The Hour : interview de Ruth Kenley-Letts, productrice

 

Ruth Kenley-Letts (productrice, Kudos Film and TV) à Série Series en juillet dernier, entourée de Daniel Isaacs (producteur, Kudos Film and TV) et Derek Wax (producteur, Kudos Film and TV)

La saison 2 de la magnifique The Hour, dont je vous ai déjà parlé ici, débute enfin ce soir sur BBC Two. Si vous voulez vraiment savoir pourquoi cette deuxième saison est attendue, je vous conseille de lire ce billet signé Dominique Montay pour The Daily Mars. Et histoire de vous faire patienter, voici une petite interview de Ruth Kenley Letts, l’une des productrices de The Hour. Rencontre qui a eu lieu à Série Series en juillet dernier, où avait été présenté en exclusivité le season premiere qui annonce une bien belle saison.

Series addict, so what ? : Lorsque le projet de The Hour est arrivé sur votre bureau, avez-vous dit oui immédiatement ?

Ruth Kenley-Letts : Tout à fait, j’ai dit oui tout de suite. J’ai pensé que le script du premier épisode était le meilleur que j’ai jamais lu. Abi (NDLR, Abi Morgan) est une scénariste fantastique et j’étais ravie de prendre part à un tel projet.

Series addict, so what ? : Vous avez parfaitement recréé l’ambiance des années 50. Qu’-est ce qui demandé le plus gros challenge ?

R. K.-L. : Deux choses principalement. Tout d’abord, trouver un immeuble et nous avons été très chanceux de trouver un lieu dont l’intérieur correspondait parfaitement aux années 50 : chaque ouverture de porte, chaque luminaire, même les cloques sur les murs étaient toutes des années 50. Ce qui était très intéressant, c’est que cet immeuble comportait un ancien théâtre où, dans les années 30 et 40, il y avait des spectacles. Il y avait donc de grandes scènes, de grands espaces pour les places assises et cela nous a donné l’espace pour construire notre plateau du studio dans la série. Donc nous avons pu installer le studio dans l’immeuble où nous filmons les bureaux, les couloirs. Regrouper autant de choses en un seul lieu nous a permis de limiter le budget. Vous n’avez pas à déplacer les acteurs et l’équipe, vous utilisez pleinement le temps que vous avez. Le second challenge était qu’Abi voulait qu’on utilise plus de lieux qu’on ne pouvait se le permettre. Donc nous avons dû trouver le moyen de raconter cette histoire sans avoir à recréer tout le Londres des années 50. Les scènes dans les rues, par exemple, sont très chères. Donc nous savions exactement ce que nous pouvions faire et ce que nous ne pouvions pas faire. Mais heureusement, Abi a été très généreuse et a aidé la production en changeant ce qui était impossible en ce qui le serait. Faire une série qui a lieu dans une époque ancienne  est toujours un challenge en terme de budget.

Series addict, so what ? : La musique est très importante dans The Hour, elle fait partie de l’identité de la série. Comment avez-vous choisi le compositeur ?

R. K.-L. : Daniel Giorgetti, qui a travaillé sur la première saison (NDLR, Kevin Sargent a signé la musique de la 2e saison) était un compositeur avec peu d’expérience. Il avait fait un peu de télé, mais il n’était pas très connu. Parfois le budget détermine le chemin que vous devez suivre. Il se trouve qu’au moment où nous nous sommes intéressés à la musique, il ne restait plus beaucoup d’argent. Donc, je me suis intéressée à de nouveaux compositeurs pas encore totalement établis. Daniel Giorgetti n’avait jamais écrit pour 6 épisodes, pour une série entière, donc c’était aussi un challenge pour lui. Mais il a fait un très beau travail et comme vous l’avez dit, c’est le cœur de la série.

Series addict, so what ? : The Hour montre la naissance d’un nouveau journalisme télévisuel, pose la question de la liberté de la presse dans une démocratie. En tant que citoyenne, êtes-vous intéressée par ces questions, avez-vous un regard critique sur ce que vous lisez dans les journaux, regardez à la télévision ?

R. K.-L. : C’est un fascinant sujet sans fin, n’est-ce pas ? On lit tous des journaux, mais on a pas tous la même lecture. Quoi que vous regardiez ou lisiez, il faut savoir le mettre en perspective, se demander sous quel angle le sujet est traité et essayer d’équilibrer les points de vue. Les recherches pour The Hour ont vraiment été très intéressantes. Nous tentons de décrire une époque où les gens ne posaient pas de questions comme ils le font aujourd’hui, dans des émissions où tout le monde peut dire ce qu’il veut dans nos démocraties. C’est vraiment fascinant, surtout d’observer ce moment où les choses changent, où quelque chose commence.

Series addict, so what ? : Qu’est-ce qui vous attire en premier dans un projet, ce qui vous emballe le plus ?

R. KL : La première chose est l’écriture, car un bon scénario donne une bonne histoire. Et je dois avoir envie de m’y consacrer car The Hour a représenté 18 mois de travail intense. Donc je dois me soucier du projet et je dois vouloir tirer le meilleur de ce matériau. Je dois délivrer la vision du scénariste de mieux que je peux. Vous y pensez tout le temps, vous n’arrivez pas à dormir  : “Comment vais-je réussir à faire ceci ? Où vais-je trouver l’argent pour le faire et de la façon dont cela doit être fait ? » L’écriture est le plus important et l’histoire bien sûr, ce qui est raconté doit être intéressant. Je ne pourrai pas produire une série que je ne pourrai pas regarder, il faut que ce soit à mon goût.

Series addict, so what ?  : Comment expliquez-vous la qualité des séries anglaises, leur ton, leur atmosphère ?

R. K.-L. : Ah… Je dirais que les séries anglaises, comme les productions européennes, sont autorisées à prendre le temps de raconter des histoires. Aux États-Unis, il faut aller vite, il ne faut pas ennuyer les téléspectateurs. Par exemple, The Kiling (NDLR, la version originale danoise) a été un grand succès en Angleterre et dans cette série, on passe beaucoup de temps avec la famille de la jeune fille assassinée. Aux États-Unis, il faut tout de suite dire ce qui se passe ensuite. Donc je pense qu’il faut savoir être entre les deux, prendre le temps d’être avec les personnages. Et je pense que nos scénaristes ont des voix reconnaissables.

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The Hour, saison 2 de 6 épisodes, à partir du 14 novembre sur BBC Two



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