Cabin Pressure : j’aime une sitcom… radiophonique

Tu ne le sais peut-être pas cher lecteur, chère lectrice, mais écrire ici que j’aime une sitcom, cela relève du miracle. Car oui, cher lecteur, chère lectrice, telle est la cruelle vérité : les sitcoms ne me font pas rire. Mais il se trouve que je suis faible. Si un acteur que j’aime se trouve au casting de quelque série que ce soit, il y a fort à parier que j’y jetterai un œil, même si cela doit être une comédie. Et s’il s’agit de Benedict Cumberbatch, je ne cherche même pas à lutter contre la tentation, je lui tends les bras.

Cabin Pressure a été créée en 2010 par John Finnemore et chaque saison de six épisodes est diffusée sur BBC Radio 4. Elle raconte le quotidien de l’équipe d’une petite compagnie aérienne façon charter qui comporte une impressionnante flotte composée d’un seul jet privé. Carolyn Knapp-Shappey (Stephanie Cole), heureuse divorcée, est la propriétaire du jet, qui du haut de ses 64 ans, n’hésite surtout pas à monter à bord. Le jet privé est piloté par le capitaine Martin Crieff (Benedict Cumberbatch) qui a toujours rêvé d’être pilote, mais qui a dû s’y reprendre à plusieurs fois pour obtenir sa licence. Souhaitant piloter plus que tout et quelqu’en soit le moyen, Carolyn, qui veille plus que tout à limiter les dépenses, ne lui verse aucun salaire. Le capitaine est secondé par le premier officier Douglas Richardson (Roger Allam), ancien pilote d’Air England qui n’a plus voulu de lui après un écart de trop. Son arrivée dans cette compagnie qui n’en a que le nom n’est pas vraiment un choix, mais il se rattrape largement en prenant un malin plaisir à taquiner son capitaine. Et bien sûr, une compagnie aérienne digne de ce nom ne peut fonctionner sans stewart. C’est donc Arthur Shappey (John Finnemore), fils de Carolyn, qui tient ce rôle du mieux qu’il peut, n’étant pas toujours, voire jamais, au top de la perfection intellectuelle. Le concept de la série est simple : chaque épisode suit un vol et chaque titre correspond à une destination.

 

Une écriture subtile et des acteurs parfaits

Si j’ai du mal avec les sitcoms en général, c’est que les personnages caricaturaux (élément narratif inhérent au genre) le sont souvent trop pour moi. J’ai donc du mal à avoir de l’empathie pour eux ou alors j’ai beaucoup trop d’empathie pour ceux qui sont ridiculisés à longueur d’épisodes, ce qui rend le visionnage particulièrement désagréable.

À première vue, les personnages de Cabin Pressure sont des archétypes et comme toute sitcom qui se respecte, ces archétypes peuvent paraître simplistes au premier abord. Mais John Finnemore ne rit pas seulement des personnages auxquels il donne envie, il a avant tout une grande tendresse à leur égard. Et comme on n’est jamais mieux servi par soi-même, il a énormément de tendresse pour Arthur. Cet Arthur m’a tout de suite fait penser au Perceval de Kaamelott qu’Alexandre Astier écrit comme un enfant. Et c’est bien ce type de personnage que l’on retrouve en Arthur : naïf, mais sans connotation négative, enthousiaste, dénué de tout cynisme et foncièrement attaché à sa mère, à son capitaine et à son premier officier. Bien sûr, Arthur n’est pas un génie. Bien sûr, Arthur fait gaffe sur gaffe. Bien sûr, Arthur peut être pénible. Mais Arthur vaut tellement mieux que ces pseudos handicaps. Je l’ai tout de suite aimé et bien qu’il suscite le rire, ce n’est jamais un rire qui provient des plus bas instincts dont l’être humain est capable. Il ne s’agit pas de rire aux dépens d’Arthur, de le placer dans des situations humiliantes. À aucun moment, je n’ai été mal à l’aise en m’esclaffant de ses maladresses. Et cela fait un bien fou. Il en va de même pour tous les autres personnages, qui au-delà de leurs défauts qui crèvent l’antenne de prime abord, une profondeur apparaît, très discrètement, par petites touches. Chacun a droit à ses moments de faiblesse, tombe parfois le masque et on a la chance de découvrir des moments de partage, en toute simplicité. Et dans les moments classiques du “comique de sitcom”, il n’est jamais question de rire gras, seulement au dépends de tel ou tel. Oui, les personnages s’enferrent dans des situations souvent ubuesques, mais il n’est jamais question de les rabaisser.

