Steven Moffat, incorrigible misogyne ? Part Two : Coupling et Jekyll

Précédemment sur Séries addict, so what ? : dans le précédent billet, je  suis revenue sur cette polémique qui colle à la peau du scénariste Steven Moffat, fieffé Écossais, celle d’être un misogyne patenté. Cette critique s’était surtout cristallisée sur le personnage d’Irene Adler de sa série Sherlock. Cette critique répétée m’a interpellée et m’a incitée à me pencher sérieusement sur la question. En décortiquant les personnages féminins de Sherlock tout d’abord. Mais l’œuvre d’un créateur ne se limite pas à un seul projet et qui plus est à seulement deux épisodes. Steven Moffat a plus d’une série dans son sac. Cette critique vaut-elle pour ses personnages féminins en général ? Petit retour sur ses créations en commençant par Coupling et Jekyll, avant de consacrer la troisième et dernière partie à Doctor Who.

Coupling, la sitcom forcément réductrice ?

En 2000, Steven Moffat crée la sitcom Coupling. Comme son nom l’indique, cette série se concentre sur six personnages, trois hommes et trois femmes. Cette série est en grande partie autobiographique puisque Steven Moffat s’est largement inspiré de sa relation naissante avec sa femme Sue Vertue et que le couple principal se nomme Steve et Susan. Cette sitcom est exclusivement centré sur ces six personnages et leurs situations amoureuses. Une sitcom joue forcément sur le ressort de l’exagération, des traits de caractères bien marqués. Découvrons-nous pour autant de grossières caricatures ? (afin d’être tout à fait honnête avec toi cher lecteur, chère lectrice, je dois t’avouer que je n’ai vu que la première saison de Coupling car Moffat ou pas Moffat, le genre de la sitcom n’est pas vraiment ma tasse de thé, mais ceci est un autre débat).

Des filles désespérément filles ?

Susan, Jane et Sally sont bien sûr des névrosées, car vous conviendrez que des filles normales dans une comédie, quel ennui ! Susan pourrait sembler la plus équilibrée des trois, mais ne vous fiez pas trop aux apparences. Jane, la nympho complètement barrée qui a absolument besoin d’amour n’en finit pas d’être complètement barrée. Sally, de son côté, a quelques petits soucis d’empathie. Et là, cher lecteur, chère lectrice, tu vas me dire que ces filles à la limite de l’hystérie ne jouent pas beaucoup pour l’image de la femme. C’est vrai que souvent, l’image de l’hystérique nous colle à la peau à nous les filles, mais en regardant ces trois déjantées, je n’ai en aucun cas eu l’impression d’être ridiculisée au possible, voire insultée. Surtout que les personnages névrosés ont ma préférence. Et puis, je n’ai pas envie qu’un personnage féminin soit dépeint de manière totalement positive pour me plaire absolument. Car un personnage parfait est gnian gnian, et une femme gnian gnian, ça c’est du cliché misogyne !

Autre raison d’être totalement rassurée, les névroses sont tout aussi marquées pour les personnages masculins. Steve, qui comme Susan, semble avoir le plus la tête sur ses épaules, mais non. Jeff, le pauvre Jeff, qui a un talent sans égal pour se mettre dans les pires situations imaginables et incapable de tenir une conversation en comprenant absolument tout de cette dite conversation. Le personnage pour lequel j’ai eu le plus d’empathie et du coup, il devenait de plus en plus difficile de suivre ses mésaventures, j’avais vraiment trop de peine pour lui. Et enfin, Patrick, le coureur de jupons invétéré incapable de s’attacher et ne voyant surtout aucun intérêt à s’attacher.

Jekyll, personnage masculin écrasant tout le reste ?

En 2007, Jekyll arrive sur BBC One. Cette minisérie de 6 épisodes est une adaptation dans le monde moderne du célèbre mythe Doctor Jekyll/ Mr Hyde. Le pitch (source : Wikipédia) : Le docteur Tom Jackman abrite dans un même corps deux personnalités diamétralement opposées : celle d’un tranquille père de famille, discret et effacé, et celle de Hyde, un personnage fantasque et violent. Désirant à tout prix cacher ce dédoublement à ses proches, Jackman a “signé un pacte” avec son double maléfique : si le docteur tente de trouver un remède à cette “transformation” Hyde les tuera tous les deux, et si Hyde commet un meurtre, Jackman ira se dénoncer à la police. Dans l’espoir de cohabiter pacifiquement, ils communiquent par l’intermédiaire d’un dictaphone et d’une “infirmière” engagée spécialement pour cette tâche. Mais un jour, ils découvrent tous deux qu’une organisation secrète s’intéresse de très près à leur existence…

Une série qui a pour héros principal un homme, dont une partie de lui est un charismatique psychopathe, voici ce qui ne devrait pas laisser une place de choix aux personnages féminins. Méfions-nous des premières impressions.

