Celle qui a (enfin) vu toutes les dernières saisons de Doctor Who (Part One)

Souviens-toi, cher lecteur, chère lectrice, il y a quelques mois, je confessais cette terrible hérésie : poussée par ma Moffatmania, j’ai commencé Doctor Who par la saison 5. Le coup de foudre fut immédiat, mais une question restait en suspens : étais-je fan de Doctor Who ou simplement fan de Steven Moffat ? Je m’étais donc fixé comme objectif de regarder les quatre premières saisons de la nouvelle ère débutée en 2005 et signée Russell T Davies, pour me faire une idée plus précise de mon amour pour la série. Le temps a certes passé, mais me voici au terme de ce rattrapage. Et voici ce que cela a donné.

SAISON 1 : CHRISTOPHER ECCLESTON OU LE DOCTOR TORTURÉ

Les fans ultimes, comme les moins enflammés, vous le diront tous : cette saison, bien que piquant les yeux, est essentielle. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle pique sacrément les yeux. Mais quoi de plus normal en 2005 avec les moyens de la BBC ? La science-fiction est un genre qui coûte très cher et dès qu’il s’agit de donner vie à d’étranges créatures de l’espace et lorsqu’il n’est pas possible d’utiliser des images de synthèse à tour de bras, on se retrouve avec des maquillages et costumes pas toujours au top de la technologie. Le décalage est encore plus saisissant alors que la saison 5 marque un tournant concernant la qualité de l’image et des effets spéciaux.

Il serait dommage de réduire cette première saison à son aspect visuel kitsch. Cette saison marque avant tout le retour du Doctor. Un Doctor portant sur ses épaules la lourde responsabilité d’avoir détruit son peuple et les Daleks pour sauver l’univers de ces derniers, ennemis jurés des Time Lords. Moi qui avais tant aimé le Doctor façon farfadet sous les traits de Matt Smith, j’avoue avoir été quelque peu désarçonnée par cette interprétation plus sombre. Si tu es fidèle parmi les fidèles, cher lecteur, chère lectrice, tu me rétorqueras que d’habitude, les héros sombres ont ma préférence. Mais voilà, j’aime par-dessus tout lorsque le Doctor est sombre et portant son grain de folie à la fois. Or, le jeu d’Eccleston, très bon dès qu’il s’agit d’être torturé, manque cruellement de folie à mes yeux. Disons surtout que lorsqu’il essaye d’aller dans cette direction, il fait presque peur, on sent que cela ne lui est pas naturel. Ce manque de folie tient également à son costume très sobre et convenu : pantalon noir, pull, veste en cuir noire. Du coup, il m’a manqué ce petit quelque chose et l’alchimie entre le Doctor et Rose (Billie Piper) ne semble pas opérer complètement.

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SAISONS 2 À 4 : L’ÈRE DAVID TENNANT

Saison 2 :  The Doctor and Rose Tyler

Cette deuxième saison marque l’arrivée du 10th Doctor sous les traits de David Tennant, LE Doctor si cher à tant de fans. Dès les premières secondes, le ton est donné : nous allons être menés dans ces folles aventures par un Doctor plus fantasque que le précédent. Plus fantasque dans l’attitude, plus fantasque dans le costume, le fun semble nous être promis. Il est certain que David Tennant est bien plus à l’aise dans ce registre et me voilà donc retrouvant cet aspect du personnage que j’avais tant aimé. Ce changement tient bien sûr à la personnalité et au jeu de Tennant, mais aussi à l’écriture du personnage. Après avoir rencontré Rose, voyagé avec elle, tissé des liens et nourri des sentiments, il est normal que le poids de son fardeau, bien que toujours présent, se fasse plus léger. Et un Doctor qui se régénère ne change pas seulement de visage, il change également de personnalité.
Me voilà donc commençant cette nouvelle saison le cœur de sériephile rempli d’espoir : vais-je vibrer et m’amuser autant que je l’espérais ? Je ne répondrai pas totalement par l’affirmative.

Ne te méprends pas cher lecteur, chère lectrice, je n’ai pas détesté cette deuxième saison. Disons qu’elle ne m’a pas apporté la folie que j’en attendais. Bien sûr, il y a des épisodes qui m’ont particulièrement plu : Tooth and Claw (2×02), The Idiot’s Lantern (2×07), parce que les épisodes écrits par Mark Gatiss ont toujours ce petit quelque chose de poétique qui me touche malgré les maladresses et bien sûr The Girl in the Fireplace (2×04), petit bijou signé Steven Moffat (en toute objectivité, of course). Il y a aussi eu les épisodes qui ont du charme, malgré des scénarios pas toujours au meilleur de leur forme : School Reunion (2×03) où le Doctor retrouve une ancienne compagne qu’il avait abandonnée (durant la première ère de la série) et Monsters and Love (2×10), dont le parti pris narratif est sympathique, même si tout est beaucoup trop téléphoné.

