Single Father, une bulle d’émotion qui vous enveloppe

Aujourd’hui, cher lecteur, chère lectrice, je t’écris au sujet d’une série anglaise. Pour changer. Aujourd’hui, cher lecteur, chère lectrice, je t’écris au sujet d’une série anglaise dans laquelle joue David Tennant, ma monomanie du moment. Aujourd’hui, cher lecteur, chère lectrice, je t’écris au sujet de Single Father, minisérie de quatre épisodes.

Le pitch : Dave (David Tennant) et Rita (Laura Fraser) sont heureux. Lui est un photographe et possède son studio, elle s’éclate en tant qu’institutrice aux côtés de sa meilleure amie Sarah (Suranne Jones). Dave et Rita ont une grande famille recomposée : Tanya (Sophie Kennedy Clark), 18 ans, fille de Dave d’un précédent mariage et déjà maman d’un petit Samuel âgé de 3 ans, Lucy (Natasha Watson), 15 ans, fille de Rita d’une précédente union et leurs trois enfants Paul (Chris Hegarty), 11 ans, Ewan (Robert Dickson), 9 ans, et Evie (Millie Innes), 6 ans. Rita s’apprête à passer un examen pour évoluer professionnellement, Dave aime passer ses samedis soirs sur un terrain de foot avec ses potes. Une vie simple et harmonieuse, enfin autant qu’elle peut l’être avec quatre enfants à la maison. Mais voilà, tout bascule le jour où le vélo de Rita est percuté par une voiture de police, la tuant sur le coup. Le monde de Dave s’écroule. Le monde de Lucy, Paul, Ewan et Evie s’écroule. Le monde de Sarah s’écroule. Comment continuer ? Comment accepter un amour naissant mais qui semble interdit ?

Je sais, cher lecteur, chère lectrice, tu te dis que cette histoire a déjà été racontée à maintes reprises, qu’il n’y a rien de bien original là-dedans et que cela sent le sentimentalisme de bas étage. Sache, cher lecteur, chère lectrice, que tu as tort : Single Father est tout sauf du déjà-vu. Single Father est tout sauf de la mièvrerie.

Le premier épisode donne tout de suite le ton : le récit que nous allons découvrir, les personnages auxquels nous allons nous attacher vont nous être montrés avec force et simplicité. Pas besoin d’en rajouter avec des scènes ou des dialogues superflus ou estampillés “attention, moment d’émotion”. La construction narrative de l’épisode présente cette tranche de vie dans ce qu’elle peut avoir de plus banal, de plus quotidien, sans oublier un peu de poésie. La rupture n’en sera donc que plus flagrante. Mais là encore, pas de pathos dégoulinant, pas d’images convenues, de démonstrations de douleur déplacées. Tout semble couler de source, évident. Et c’est ce qui cueille le spectateur, impliqué sans qu’il s’en rende compte. L’une des dernières scènes de l’épisode, qui aurait pu être le plus classique des clichés est magnifiquement interprétée par un David Tennant bouleversant et a achevé de m’ébranler tout à fait.

Une parfaite alchimie entre les personnages

La magie de Single Father opère grâce aux personnages et à la manière à la fois naturelle et forte dont ils interagissent.

La série, de par son sujet, fait la part belle aux enfants et il n’est pas toujours si simple pour des enfants d’être tout le temps justes, pleinement dans leurs personnages, surtout lorsqu’il y en a quatre de 6 à 15 ans. Ici, le casting a fait des merveilles et on se prend d’affection pour chacun d’entre eux. Paul est l’aîné de sa fratrie et sent qu’il a une certaine responsabilité. Il voit bien que son père perd pied, il tente de le soutenir comme il peut, il essaye de garder la mémoire de sa mère vivante. Ewan a plus besoin d’attention et gère l’absence en continuant à embêter son grand frère, à chercher la confrontation. La plus craquante est Evie qui est absolument adorable et irrésistible. Elle m’a tout de suite fait penser à la Bridget de Medium. Lucy est celle qui a le plus perdu. Comme ses demi-frères et sa demi-sœur, elle vient de perdre sa mère. Mais contrairement à ses demi-frères et sa demi-sœur, elle n’a pas de père. Elle se sent comme une étrangère dans cette maison, elle n’y trouve plus sa place. Retrouver ce père qu’elle n’a jamais connu est la seule bouée à laquelle elle peut se raccrocher. Chacun de ces jeunes acteurs porte son personnage avec une facilité désarmante. Mais ce n’était pas forcément une chose si aisée aux yeux de David Tennant : « Nous avons été si chanceux d’avoir ces enfants. J’étais assez nerveux de travailler avec des enfants parce que c’est une part si importante de l’histoire, surtout sur un tournage de huit semaines. Je n’étais pas sûr de la manière dont ils réagiraient ou de la mienne ! Mais il n’y avait aucune raison de s’en faire, car comme le réalisateur (Sam Miller) a dirigé le casting avec un grand soin, nous avons simplement eu les plus brillants gamins avec de superbes individualités. …/… Ils voulaient le faire, ont fait tout ce qui leur a été demandé sur le tournage et ont vraiment travaillé comme des professionnels. »