Les personnages féminins, simples faire-valoir ?

Si l’on s’arrête sur le personnage de Katherine, l’assistante-infirmière de Tom Jackman, on se dit que l’on tient là le cliché de l’assistante-infirmière : jolie, toujours bien mise en valeur par des vêtements sexy, amoureuse de son patron et sans intérêt narratif majeur. Je ne te cache pas cher lecteur, chère lectrice que ce personnage ne m’a guère intéressée et qu’elle m’a parfois agacée. J’aurais donc pu en vouloir à Steven Moffat de caricaturer ainsi un personnage féminin. Cela aurait été le cas s’il n’avait aussi caricaturé un personnage masculin, j’ai nommé Benjamin Lennox, leader, mais finalement homme à tout faire, des opérations de la mystérieuse organisation qui s’intéresse de très près à Tom Jackman et son double maléfique. Un petit chef délicieusement petit chef, absolument borderline et à forte tendance ridicule. L’autre raison pour laquelle je n’en ai pas voulu à Steven Moffat d’avoir écrit le rôle de Katherine : Jekyll compte plusieurs personnages féminins fort intéressants.

Claire est la femme de Tom Jackman, la mère de leurs jumeaux. Et bien sûr, elle ignore tout de la face cachée de son mari. Au début de l’intrigue, Claire apparaît plutôt en retrait, semble être cantonnée au rôle de la femme maintenue dans l’ignorance et de la victime. Mais Steven Moffat aime ce personnage (et Gina Bellman, la Jane de Coupling, l’a impressionné au casting). Il écrit donc un rôle à sa mesure. Petit à petit, Claire prend son envol narratif, elle gagne ses galons de personnage central, elle dépasse largement la simple étiquette de “femme de”.  J’ai beaucoup aimé son évolution, j’ai tremblé avec elle, j’ai adoré sa bravoure, je l’ai aimée chaque épisode un peu plus. Au terme du dernier épisode, sa place dans l’histoire sera devenue cruciale.

Claire fait appel à Miranda, détective privé de son état. Détéctive privé vraiment atypique : une femme, tout d’abord, cachant son jeu de détective privée diablement efficace derrière un grand sens de l’humour et de l’autodérision. Il s’avère que son assistante Min, n’est autre que sa compagne enceinte. Voilà donc Miranda, une femme qui n’a pas besoin d’un homme que ce soit dans sa vie professionnelle que dans sa vie privée. On a vu pire cliché antiféministe. Cette Miranda m’a tout de suite plu et j’ai beaucoup aimé la voir évoluer à l’écran (l’actrice Meera Syal recroisera le chemin de Steven Moffat dans le double épisode de mi-saison en saison 5 de Doctor Who et aura l’un des meilleurs rôles de ce double-épisode somme toute assez moyen. Fin de la parenthèse).

Mais bien sûr, Jekyll est une sombre histoire de mystérieuse conspiration. L’histoire rêvée pour un super vilain machiavélique et sans scrupule. Mais comment croire que le Benjamin Lennox puisse avoir les épaules assez larges d’un tel rôle ? Et effectivement, dans Jekyll, nous n’avons pas affaire à un super vilain, mais à une super vilaine, j’ai nommé Mrs Utterson. Une femme aussi énigmatique que glaciale. Une femme qui s’avèrera bien plus qu’une simple super vilaine aussi énigmatique que glaciale. Une femme qui tient un rôle traditionnellement masculin en en ayant les mêmes attributs. On a vraiment vu pire cliché antiféministe.

Finalement, Jekyll n’est pas qu’une histoire qui met en scène personnage masculin central sur fond de secrète conspiration. Jekyll est avant tout une histoire qui nous parle d’amour et de la famille. Car Steven Moffat a beau jouer l’Écossais bourru imbu de lui-même, il se trahit à travers ses récits. Et il ne laisse en rien transparaître un homme qui n’aime pas les femmes, bien au contraire.

À suivre sur Series addict, so what ? : les femmes dans Doctor Who

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2 réponses sur “Steven Moffat, incorrigible misogyne ? Part Two : Coupling et Jekyll”

  1. Coupling présente des archétypes caricaturaux autant pour les hommes que pour les femmes, c’est d’ailleurs le principe même de cette sitcom 🙂
    Quand à Jeckyll, a part le héros, le héros (oui , 2 fois, forcément) et un des méchants, il y a surtout des personnages féminins.
    OK, que des seconds rôles, mais comme tu dis c’est avant tout l’histoire de Jeckyll contre lui même

    (pour Meera Syal je suppose que tu parlais de la S5 de Doctor Who?)

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