La force de ces acteurs pleinement conscients de leur corps

Je sais, je sais, cher lecteur, chère lectrice, tu te demandes sans doute d’où me vient ce titre de billet et où est-ce que je veux en venir. Je te rassure tout de suite, tout va bien du côté de mon équilibre mental (enfin, disons que son déséquilibre est on ne peut plus normal).

Jouer la comédie, ce n’est pas seulement interpréter un texte, c’est aussi et surtout, donner corps à un personnage. Mais ce n’est pas si simple d’être corporellement un autre. Et lorsque cela fonctionne, le spectateur ne peut qu’être happé par ce qu’il voit. En ce qui me concerne, je suis presque envoûtée.

Si j’en viens à écrire un tel billet aujourd’hui, cher lecteur, chère lectrice, c’est qu’hier soir, je suis allée voir la pièce de théâtre Frankenstein au cinéma. Petit rappel des faits : l’année dernière, Benedict Cumberbatch a joué au National Theatre of Great Britain avec Johnny Lee Miller la pièce Frankenstein, mise en scène par Danny Boyle. Particularité de cette pièce : les deux acteurs alternent les rôles du créateur et de la créature un soir sur deux. The National Theatre of Great Britain propose des captations vidéo de ses pièces qui sont diffusées au cinéma. Hier soir, j’ai donc vu la séance dans laquelle Benedict Cumberbatch joue la créature. Alors oui, bien sûr, je fais ma fangirl de base dès qu’il s’agit de cet acteur si cher à mon cœur de monomaniaque obsessionnelle, mais ce billet va bien au-delà. J’ai été totalement bluffée par sa présence physique et surtout par sa “mise en corps” parfaitement maîtrisée.

La pièce commence par la naissance de la créature qui s’extirpe de son “cocon” artificiel. Une longue scène impressionnante qui nous montre une naissance chaotique. Cumberbatch a merveilleusement mis en corps cette naissance difficile, les membres qui ne répondent pas ou plutôt le cerveau qui ne sait pas encore comment les membres répondent : soubresauts, corps désarticulé, corps qui rampe et se meut comme il peut, puis la progressive prise de conscience, maîtrise pour arriver à se mettre debout et se déplacer. Cette gestion du corps de créature est maintenue tout au long du spectacle, avec une démarche contrariée, un corps toujours rattaché au sol, acrobatique, en perpétuel mouvement. Un corps affûté, tout en explosivité. Gestion du corps dans son intégralité, présente sur le visage et dans la diction. Dans une autre scène, dans laquelle la créature rêve d’une créature femelle qui serait son âme soeur, on voit un tableau à la limite du dansé où Cumberbatch et une danseuse se répondent en miroir, se touchent et s’éloignent à la fois.Au final, en voyant Benedict Cumberbatch proposer ce corps de créature, j’ai eu l’impression de voir un ballet. La mise en scène de Danny Boyle, très chorégraphiée, renforce ce sentiment.

Image de prévisualisation YouTube

J’ai déjà eu l’occasion d’aborder cet aspect, au sujet de Vincent Cassel et Michael C Hall. Ces acteurs ont une aisance naturelle pou occuper l’espace, se mouvoir, ce qui les rend, à mes yeux, magnétiques. C’est d’ailleurs ce qui m’a plu, entre autres, dans le Sherlock sous les traits de Benedict Cumberbatch.

Puisque j’en viens à parler de “mise en corps”, de chorégraphie et de danse, je ne peux résister au plaisir d’évoquer la danse, jazz et contemporaine. Je te vois froncer les sourcils, cher lecteur, chère lectrice. Tu t’imagines déjà que ce que je vais te montrer est austère, incompréhensible, conceptuel à outrance. Certes, la danse contemporaine n’échappe pas toujours à ces travers. Mais elle est surtout un lieu d’expression corporelle, où la technique est l’alliée du corps. Dans nos sociétés occidentales, notre esprit est détaché de notre corps, souvent perçu uniquement de façon triviale. Difficile dans ses conditions de pouvoir le laisser s’exprimer librement. Voilà pourquoi la compagnie Alvin Ailey  American Dance Theater est une belle bouffée de vie. Osons laisser parler notre corps !

Le dernier spectacle de la compagnie

Image de prévisualisation YouTube

Un tableau tout en puissance et énergie

Image de prévisualisation YouTube
Share

3 réponses sur “La force de ces acteurs pleinement conscients de leur corps”

  1. Magnifique texte que tu as écrit là. Tu réussis pleinement à nous transmettre tes émotions et ton enthousiasme, au point que j’ai eu l’impression de voir Benedict Cumberbatch se mouvoir à travers tes yeux.
    Je suis de plus en plus impressionnée par tes écrits.
    Bises roses ici.

  2. Vraiment très bien écrit, et tout à fait juste; on peut faire référence aussi aux acteurs de cinéma comme Alan Rickman qui pour un acteur de cinéma à une présence très théâtrale.Tu as vu le frankenstein de Danny Boyle ? Dans quel cinéma ? Moi aussi en obsessionnelle pure et dure, j’aimerais vraiment le voir.

    1. J’ai vu la pièce lorsqu’elle a été diffusée dans un cinéma Gaumont près de chez moi dans le cadre de Pathé Live. En revanche, il n’y a eu que deux dates (pour montrer les performances des deux acteurs dans les deux rôles) et aucune sortie en DVD n’est envisagée. Je sais, c’est rude, mais telle est aussi la magie du spectacle vivant.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *