vu The West Wing. Je n’étais donc sous l’effet d’aucun emballement, d’aucun fantasme, d’aucune attente démesurée à l’annonce de The Newsroom. Je dirais même que le premier teaser ne m’as pas vraiment emballée. Et il m’a fallu attendre de devoir en parler dans Season One pour m’y plonger. Et oui, cher lecteur, chère lectrice, je ne suis plus à une hérésie près.

Will McAvoy (Jeff Daniels) est le célèbre présentateur de News Night, émission d’information diffusée sur une chaîne du câble. Bien qu’il ne cache pas sa préférence républicaine, il se garde bien d’exprimer la moindre opinion, lissant son discours, ne sortant jamais du rang. Le voilà donc participant à un débat devant des étudiants. L’animateur le pousse dans ses retranchements alors qu’une étudiante lui demande pourquoi les États-Unis sont le meilleur pays au monde. Cette étudiante comprendra bien vite que l’animateur n’aurait pas dû pousser Will McAvoy dans ses retranchements et doit essuyer une diatribe aussi envolée que cinglante. Mais surtout, Will McAvoy n’a pas été lisse et il est sorti du rang. Il devra donc prendre quelques jours de vacances. À son retour, il découvre que Charlie Skinner (Sam Waterson) a engagé une nouvelle productrice pour l’émission, à savoir la talentueuse et frondeuse Mackenzie MacHale (Emily Mortimer). Cette Mackenzie n’a qu’un seul défaut : avoir piétiné sans vergogne le cœur de ce pauvre Will qui ne s’en est toujours pas remis. Mais bon an, mal an, avec leur équipe, ils vont se retrousser les manches et se fixer pour objectif de réinventer le journalisme d’information télévisée. Ou plutôt de revenir aux sources du grand journalisme télévisé porté par Ed Murrow pourfendeur du maccarthysme dans les années 50. Le ton est donné : l’émission News Night 2.0 devra informer différemment, élever la conscience des citoyens et surtout être à l’opposé de l’information spectacle.

Une thématique sur le fil
Je ne te cache pas, cher lecteur, chère lectrice que j’aime particulièrement lorsqu’il est question d’interroger le rôle du journaliste, la position du citoyen et leurs responsabilités dans la présentation et la compréhension du monde qui nous entoure. C’est d’ailleurs ce que j’ai trouvé passionnant dans la magnifique The Hour. Les quatre premiers épisodes de The Newsroom m’ont fortement fait penser à sa cousine anglaise. L’époque et les contextes sont bien sûr différents, mais les enjeux sont les mêmes : comment réussir à informer de la manière la plus honnête dans un monde régi par des règles qui semblent immuables ? Les journalistes de The Hour se battent contre une censure d’état, des secrets, un accès quasi impossible à une information totalement libre. Dans The Newsroom, l’information est partout, mais ressemble plus à de la désinformation basée sur du spectaculaire, des omissions, de la simplification, des positions partisanes qui font dire aux faits ce que l’on veut qu’ils disent. Le principal obstacle n’est plus les hommes cachés dans les sombres cabinets gouvernementaux, mais la course aux audiences et donc aux annonceurs. Et le premier réflexe est de se dire que faire appel à l’intelligence du public n’est pas la meilleure idée.