Le gros problème, c’est que Rose ne m’a pas touchée autant que je l’avais espéré. Je sais, toi fan ultime qui me lit, que cette phrase remplit ton petit cœur d’effroi. Mais telle est la brutale vérité. Les fans parmi les plus grands fans m’ayant conseillé depuis des mois de me mettre à Doctor Who avaient été très clairs : la relation Rose/Doctor était l’une des plus belles. Je nourrissais donc de grands espoirs. Je fus malheureusement déçue. Rose est une jeune fille de 19 ans, élevée par sa mère Jackie (Camille Coduri) devenue veuve alors que sa fille n’était qu’un bébé. Rose a un petit ami, nommé Mickey (Noel Clarke). Rose n’a jamais quitté sa banlieue du sud londonien. Elle a une vie routinière et ennuyeuse. Et puis un jour, Rose rencontre le Doctor et tout change : elle découvre l’inimaginable, elle tombe amoureuse (et de fait, le pauvre Mickey ne peut absolument pas tenir la comparaison). Mais voilà, la gentille et mignonne Rose l’est un peu trop pour moi. Je n’ai jamais réussi à être emportée par ce personnage, à éprouver une totale empathie, à avoir peur pour elle. Et son entourage a aussi fini par me lasser. Rose ne peut pas totalement couper les ponts avec sa mère (et de fait Mickey qui a tout de même une place dans sa vie même si ce n’est pas celle dont il rêve) et revient donc de temps en temps sur Terre. Ces épisodes ont fini par quelque peu m’agacer, réduisant Jackie et Mickey à des gimmicks, n’évoluant presque pas. Ce pauvre Mickey aura son heure de gloire en fin de saison 2, mais elle arrive de façon un peu artificielle et surtout trop tardive pour faire totalement sens. J’avoue, j’ai été touchée par l’épisode Father’s Day (1×08) où Rose rencontre ce père qu’elle n’a jamais connu. Mais renouveler ensuite cette rencontre via un univers parallèle m’a semblé redondant, même si bien sûr, cela est capital pour la fin de saison.Le Doctor change de visage, mais change aussi de compagne. Le temps de Rose à ses côtés était compté dès le départ. L’adieu était inévitable. Cette scène est donc l’une des plus importantes de la saison, et bien qu’elle soit très triste, là encore, je n’ai pas été submergée par l’émotion.

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Saison 3 : The Doctor and Martha Jones

Après ces deux première saisons qui m’ont quelque peu laissée dans l’expectative, je n’aspirais qu’à deux choses : que le Doctor prenne enfin ses aises, que les épisodes soient plus enlevés, plus funs et que le Doctor se trouve une compagne au caractère bien trempé et pas totalement subjuguée par cet homme fou et sa boîte bleue plus grande à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Mes souhaits furent exaucés dès l’épisode de Noël précédant la saison 3, épisode de Noël qui voit l’entrée en scène de Donna Noble (Catherine Tate). Donna est une jeune femme qui vit dans sa bulle, ne se soucie guère du monde qui l’entoure et vit son rêve en se mariant avec un bel homme, drôle et attentionné. Mais, manque de chance pour Donna, elle se retrouve téléportée depuis l’autel de l’église dans le Tardis du Doctor sans avoir eu son mot à dire et sans que “l’homme à la boîte bleue plus grande à l’intérieur qu’à l’extérieur” ne puisse lui fournir la moindre explication sur le moment. J’ai été immédiatement séduite par cette tornade surexcitée, ne cessant de jurer, qui n’aspire qu’à retrouver sa vie normale, mais qui bien sûr, ne faillira pas face au danger et se révèlera touchante. Manque de chance pour moi, Donna fait un petit tour et puis s’en va (avant de revenir en saison 4, mais chut, la suite dans la partie suivante).

La compagne officielle du Doctor durant la saison 3 est Martha Jones (Freema Agyeman). Les Whovians (petit nom donné aux fans de la série) ne sont pas tendres avec Martha : personnage creux, actrice plus que moyenne, la pire compagne de la nouvelle ère. Mais je me méfie avec les Whovians qui m’avaient bien vendu Rose et vous savez ce qu’il s’en est suivi pour moi. En commençant cette saison 3, j’étais bien décidée à donner toute sa chance à Martha la mal aimée.