Trouver les bons acteurs est une chose, mais réussir à nous faire croire immédiatement à cette vie de famille, à ces liens si particuliers en est une autre. Et dès les premières scènes, on y est, on ne doute pas une seule seconde que cette famille s’aime. Une alchimie qui s’est construite entre les comédiens avant le tournage et qui a continué sur le plateau. « Nous sommes allés jouer au bowling avant le début du tournage. C’était assez drôle car au début, nous avons essayé de recréer un lien familial et de rendre ce drame aussi réel que possible. …/… Durant le tournage, nous avons continué à sortir et nous connaître un peu plus en jouant de nouveau au bowling ou en jouant au foot dans le parc. …/… Chris (qui joue Paul) et Rob (qui joue Ewan) donnaient vraiment l’impression d’être frères. Une minute, ils étaient les meilleurs potes et l’instant d’après, ils se chamaillaient. » (David Tennant) « Les enfants étaient si excités d’être sur le plateau, ils voulaient vous parler de tout ce qu’ils avaient fait chaque jour. La plus petite (Millie qui joue Evie) a redécoré sa caravane en rose et ensuite, elle a envoyé une invitation à chacun pour qu’on vienne voir. Ce genre de choses arrivaient tous les jours sur le plateau. Les enfants voulaient jouer avec le chien et ensuite le dire à David, lui poser des questions sur la télévision, me demander des choses sur ce que j’avais fait, nous parler de leur travail. Ce furent des journées bruyantes, amusantes, adorables et surtout bruyantes ! » (Suranne Jones).

Une histoire émouvante et captivante

Bien sûr, Single Father nous parle d’un père qui perd tragiquement la mère de ses enfants et qui doit faire face. Mais Single Father nous parle avant tout de la vie qui continue. La mort de Rita, présentée au tout début du premier épisode, n’est qu’un point de départ, et non une fin en soi. L’histoire qui nous est racontée se passe dix semaines après cet événement. Single Father nous plonge au cœur d’une famille, nous montre des personnages qui vivent tout simplement.
Il n’y a absolument rien d’extraordinaire dans cette minisérie, les rebondissements n’ont pas besoin d’exister puisque ce sont les personnages qui portent l’intégralité du récit. Des personnages qui souffrent et qui aiment. « Suite à un processus graduel, tout ce qui est extérieur à la vie de famille a été enlevé de l’histoire. Donc, nous nous retrouvons avec un pur drame relationnel. Il n’y a pas d’élément renversant, pas de mauvaises personnes mettant d’autres à terre. C’est seulement la vie qui se déroule et j’adore ça lorsque ça marche. » (Mick Ford, scénariste).

Mick Ford a eu la très bonne idée de ne pas nous dépeindre un Dave totalement perdu, absolument incapable de prendre en charge sa famille, même si cela est bien sûr très difficile : « Dave essaye vraiment, il n’est pas un père inutile. Il est capable de veiller sur ses enfants, de faire la cuisine, le ménage, mais l’effort émotionnel et physique que cela demande finit par être trop grand. Il ne peut se cacher nulle part jusqu’à ce qu’il se perde soudainement dans ses sentiments pour Sarah. » Ce personnage, magnifiquement interprété par un David Tennant qui n’a cessé de me bouleverser, doit faire face à tant d’enjeux : assumer une entière paternité, être rejeté par Lucy, tomber amoureux, encaisser la découverte des mensonges de Rita. Mais Dave n’est pas toujours un père parfait et dévoué, surtout envers sa plus grande fille Tanya. Il ne lui prête que peu d’attention, autocentré sur ses propres problèmes et émotions, alors qu’au final, elle n’est qu’une gamine de 18 ans qui a besoin d’un père.

L’amour naissant entre Dave et Sarah n’est jamais à l’eau de rose, mais touchant, compliqué, puissant.

Presque instantanément, on est happé dans cette bulle hors du temps. On fait partie de cette famille. On ne veut pas attendre pour les retrouver épisode après épisode. « Je suis certain que les téléspectateurs vont plonger dans cette histoire. Ils vont s’attacher à cette famille, à Dave, à Sarah et aux enfants. Ils voudront savoir ce qu’il va leur arriver à tous. Pour moi, Single Father capture le genre de vie de famille que je connais et reconnais. » (Mike Ford)

Tout est subtil dans cette série, l’écriture, le jeu d’acteurs, la mise en scène. SI je devais être totalement honnête, je vous dirai que la musique n’est pas des plus inspirée, mais ce n’est q’un insignifiant détail. Voilà donc comment j’ai vécu de délicieux et douloureux moments avec eux le temps de quatre épisodes.  Je ne peux donc que vous encourager à faire de même. Une histoire simple et belle qui vous emporte autant, c’est un précieux cadeau qui n’arrive pas si souvent.

Les citations présentes dans ce billet (et traduites dans la limite des mes capacités de non bilingue) sont issues des communiqués de presse de la BBC (en anglais).

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4 réponses sur “Single Father, une bulle d’émotion qui vous enveloppe”

  1. Ton article contient des spoilers mais pour une fois ça ne m’a pas dérangée. Parce que c’est bien écrit et que cela se lit d’une traite. Bien sûr, tu sais comme toujours jouer sur notre empathie.
    J’ai regardé le premier épisode et suis déjà en amour des personnages.
    Avec une nette préférence pour David Tennant. Bizarre… 😉

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