Blackpool, la série qui a fait bouger mes repères

Le ou la sériephile est un être qui peut sembler étrange, mais qui a ses repères, aime avoir ses marques. Et en tant que sériephile monomaniaque obsessionnelle, je n’échappe pas à la règle. Bien au contraire, j’ai des idées bien arrêtées sur ce que j’aime et sur ce que je n’aime pas. S’il y a bien une chose que je savais ne pas goûter outre mesure, ce sont les comédies musicales. Ok, ok, dans ma jeunesse, j’ai aimé Notre-Dame de Paris et j’assume, mais pour le reste, je ne cours pas les Zenith pour découvrir des Moïse, Romeo, Louis XIV ou autre personnalité historique et romanesque qui vaut le coup d’être chorégraphiée par Kamel Ouali. Je n’aime guère plus les productions anglo-saxonnes à grand renfort de voix puissantes et décors démesurés. Cette règle s’applique donc aux séries. Je ne suis pas vraiment fan des épisodes musicaux qui peuplent ici et là des saisons, je n’ai pas accroché ni à Glee, ni à Smash (même si, j’en conviens, elles n’ont pas grand-chose à voir). Et puis est arrivée ma Tennant mania me poussant à guetter la moindre de ses prestations. Parmi elles, son rôle dans Blackpool, série à forte connotation comédie musicale. Car oui, dans Blackpool, les acteurs dansent et chantent. J’ai donc commencé cette série avec un peu d’appréhension, persuadée que le genre ne saurait me plaire tout à fait. Et pourtant, bien que la série ne soit pas parfaite et comporte quelques longueurs (quatre épisodes auraient à mon avis suffi), je suis tombée sous le charme. Mais par quel miracle Blackpool a-t-elle pu me plaire ?

Des personnages avant tout
Blackpool est une petite ville balnéaire anglaise, tout ce qu’il y a de plus banale, si ce n’est que le jeu y est roi. L’homme qui y règne en maître est Ripley Holden (David Morrissey), fan ultime d’Elvis Presley qui a un seul rêve : faire de Blackpool la nouvelle Las Vegas. Il veut faire de sa salle d’arcade un hôtel-casino des plus flamboyants. Lorsqu’un cadavre est découvert dans sa salle de jeu, le détective Peter Carlisle (David Tennant) arrive en ville pour mener l’enquête. Le règne de Ripley Holden pourrait bien s’arrêter net.

Ce personnage de Ripley Holden a tout pour être caricatural et ridicule : il s’habille à la manière d’un Texan, conduit une grosse américaine, vit dans une grande maison à la déco plus que limite kitsch. Obsédé par sa conquête de la ville et sa soif de réussite et de gloire, il s’est éloigné de plus en plus de sa femme Natalie (Sarah Parish), il traite ses amis et partenaires comme des abrutis. Obsédé par l’image du personnage qu’il a construit année après année, il est intransigeant avec son fils Danny (Thomas Morrison), tellement effacé derrière ce père qui prend toute la place partout où il passe. Alors oui, parfois, souvent, Ripley Holden est caricatural et ridicule. Mais c’est bien ce qui fait son charme et permet de révéler ses blessures. Car Ripley Holden est avant tout un homme qui fuit son passé, l’ado faible et sensible qu’il fut. Sa rage de revanche sur lui-même l’a peu à peu coupé de son identité. Il aime tellement endosser le rôle du type qui va casser la baraque et à qui rien ni personne ne résiste, qu’il s’y perd. Ripley Holden est avant tout un homme qui voit son univers rêvé s’écrouler petit à petit : son fils qui suit ses funestes traces, sa fille Shyanne (Georgia Taylor) adorée qui lui tourne le dos, sa femme qui le trahit, son affaire qui lui échappe. Cet homme est d’une maladresse presque maladive, il ne sait plus être vrai. Et lorsque il doit regarder au fond de lui-même et faire face à ses émotions, la douche est sacrément glacée. David Morrissey campe parfaitement ce personnage, tout en tendresse.

