The Hour saison 2 : lorsque personnages et intrigue sont en parfaite harmonie

Il est certains articles, cher lecteur, chère lectrice, qu’il vaut mieux laisser mûrir avant d’écrire. Non pas tant pour gagner en objectivité et raison (car tu sais sûrement déjà que j’en suis incapable et que l’emballement est mon credo, comme l’atteste le titre de ce billet d’ailleurs), que pour prendre un peu de recul avec les émotions ressenties. Tandis que les larmes coulaient sur mes joues lors du générique du season finale, j’ai tout de suite su qu’il fallait que j’ordonne mes fortes impressions et le grand plaisir qui m’ont transportée durant cette 2e saison. Plus d’une semaine a passé et me voilà prête à coucher sur écran le fruit de ma réflexion.

J’étais immédiatement tombée sous le charme de la première saison : l’écriture, les personnages complexes et attachants, la période, le choix de montrer la naissance d’un journalisme moderne, tout était réuni pour emporter mon suffrage. Une seule ombre devait entacher ce tableau idyllique : une intrigue principale tournant autour d’un complot d’État, pas toujours totalement maîtrisée.

Dans cette deuxième saison, tout prend une plus grande dimension, que ce soient les relations entre personnages, leurs psychologies et le déroulé de l’intrigue principale, bien plus fluide et mieux reliée aux protagonistes. Cette deuxième saison fonctionne vraiment comme une partition musicale : les personnages représentent les pupitres d’un orchestre, qui ont leurs solos, qui se répondent, qui forment un ensemble dont le seul but est de restituer l’œuvre finale qu’est l’histoire qui nous est racontée.

SPOILER ALERT : si vous n’avez pas encore vu cette 2e saison, le risque de spoiler est 100 % garanti.

Des personnages qui fonctionnent par couples

La première saison nous a présenté tous ces personnages, leurs aspirations, leurs modes de fonctionnement et cette saison 2 creuse davantage les sillons déjà tracés pour aller encore plus loin. On sait que The Hour est une émission d’information qui a révolutionné le paysage et elle a désormais une concurrente, dénommée Uncovered sur la chaîne privée ITV. Il n’est plus nécessaire de montrer à quel point ces journalistes sont engagés, ambitieux, dévorés par leur travail. Il s’agit avant tout de montrer quelles sont les conséquences sur leurs vies privées et sur la manière dont ils exercent leur métier. Sans oublier les blessures du passé et les difficultés de l’intimité.

Cette 2e saison propose des couples de personnages, dont les relations sont bien sûr compliquées.

Bel et Freddie, le couple interdit

Le duo emblématique de The Hour, celui sur qui repose en grande partie la série, celui qui en révèle le mieux les enjeux. Bel (Romola Gorai) et Freddie (Ben Whishaw), les éternels amoureux qui ne cessent de refuser de pleinement se laisser aller à leurs sentiments. Bel et Freddie, la productrice et le  journaliste fougueux, désireux de faire éclater la vérité, ne lâchant sous aucun prétexte l’histoire qu’ils veulent exposer. Et pourtant, au début de cette 2e saison, Bel est seule aux commandes, Freddie a dû quitter l’émission et ne cesse de voyager. Alors qu’il est rappelé par Randall Brown (Peter Capaldi), le nouveau directeur de l’information, Freddie ne revient pas les mains vides, puisque le voilà marié à Camille, une Française rencontrée à Paris. Le couple Bel/Freddie semble donc irrémédiablement enterré, d’autant que Bel est courtisée par Bill Kendal (Tom Burke, le tellement attachant Davy dans le sublime film Third Star. Oups, je m’égare) d’Uncovered qui courtise tout autant, mais professionnellement cette fois, Hector (Dominic West), le présentateur vedette de The Hour.

Mais Camille et Bill n’ont absolument aucune chance dans les vies de Freddie et Bel. Ces deux-là seront toujours attirés l’un par l’autre, mas surtout, Camille et Bill ne peuvent pas lutter contre l’histoire, cette histoire que Bel et Freddie voudront à chaque fois suivre, qui les obsédera jour et nuit, qui les poussera à se conduire de manière égoïste. Car ce qui est également intéressant dans la relation Bel/Freddie, c’est le miroir qu’ils se reflètent et qu’il ne veulent pas toujours voir. Freddie assume son ambition, l’importantce de l’histoire à déterrer et des dommages collatéraux qui sont inévitables. Bel tente de croire que tout ne peut pas être sacrifié pour être mis au conducteur de la prochaine émission. Et alors qu’une jeune femme est tuée pour avoir osé lui parler, Bel éprouve de la culpabilité, veut tout abandonner, a peur. Mais finalement, l’histoire gagnera sur tout le reste.

Hector et Marnie, le couple désespéré

Hector Madden a tout pour être heureux : présentateur vedette de The Hour, il connaît les joies de la célébrité. Il est marié à la belle et délicieuse Marnie (Oona Chaplin). Mais il y a bien une chose qu’Hector et Marnie savent mieux que quiconque : ne jamais se fier aux apparences du couple parfait. Lui écume les tables, et les filles, du Paradis, temple de la nuit chic de Soho, la boisson lui devient de plus en plus indispensable, sa présence chez lui de moins en moins. Elle doit accepter cette situation, faire bonne figure, accepter que cette maison soit chaque jour un peu plus vide. Elle plonge dans la dépression, calmant ses angoisses en confectionnant gâteaux et autres recettes.

