Six Feet Under Nos vies sans destin, un livre à dévorer

 » Six Feet Under m’a appris à pleurer.  » Telle est la très jolie phrase qui débute le livre Six Feet Under Nos vies sans destin signé Tristan Garcia et édité aux PUF. Cette phrase, qui semble avoir été écrite pour moi, est à l’image de ce livre : il met en mots ce que j’ai ressenti en regardant cette série. Il met en mots les causes de cet attachement si particulier et si profond pour ces personnages qui le sont tout autant, particuliers et profonds.

Mais commençons par le commencement. Un jeudi d’octobre, j’allume ma radio branchée sur France Inter et j’entends des mots magiques qui sonnent si doux à mes oreilles : Alan Ball, les Fisher, Six Feet Under. J’arrête immédiatement toute activité, m’installe confortablement sur mon canapé et boit les paroles de l’invité venu parler de cette série que j’aime tant. L’invité en question est Tristan Garcia, jeune philosophe et écrivain. L’émission en question est Ouvert la nuit présentée par Alexandre Héraud (à partir de 9 : 30) . Je suis tout de suite enchantée par les idées développées par l’auteur et son amour pour la série qui transparaît dans chacune de ses phrases. Il n’est nullement question d’un philosophe se penchant sur une série parce que cela fait bien d’être un philosophe se penchant sur une série. Il s’agit avant tout d’un homme qui a été emporté par Six Feet Under, ces personnages, ces histoires, ces destins. Et en tant que philosophe, il questionne les raisons de cet attachement.

Une fois l’intervention de Tristan Garcia terminée, je n’avais qu’une chose en tête : acheter son livre en espérant y retrouver ce que j’avais entendu dans mon salon un jeudi d’octobre. Je ne fus pas déçue.

Le style est fluide, agréable, absolument pas universitaire, comme on pourrait le craindre. Le parti pris est très intéressant : chaque chapitre développe un thème bien particulier et est illustré par un l’analyse d’un épisode emblématique et du portrait de l’un des personnages principaux qui illustre le mieux l’idée développée. Je ne rentrerai pas dans les détails des idées développées, car bien qu’elles soient tout à la fois pertinentes et passionnantes, je ne ferai que paraphraser ce qui a déjà si bien été écrit. Et le but de ce billet, cher lecteur, chère lectrice, est de t’inciter à te procurer ce livre et de te plonger avidement dans sa lecture. Mais, tout de même, histoire de te donner une idée de ce qui est développé tout au long des 160 pages, voici les intitulés de chapitres : Prégénérique – Six Feet Under (2001-2005) ; Saisons ; Un pied sous terre : des individus ; Deux pieds sous terre : en famille ; Trois pieds sous terre : ils travaillent ; Quatre pieds sous terre : ils s’aiment ; Cinq pieds sous terre : ils meurent ; Six pieds sous terre : en cherchant un sens. Toutefois, si je devais vraiment paraphraser un élément du livre pour te donner encore plus envie, voici la quatrième de couverture qui résume très bien l’essence de l’ouvrage :  » Six Feet Under est l’équivalent des grands romans français, russes ou allemands, de la fin de XIXe siècle. Elle nous dévoile des vies sans destin, qui sont aussi les nôtres. Autour de la famille Fisher, gérante d’une entreprise de pompes funèbres, cette série suit le parcours d’une poignée de personnages dont la mort est le métier. Une dizaine d’individus de la classe moyenne américaine qui s’aiment, travaillent et tous cherchent à tâtons un sens dans ce monde qui les laisse libres de croire, ou non, à un Salut. « 

Les fans de la première heure regretteront peut-être de ne pas en apprendre plus sur la série, d’avoir l’impression de lire ce qu’ils savent déjà. Le but de ce livre n’est pas de décortiquer absolument le moindre détail, de vouloir chercher à tout prix des interprétations très poussées. Les idées sont claires et surtout concises. Une fois qu’elles sont énoncées et développées pour en permettre leur compréhension, nul besoin de s’y attarder à outrance. Je n’ai rien appris de plus en lisant ce livre. J’ai seulement eu la chance de comprendre pourquoi cette série a été un tournant dans ma vie de sériephile, pourquoi avant Six Feet Under, je n’avais encore jamais été autant emportée par des personnages. Pourquoi avant Six Feet Under, je n’avais jamais vraiment été impliquée émotionnellement dans une série. Finalement, avec Six Feet Under Nos vies sans destin, on en apprend surtout sur nous-mêmes : « Six Feet Under ressemble à une vaste opération de chimie qui dissous nos pensées, nos croyances, nos désirs et nos sentiments dans l’existence ordinaire : et quel est le précipité obtenu à la fin ? Notre conscience de nous-mêmes, en larmes. »

 

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2 réflexions au sujet de « Six Feet Under Nos vies sans destin, un livre à dévorer »

  1. Très très bon billet. J’avais lu le bouquin sur The Practice paru dans la même collection et j’avais été super déçu. Là, tu me donnes envie de lui redonner une chance. Surtout, surtout pour cette série.

    Merci 😉

  2. Merci pour cette chronique littéraire, ça change des séries 😉
    Encore un beau « papier » et même si je ne partage pas ton amour ou ton ressenti pour cette série, je me retrouve vraiment dans ta manière d’appréhender les personnages et leurs histoires. Le reste n’est qu’une affaire de goût et d’histoire personnelle.
    Encore merci de nous faire partager ton plaisir et merci pour ton talent de critique littéraire.

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