Ok, Freema Agyeman ne remportera jamais d’Oscar. Ok, Freema Agyeman a deux expressions fétiches. Ok, Martha passe beaucoup de temps à chouiner. Ok, l’alchimie entre David Tennant et Freema Agyeman n’aura pas lieu. Mais malgré tout ces défauts, j’ai de la tendresse pour Martha. Elle veut être médecin, elle est indépendante, dégourdie et doit gérer une famille qui ne l’est pas vraiment. Ok, sa jalousie envers Rose relève du gimmick, mais comment pourrait-il en être autrement alors que le Doctor se comporte avec elle comme le dernier des cons insensibles ? Oui, cher lecteur, chère lectrice, j’assume totalement ce point de vue. C’est le Doctor qui, tout à son “deuil”, ne laisse pas vraiment de place à Martha dans le Tardis. C’est le Doctor qui fait constamment référence à Rose et entretient la comparaison. C’est le Doctor qui considère avant tout Martha comme un amusant palliatif à sa solitude. Et que dire de sa cruauté envers elle dans les épisodes où il est obligé de redevenir humain (Human Nature 3×08 et The Family of Blood 3×09) ? Bien sûr, j’aurais préféré que Martha ne tombe pas amoureuse du Doctor, ou se rebelle et lui dise une bonne fois pour toutes ses quatre vérités. Mais que voulez-vous, le coup de la fille qui craque pour le mauvais gars est un classique et il faut bien reconnaître que ce mauvais gars a quelques atouts. Heureusement, Martha finira par connaître son heure de gloire et par prendre la bonne décision : vivre sa vie. Et pourtant, bien que le Doctor se comporte comme le dernier des cons insensibles, je trouve cette facette plus intéressante que le type amoureux de la blonde mignonnette. Oui, oui, je suis sévère avec Rose, mais pour moi, elle inspirait beaucoup trop de bons sentiments.

Mais la grande force de cette saison 3 est le fun. Enfin, les scénaristes s’autorisent à se lâcher, la série est installée, remporte un franc succès, ils peuvent s’autoriser à sortir quelque peu des sentiers battus. J’ai trouvé cette saison plus enlevée, plus captivante et j’ai eu la très agréable surprise de rire et d’être emportée, ce qui ne m’arrivait que vraiment trop peu durant les deux premières. Et puis, une saison qui donne un rôle à Mark Gatiss (The Lazarus Experiment, 3×06) ne peut être que de bonne facture ! Bien sûr, cette saison comporte l’un des pires doubles épisodes de mi-saison de la nouvelle ère (jusqu’ici), mais que voulez-vous, personne n’est parfait. Ce 3e opus compte tout de même une sacrée audace : Blink (3×09), l’épisode dans lequel le Doctor n’apparaît quasiment pas. Et qui de mieux que Steven Moffat pour relever brillamment ce défi et donner naissance à des monstres particulièrement terrifiants, j’ai nommé les silencieux Weeping Angels ? Et enfin, enfin, j’ai vibré (et pleuré, oui, oui, pleuré) durant le double épisode final. Double épisode final qui a la très bonne idée de ne mettre en scène, ni les Daleks, ni les Cybermen (ils commençaient sérieusement à m’énerver ces monstres-là). Double épisode final qui a la très bonne idée de nous montrer The Master, Time Lord psychotique que le Doctor se jure de sauver coûte que coûte, malgré ses délires fascistes. The Master est interprété par un John Simm absolument impeccable, inspirant à la fois horreur et empathie. C’est donc le cœur de sériephile rassuré que je m’apprêtais à retrouver la Donna que j’avais tant aimée.

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À suivre…

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4 réponses sur “Celle qui a (enfin) vu toutes les dernières saisons de Doctor Who (Part One)”

  1. Pas mal l’article, mais je vois les choses différemment 🙂
    J’ai commencé Doctor Who avec le neuvième docteur, et contrairement à toi, je l’ai trouvé très « rigolo » et quelques fois même un peu trop crédule. Il est aussi torturé et assez sombre, mais c’est le moins des 3 derniers.
    Pour Rose, j’avoue que le rôle de fille qui veux sortir de sa vie très routinière est pas génial génial, mais si on laisse ça de côté, je trouve que l’histoire entre elle et le docteur (surtout le dixième) est assez forte. Avec la fin de la saison 2, (qui n’aidera pas le côté sombre du docteur ^^) je trouve normal que le Docteur ne veuille pas trop se rapprocher de Martha. C’est vrai que son jeu n’est pas terrible, mais j’ai trouvé aussi son personnage assez contraire au Docteur. Je pense que ça n’a pas aidé. Après, je la préfère un peu plus à Donna :). Je sais pas pourquoi, mais j’ai beaucoup de mal avec elle. Des épisodes avec elle sont tellement bien, mais elle est un peu trop « bébéte » pour moi.
    Et c’est avec elle qu’il va devenir de plus en plus sombre, pour devenir ce qu’il est maintenant. Et moi c’est plus le côté « farfadet » du dernier qui m’a désarçonné ^^, passer d’un Tennant énervé qui veut tout détruire sur son passage, à un Smith qui mange des « fish fingers and custard » c’est pas facile.
    Après tu n’a pas encore parlé(/vu ?) le personnage que je trouve le plus génial/touchant/drôle qui n’est d’autre que River Song!
    Bonne continuation de visionnage!

