Good Cop, le pendant sombre et brut de Dexter

Tu le sais déjà si tu es fidèle, cher lecteur, chère lectrice, je suis tombée il n’y a pas si longtemps dans la marmite des séries anglaises. La dernière en date à avoir fait chavirer mon petit cœur est la minisérie Good Cop.

John Paul Rocksavage (Warren Brown) est un flic comme un autre à Liverpool. Avec son coéquipier et meilleur ami Andy Stockwell (Tom Hooper), il tente de faire ce qu’il peut pour ses concitoyens. Il s’occupe de son père malade, entretient une relation adultère avec l’infirmière qui s’occupe de ce dernier et retrouve par hasard Cassandra (Aisling Loftus) son ancien amour qu’il a rejeté quelques années plus tôt lorsqu’elle tombe enceinte. Alors qu’ils sont envoyés dans un guet-apens, John Paul assiste impuissant au passage à tabac de son coéquipier qui lui sera fatal. Il emprunte alors une voie sans retour.

Lors de sa diffusion, Good Cop a tout de suite été comparée à la merveilleuse Luther. Un flic borderline, une réalité crue, une ville grise et froide, un acteur commun (Warren Brown est Justin Ripley dans Luther). Pour moi, Luther et Good Cop ne sont pas si proches. Pour moi, Good Cop est bien plus proche de Dexter. Pour moi, Good Cop met à jour une noirceur que Dexter semblait avoir perdue depuis quelques saisons.

Non, cher lecteur, chère lectrice, John Paul Rocksavage n’a pas assisté au meurtre de sa mère enfant. Il n’a pas baigné dans le sang maternel durant plusieurs jours et n’est pas devenu un tueur en série. La passerelle entre ces deux séries se trouve dans la thématique du justicier.

Dexter a été élevé par son père adoptif afin de canaliser son énergie meurtrière et est devenu une arme. Oui, il peut tuer, puisqu’il ne peut faire autrement, mais il ne devra tuer que ceux qui le méritent, ces horribles criminels qui s’en sortent, qui passent à travers les mailles du filet de la justice. Les scénaristes et producteurs ont répété haut et fort que la série n’a rien à voir avec la peine de mort, mais ils évoluent dans la société américaine où la peine de mort est appliquée dans certains États. Et lorsque la peine capitale est remise en cause, elle ne l’est pas au nom du principe philosophique qui veut qu’aucun être humain ne peut décider de la mort d’autrui, mais au nom de la possible erreur judiciaire qui entraîne la mort d’un innocent. Mais point besoin d’être américain pour être favorable à la peine capitale. Lors de son abolition en France en 1981, le consensus était loin d’être présent dans la société. Et aujourd’hui, à chaque fois qu’un sordide fait divers impliquant un enfant et un récidiviste enflamme les unes de journaux et les ouvertures de JT, il est plus que courant d’entendre le bon sens populaire appeler au retour de la guillotine. Comme je l’ai déjà expliqué ici, l’être humain est fasciné par le châtiment. Et lorsque Dexter tue, le spectateur n’en ressent aucune gêne, aucun malaise, il appelle même cette exécution de ses vœux. Car c’est bien d’exécution qu’il s’agit. En regardant Dexter, on est dans une position confortable, justice va être rendue. À l’image des familles de victime assistant à l’administration de l’injection létale à celui (oui, celui, car les condamnés à mort sont quasi exclusivement des hommes) qui a tué leur proche, le spectateur de Dexter assiste au châtiment de ceux qui ne méritent plus de vivre. Dexter est la justice, il agit avec notre bénédiction, on se réjouit de cette issue naturelle des choses. À cet instant précis, Dexter est heureux et nous le sommes tout autant.

Toute la force de Good Cop est de nous montrer que les choses ne sont pas aussi naturelles. Good Cop nous montre la descente aux enfers de John Paul Rocksavage. On sait dès le départ qu’il s’engage sur une route dangereuse et qu’il lui sera impossible de revenir en arrière. Il n’est pas tant question de la dichotomie entre le bien et le mal (dichotomie assez lourdement traitée dans la saison 6 de Dexter), mais plutôt de donner à voir la perdition d’un homme bien qui fait les mauvais choix. Et pourtant, au départ, on est du côté de John Paul lorsqu’il intervient dans ce resto pour secourir une serveuse harcelée par un malfrat à la petite semaine. On est de son côté lorsqu’il est impuissant alors que son meilleur ami est promis à une mort certaine. On est de son côté lorsqu’il revient sur les lieux du crime, trouve un flingue et exécute ce malfrat à la petite semaine, harceleur de serveuse et chef de la bande qui a passé à tabac son coéquipier. Mais contrairement à la série de Showtime, on n’en ressent aucune satisfaction car on sait que John Paul ne se relèvera pas de ce geste qui en appellera d’autres. L’intelligence de Good Cop est d’aller crescendo dans l’escalade de la violence. Ce premier meurtre, bien qu’il laisse un arrière-goût amer, ne nous dérange pas vraiment. Il en est tout autrement par la suite. Les criminels de Good Cop ne sont pas des psychopathes dénués de conscience, ils ont leurs peurs, ils sont avant tout des hommes comme les autres. John Paul devient peu à peu un bourreau, aimant jouer avec les nerfs de ces hommes qu’ils considèrent comme de la vermine qui ne doit pas échapper au système. Le deuxième meurtre, doublé d’un acte de torture, est vraiment dérangeant : John Paul est le criminel, on est en empathie avec sa victime. Un cap est passé, la justification de ses actes n’est plus aussi claires. Ce jeune flic s’enlise encore et encore, sous le regard impuissant d’un père aimant. John Paul tente bien sûr de se raccrocher à celui qu’il est, en aidant, avec plus ou moins de succès, celles et ceux qui ont besoin de lui, en tentant maladroitement d’avoir une place dans la vie de sa fille. Mais comment y arriver alors qu’il perd pied ? L’escalade se fait toujours plus grande et pourquoi se limiter seulement à ceux qui ont tué son coéquipier ? Pourquoi ne pas éliminer ce monde de la vermine qui pullule ? Un cap supplémentaire est alors franchi et tout ce qui restait de l’ancien John Paul semble bien loin. Il sait qu’il est trop tard, nous savons qu’il est trop tard.

Good Cop, minisérie de 4 épisodes, BBC One

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Une réflexion au sujet de « Good Cop, le pendant sombre et brut de Dexter »

  1. Whaou! Ton article est super intense. Je suis restée scotchée comme lors que je lis un bon livre ou regarde un bon film.
    Je n’ai pas le choix, il faut que je regarde cette série!
    Merci du partage!

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