Tout se complique un peu plus, lorsque Kiki Delaine (Hannah Tointon), danseuse du Paradis, accuse, à tort, Hector de l’avoir battue. C’est le scandale et l’humiliation de trop pour Marnie qui décide de prendre sa vie en main, de ne plus être cette femme dévouée à son mari et à la seule carrière de son mari. Elle prend les rênes de ce couple qui n’en est plus un et reprend sa liberté. Elle devient la vedette d’une nouvelle émission de cuisine pour ITV, elle accepte les avances du producteur. Et c’est cet éloignement qui va les rapprocher. Hector va comprendre qu’au-delà des faux-semblants, il a besoin de Marnie auprès de lui. Il comprend aussi que la culpabilité de ne pas être capable de lui donner un enfant le ronge. De son côté, Marnie, heureuse de prendre son indépendance et de ne plus être seulement “la femme de”, finira par comprendre les démons qui hantent Hector et par ne plus s’accrocher à sa rancœur.

Lix et Randall, le couple du passé

Depuis la première saison, Lix (Anna Chancellor) est cette ancienne grand reporter à la grande expérience et de grande qualité. Une femme qui a voué toute sa vie à son métier, mais qui semble porter une blessure dont elle ne laisse presque rien paraître. Cette blessure nous est dévoilée avec l’arrivée de Randall, le nouveau directeur de l’information. Ces deux-là se connaissent. Ces deux-là se sont aimés. Ces deux-là se sont douloureusement quittés. Je suis ravie de l’épaisseur donnée au personnage de Lix, qui m’avait semblé trop peu exploité durant la première saison. J’ai aimé voir ses blessures, ces non dits, ce secret qui la hantera toute sa vie. J’ai aimé ce personnage de Randall, cet homme d’allure si austère, si enclin à masquer toute émotion mais qui est trahi par son corps, à travers des tocs. Car oui, Lix et Randall se sont douloureusement quittés. En pleine couverture de la guerre d’Espagne, Lix enceinte décide d’abandonner leur fille. Sa vie n’est pas compatible avec celle d’une mère. Leur couple n’a rien de durable. Mais bien sûr, cette décision les a marqués pour toujours.

Et alors que Randall et Lix se retrouvent, tout remonte à la surface. Il tente de se rapprocher, d’aborder ce sujet qui remplit toute la place entre eux sans qu’un seul mot n’ait besoin d’être échangé. Elle le repousse, effrayée par cette douleur qui revient à la surface, désireuse de se maintenir dans son illusoire oubli. Mais Randall s’accroche à l’espoir de retrouver la trace de leur fille. Et Lix finit elle aussi par être emportée par cet espoir.

Issac et Sissi, le couple qui ne se fera jamais

 

 

 

 

 

 

 

Isaac (Joshua McGuire) et Sissi (Lisa Greenwood) sont a priori des personnages secondaires avec peu d’importance. Il est certain qu’ils ne sont pas au coeur des intrigues, mais leur place au sein de l’équipe ainsi que leur relation ne seront jamais sacrifiées. Ils sont tous les deux jeunes et très admiratifs du travail réalisé par les journalistes et producteurs de The Hour.

Sissi est une jeune fille de son époque, qui veut faire quelque chose de sa vie et qui tombe amoureuse d’un jeune homme de couleur, chose encore très rare et très peu acceptée à l’époque. Isaac est un rêveur, il écrit des pièces pour la radio et surtout il est amoureux de Sissi. Mais terriblement timide et maladroit. Au fil des deux saisons, il manque chacune des chances de lui faire part de ses sentiments et il ne peut qu’accepter la dure réalité : Sissi en aime un autre.

La relation entre Isaac et Sissi pourrait sembler aussi insignifiante que sentimentaliste à souhait, et tu sais, cher lecteur, chère lectrice, que je ne suis vraiment pas fan du sentimentalisme. Mais ils sont avant tout attachants et apportent une fraîcheur réjouissante.

Intrigue et personnages qui se mettent à l’unisson dans un final où l’intensité va crescendo

Des personnages plus creusés, encore plus complexes, une intrigue parfaitement maîtrisée durant les six épisodes (même si elle semble démarrer plutôt lentement), voilà ce qui donne une 2e saison de grande qualité. La grande force : avoir marié les enjeux de l’intrigue avec ceux des personnages.

The Hour se met en chasse d’une corruption organisée aux plus hauts niveaux du pouvoir (police et gouvernement) suites aux fausses accusations proférées contre Hector. Le point de départ de l’intrigue est un problème personnel. Et la première personne incriminée dans cette affaire est un ami de longue date d’Hector. Contrairement à la première saison, cette fois-ci, chaque élement prend exactement sa place, personnages et intrigue évoluent en miroir, l’une révélant les autres et inversement.

Dans le sixième et dernier épisode de cette saison, tous les enjeux trouvent leur finalité : l’exposition du scandale, les relations entre personnages. Chaque couple va au bout de la question qui les taraude, les rejoint ou les éloigne. Chaque couple a doit à sa scène forte, parfaitement écrite et interprétée. Mais bien sûr, bien sûr, le couple emblématique, celui qui porte en grande partie la série ne peut aller au bout de son enjeu que de manière hautement dramatique. Parce que Bel et Freddie ne peuvent s’avouer leurs sentiments qu’en étant sur la brèche, parce que Freddie ne peut s’empêcher d’aller au bout de l’histoire qu’il doit raconter quelles qu’en soient les conséquences. Le dernier quart d’heure de ce dernier épisode est d’une tension rare, diablement efficace et captivante. Cette tension va crescendo, d’abord lentement, puis en s’accélérant encore et encore. On ne peut nier le final qui semble se profiler, bien qu’on le redoute à mesure qu’il devient inéluctable. La dernière scène est un magnifique fortissimo d’émotions. J’ai béni ces larmes qui ont coulé sur mes joues.

The Hour, saison 2. 6 épisodes, BBC 2

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