Durant ces quatre premiers épisodes, on suit la refonte éditoriale de l’émission, on suit tout ceci de l’intérieur. Les personnages sont grisés par l’enjeu, enthousiastes et heureux d’avoir un but. Ils fonctionnent dans leur bulle, emportés dans leur élan, sans savoir que l’orage gronde au dehors. Le final du 4e épisode est un modèle du genre et m’a une nouvelle fois fait penser à The Hour.
Mais voilà, il n’est pas si simple de tout remettre en cause sans avoir le filtre de l’histoire pour mettre en perspective. Les faits montrés dans The Newsroom sont plus que contemporains, ils ont deux ans à peine. Difficile alors de prendre du recul. The Newsroom est clairement une série à thèse. Aaron Sorkin veut nous dire quelque chose. Et une chose est sûre, il n’a pas aimé la façon dont les médias ont donné une caisse de résonance aux candidats illuminés du Tea Party lors des dernières élections sénatoriales américaines. Il est également certain qu’Aaron Sorkin n’est pas le plus grand fan de Fox News. Je n’ai rien contre les séries à thèse et partageant plutôt la vision d’Aaron Sorkin, la sienne m’a d’autant moins gênée. Mais le problème lorsqu’on veut défendre un point de vue, c’est qu’on manque parfois de subtilité.

Les épisodes de The Newsroom sont assez inégaux et sont parfois emprunts de bons sentiments peu digestes. L’épisode consacré aux débuts de la révolution égyptienne en est un très bel exemple. Les traits sont forcés, entre les journalistes étrangers qui ne peuvent pas sortir mais qui bravent le danger pour accomplir leur boulot et sont donc considérés comme des héros et ce jeune blogueur égyptien que l’on envoie au front et qui bien sûr manque de mal finir. Et que dire du final de cet épisode limite digne des téléfilms de M6 en début d’après-midi (ok, cette fois, c’est moi qui force le trait, mais que de bons sentiments dans ces quelques scènes) ? Il en est de même avec l’épisode qui traite de l’arrestation de Ben Laden. En bonne française, je suis toujours mal à l’aise avec le patriotisme exacerbé et là, on peut dire que j’ai été servie.

Heureusement, The Newsroom sait aussi se faire plus subtile. Will McAvoy n’est pas qu’un simple chevalier blanc au grand cœur et désintéressé. Il est avant tout un grand névrosé, drogué à la cote de popularité avec un fort penchant mégalomaniaque. Toutes ces qualités le poussent donc à se prendre pour un soldat de la véritable information en mission, chargé d’éduquer tous ces imbéciles qui se gavent de faits divers, de ragots et qui tiennent des arguments sans fondement. Will McAvoy a un passé de procureur et il n’hésite pas à soumettre ses interlocuteurs à ses interrogatoires dignes d’un tribunal. Le présentateur, emporté par son rôle se place en censeur élitiste et méprisant. Le 7e épisode est un modèle du genre, montrant parfaitement comment Will McAvoy fait fausse route et retrouve ses démons.

Des personnages sur le fil
Les commentaires sont allés bon train lors de la diffusion des premiers épisodes : et si Aaron Sorkin écrivait ses personnages féminins de façon misogyne ? Tu le sais sans doute, cher lecteur, chère lectrice, qu’en tant que féministe patentée, je suis sensible à cette problématique. J’ai donc été particulièrement attentive et pour moi, Aaron Sorkin n’écrit pas ses personnages féminins de façon misogyne. En revanche, ses personnages, féminins comme masculins, sont borderline.

Nous avons donc Mackenzie qui est particulièrement compétente dès qu’il s’agit de produire une émission d’information de qualité, mais qui est totalement incapable de gérer sa vie privée de façon rationnelle. Elle enchaîne les bourdes et crises de nerfs à la vitesse de la lumière.

Il y aussi Sloan (Olivia Munn) experte en économie bardée de diplômes, ce qui lui vaut d’être présente dans l’émission. Ok, ok, elle est aussi dans l’émission car elle est belle. Et là, vous allez me dire qu’il n’y a pas plus misogyne comme présentation de personnage. Effectivement, Mackenzie l’embauche car elle veut un beau visage pour porter un discours compliqué et éviter que les téléspectateurs ne zappent. Mais ne nous voilons pas la face : les journalistes femmes et animatrices (quelque soit le pays) sont en partie recrutées sur leur physique. Aaron Sorkin n’a pas nié cette réalité, ce qui ne veut absolument pas dire qu’il la cautionne.