Ripley Holden n’a pas de chance, il a fallu qu’un cadavre soit retrouvé dans sa salle d’arcade. Il a fallu que ce soit le détective Peter Carlisle qui croise son chemin. Ce détective aux méthodes atypiques a en horreur les types comme Ripley. Il en fait donc d’office son principal suspect. Il perd d’autant plus toute objectivité alors qu’il tombe amoureux de Natalie (tout en lui cachant bien sûr être celui qui enquête sur son mari). Cet amour naissant, très classique dans les fictions, aurait lui aussi pu être facile et caricatural. Il n’en est rien. J’ai aimé Natalie, cette femme au foyer qui vit avec celui qui est devenu un étranger, une fille qui l’a toujours repoussée et un fils paumé. Une femme qui sait que cette vie n’a aucun sens, qui est fatiguée de devoir sauver les apparences. Une femme qui ne peut que tomber sous le charme de Carlisle qui n’a d’yeux que pour elle et qui la fait exister à nouveau. David Tennant et Sarah Parish sont impeccables et font naître ces sentiments avec une belle simplicité.

Un savant mélange des genres
Blackpool est un sacré ovni, décalé comme les Anglais savent le faire. Cette série est tout à la fois une comédie musicale, une enquête policière, un western et une comédie romantique. Un metling pot qui semble bien indigeste à première vue, mais qui fonctionne. Les codes de chaque genre sont montrés par touches. L’esthétique (en particulier la typo du titre et du générique) et l’affrontement Holden/Carlisle nous plongent dans l’Ouest américain. L’enquête et le style de Carlisle rappellent la figure charismatique de Columbo. Le triangle amoureux Carlisle/Natalie/Ripley pourrait faire penser aux films avec Meg Ryan (oui, j’ai piqué la vanne à Florence Foresti, je sais, c’est moche), mais en plus touchant (ok, ok, c’était une attaque facile envers les comédies romantiques, shame on me).

Et bien sûr, bien sûr, Blackpool nous plonge dans l’atmosphère de la comédie musicale, avec ses scènes chantées et dansées qui débutent chaque épisode et présentes à des moments clés. Ne cherchez pas des numéros ultraléchés, aux chorégraphies éblouissantes et aux voix qui ridiculiseraient les candidats de The Voice. Mais ne soyez pas déçus, car ce que nous propose Blackpool est bien plus réjouissant et attachant. Les acteurs ne sont ni des danseurs émérites, ni des chanteurs confirmés, donc nul besoin de leur demander l’impossible. Le réalisateur a donc trouvé la bonne idée : faire chanter les acteurs sur la musique, tout en donnant toute sa place à cette dernière. On évite les fausses notes et le ridicule playback. Ces scènes illustrent à la fois ce qui se passe en ajoutant un peu de fantaisie. Il y a donc des chorégraphies, légères, mais fort sympathiques. Les musiques choisies collent parfaitement à l’ambiance de la série. Mais du coup, ça donne quoi visuellement cette ambiance de comédie musicale ? Petit florilège de mes moments préférés.

L’ouverture du premier épisode

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L’ouverture du deuxième épisode (l’un des meilleurs avec le dernier)

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Ma scène préférée entre Carlisle et Natalie, sobre et touchante (toujours dans le deuxième épisode)

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Deux affrontements entre Carlisle et Holden où chacun montre qu’il est le patron

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2 réponses sur “Blackpool, la série qui a fait bouger mes repères”

  1. RAAAAAH ! The Next Doctor ! Je savais bien qu’il me disait quelque chose !
    Et sinon, les extraits m’ont… intrigués ! Malheureusement, mon anglais n’est pas assez bon pour comprendre les chansons, et comme il est inenvisageable de chercher une VF de ça, je pourrais me pencher dessus si je trouve un BON sous-titrage…

  2. Dans la série, j’ai aussi cette prestation de David Tennant, je demande : Blackpool ! Très bonne review (comme la précédente !).

    Blackpool existe en DVD (import anglais) avec les sous-titres en anglais.

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