  2. Le soucis de Nine, c’est qu’il est pas assez fou en effet. Comme si RTD dans sa suite voulait rendre le tout plus « sérieux », moin « dingue ». Il oublis quand même pas de lui donner quelques actions et réplique qui font mouche et qui le présente comme un être à part. Mais ce qui ne sert vraiment pas ce Docteur c’est la saison en elle même. Car la première saison est clairement une saison qui se cherche, une saison qui test un peu tout les genres pour voir lequel irait le mieux à la série, à son retour (tout comme la première saison de Torchwood en fait, c’est assez marrant à constater). On alors un épisode d’epoque, un épisode plus psychologique, un autre plus drôle, un épisode sombre etc etc… La saison se disperse et s’intéresse à tout un tas de genres. Et même si au final, de bons épisodes en ressortiront, c’est quand même avec un sentiment de « mouais » qui peut s’en dégager. Le doc n’est pas mauvais au fond, il a juste été assez mal servi et aurait mérité une seconde saison plus « stable »… Mais c’est une autre histoire (Eccleston et Doctor Who, c’est pas l’histoire d’amour du siècle ><)

    "Rose ne m’a pas touchée autant que je l’avais espéré. Je sais, toi fan ultime qui me lit, que cette phrase remplit ton petit cœur d’effroi."

    Je suis fan de Doctor Who depuis des années et je t'assure que mon cœur n'est pas remplit d'effroi à la lecture de cette phrase ^^. En fait, j'aime pas trop Rose. Déjà parce que je trouve que Billie Piper joue très mal (alors qu'elle a été une révélation dans Secret Diary of a Call Girl) et surtout parce que l'histoire d'amour qui s'installe entre le Docteur et elle me fait crier au scandale. Et c'est justement ce rapprochement qui a plus à plein de gens, mais pour moi, Doctor Who ne doit pas être ça. Jamais :p

    Chouette article, j'aime voir que Martha inspire plus que Rose, et à raison. Mais il subsiste encore une amourette un peu lourde.

    Vivement la suite !

  3. Ah, me voilà rassurée ! Je croyais être la seule à être insensible à Rose ! Cette amourette m’exaspère au plus haut point. Le jeu de Billie Piper est désespérant! L’intelligence et l’indépendance de caractère de Martha la rendent nettement moins cruche que Rose! C’est vrai que Freema Agyeman n’est pas une grande actrice mais je l’aime bien. Martha m’inspire de la sympathie. Ce qui fait sérieusement défaut à Rose.
    Je te rejoins sur le personnage de Donna Noble. J’adore son énergie, sa folie et son attitude avec le Docteur. Catherine Tate campe un personnage haut en couleur!
    Contrairement à toi, j’ai beaucoup aimé Christopher Eccleston. J’aimais beaucoup son jeu sombre et torturé. J’ai eu du mal à m’adapter au jeu de David Tennant au début. Mais petit à petit, ce gringalet a réussi à m’emporter dans sa folie!

    J’ai hâte de lire la suite de ton article, dont je trouve le premier opus passionnant!

    Très pesteusement rose! 😉

  4. J’ai moi aussi découvert récemment Doctor Who et j’ai voulu faire les choses dans l’ordre alors j’ai commencé depuis le début, pas le tout tout début avec les premiers docteurs, on va pas exagérer, mais avec le 9ème docteur. J’avais vus comme toi que quelques épisodes sur France 4, l’univers m’avais de suite attiré mais c’était dur à suivre, puis je suis tombé sur les derniers avec le 11ème et je me suis dit que ça vaudrai quand même le coup que je m’y intéresse un peu plus. Alors voilà il y a quelques semaines j’ai commencé et depuis je suis addict j’ai adoré lire ton article et j’attends pour lire le deuxième car je n’ai pas encore attaqué la saison 4 ! J’ai hâte de retrouver Donna Noble mais je crains la fin de saison car David Tennant est vraiment un très bon docteur et il va me manquer :s

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