Le mister ordinateur et Internet est représenté par Neal (Dev Patel) qui écrit le blog du présentateur vedette. Fou de technologie, il est également obsédé par l’existence de Big Foot et ne désespère pas qu’un sujet lui soit consacré.

Mais nous avons surtout le quatuor infernal : Maggie (Alison Pill), l’assistante de Will montée en grade qui vit une relation chaotique avec Don (Thomas Sadoski), l’ancien producteur de Will passé à l’émission de 22 h. La charmante Maggie tombe également sous le charme de Jim (John Gallagher Jr.), l’assistant de Mackenzie, sans vouloir se l’avouer. De son côté, Jim tombe également sous le charme de Maggie, mais comme elle vit une relation chaotique avec Don, il garde ses sentiments pour lui et commence lâchement une relation avec Lisa (Kelen Coleman), la colocataire et meilleure amie de Maggie. Et là, cher lecteur, chère lectrice, tu te sens un peu perdu et tu as l’impression de lire le pitch du 650e épisode des Feux de l’amour. C’est bien là le problème. Ces quatre personnages, semblant parfois tout droit sortis d’un soap, sont soit attendrissants, soient ridicules et on ne sait jamais trop vraiment dans quelle catégorie les classer.

C’est l’un des problèmes de The Newsroom : les storylines personnelles parasitent souvent le reste. On aimerait plus de crédibilité concernant le questionnement premier de la série (le rôle du journaliste et son devoir) et moins de relents dignes des comédies romantiques les plus cuculs. Aaron Sorkin semble ne jamais vraiment choisir son camp, ce qui laisse un petit goût d’inachevé.

Finalement, seul un personnage m’a totalement plu : Charlie Skinner, le directeur de l’information. Fantasque (une manière polie d’évoquer son alcoolisme), passionné, fidèle à ses convictions, il est vraiment attachant.

Alors, oui, cette première saison m’a intéressée et oui, je regarderai la saison 2. J’espère aussi qu’ils auront la bonne idée de changer le générique, tout droit sorti des années 90 et d’une platitude bien navrante.

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The Newsroom, diffusée sur HBO. Saison 1 de 10 épisodes, saison 2 en production

 

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Une réponse sur “The Newsoom, série sur le fil”

  1. Tu es très forte : je suis globalement d’accord ET pas d’accord. D’accord sur les forces du show (ou supposées forces : l’ambition initiale de la rédaction sur le traitement de l’info) et ses faiblesses (le love-quadrilatère de la série).

    Par contre, il y a des points où je ne te rejoins pas:

    – La façon dont The Hour relève le challenge de l’info est autrement plus subtile chez Abi Morgan que chez Aaron Sorkin. La compréhension du caractère ardu de la tâche, même à deux époques différentes, est bien mieux exploitée par Morgan.

    – Tu dis que « Mackenzie (est) particulièrement compétente dès qu’il s’agit de produire une émission d’information de qualité » : franchement, ça se voit… jamais ou presque. Elle est complètement mazoutée par la « marée noire de la romance » dont Sorkin tartine ses épisodes. Et elle est plus fatigante qu’attachante.

    – Pareil pour Charlie Skinner, qui me fait penser à un pantin désarticulé. Il éructe très souvent et n’a pas grand’chose d’un guide/un sage capable d’appréhender la profondeur de l’enjeu avec lequel News Night essaie de composer. Et franchement, faire ça avec Waterston, ça me fait mal au coeur

    Sinon, tu as absolument raison, c’est une série à thèse. Dommage que ce soit une thèse réaliste (on revisite l’actu) enchâssée dans une histoire dont le caractère réaliste (comment on résout les intrigues, ne serait-ce que d’un point de vue émotionnel) possède une géométrie plus que variable…

    Voili, voilou : c’est joli chez vous, au fait. Et intéressant ce qu’on y lit. Je viens souvent mais ne le dis pas assez.
    I will be back.

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