L’autre point fort de Cabin Pressure est son casting impeccable. Alors, bien sûr, cher lecteur, chère lectrice, tu me rétorqueras que je ne peux pas dire autre chose de Benedict Cumberbatch. Soit. Mais quelle joie de l’entendre sous les traits de ce pilote mal dans sa peau, en recherche perpétuelle de reconnaissance, tellement à l’opposé de Sherlock ou de l’image qu’il peut renvoyer. Mais surtout, surtout, ces camarades de jeu sont tout aussi épatants. Mention spéciale pour Roger Allam qui campe un Douglas absolument réjouissant.

La magie de la radio et une atmosphère presque théâtrale

Bien sûr, cher lecteur, chère lectrice, toi qui est féru(e) de sitcom, tu me feras remarquer que toute bonne sitcom a une écriture plus subtile qu’il n’y paraît, des personnages attachants et de bons acteurs. C’est sûrement vrai. Mais je dois te faire cet aveu : je pense que Cabin Pressure me plaît car elle est diffusée à la radio. Je ne suis vraiment pas certaine de prendre autant de plaisir si elle devait être filmée.

La radio a toujours eu un effet magique, j’ai toujours été sous le charme de ces voix qui s’installent confortablement dans mon univers. Bercée à France Inter, Fip et France Musique (et pourtant, mes parents ne sont ni des enseignants, ni des bobos), la radio fait irrémédiablement partie de ma vie, je ne saurai concevoir une existence sans sa présence. Mais bizarrement, j’écoute très peu de pièces radiophoniques. Je ne savais donc pas vraiment si le format de Cabin Pressure allait me satisfaire. Dès les premières secondes, la magie des ondes a opéré et je me suis retrouvée avec ces personnages dans ce petit avion où tout se joue. Je n’ai eu aucun mal à imaginer l’atmosphère, le décor, les costumes, les mimiques des comédiens. Et j’ai adoré que mon esprit puisse ainsi vagabonder et ne pas être obligée d’être vissée devant un écran le temps que chaque aventure se déroule.

On pourrait penser que Cabin Pressure est enregistrée dans un studio où les acteurs sont simplement postés devant un micro. il n’en est rien. Les enregistrements de chaque saison sont effectués en une fois sur scène devant un public. Et ça change tout. S’il y a bien une chose qui m’horripile au plus haut point dans les sitcoms, ce sont les rires enregistrés. Ici, les rires sont spontanés, nourris et donc fortement communicatifs. Finalement, on se rapproche du théâtre et donc du spectacle vivant (et tu connais cher lecteur, chère lectrice, mon amour pour le spectacle vivant). Et autant j’ai du mal avec le spectacle vivant filmé, l’écran m’empêchant souvent de me plonger pleinement dans l’atmosphère, autant la magie des ondes rend totalement possible cette immersion. Voilà pourquoi, en écoutant Cabin Pressure, le sourire me vient aux lèvres et le rire franc n’est jamais très loin. Un miracle je vous dis.

Si vous souhaitez écouter ce que donne les folles aventures de cette compagnie aérienne pas comme les autres, vous pouvez les acheter en CD ou en format numérique sur le site Audiogo.

Et pour vous donner un petit aperçu, voici l’introduction d’Abu Dhabi (S01E01) où ce cher Douglas se présente aux passagers.

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3 réponses sur “Cabin Pressure : j’aime une sitcom… radiophonique”

  1. Merci beaucoup de faire connaitre Cabin Pressure!
    Il n’est effectivement pas nécessaire d’aimer les sitcoms pour s’y plonger, car je n’aime pas non plus ce genre. Mais ici, en plus du côté comique, la série fait passer énormément d’émotions. Comme par exemple l’épisode S02E06 (Limerick), qui se déroule entièrement dans la cabine de pilotage pendant un vol de nuit et oú les 2 pilotes se livrent aux confidences. C’est incroyable comment nous sommes si facilement plongé dans l’ambiance.

    Je suis également arrivée à cette série par Benedict Cumberbatch, et j’y suis resté pour l’ensemble du casting et le scénario, qui sont tout simplement magnifiques. Et pour ceux qui aiment les belles voix graves, il faut signaler qu’Anthony Head y apparait parfois comme guest et lors des scènes avec Cumberbatch, nous ne sommes pas loin de l’org%%% (hum…)

    Info à savoir : Sur son blog, John Finnemore explique très bien comment les idées lui viennent, quelles étaient les différentes pistes avant le scénario final et les différentes fins prévues: http://johnfinnemore.blogspot.ch/

    Et pour les francophones qui craignent de pas comprendre, il faut souligner que l’anglais pratiqué est très facile à comprendre, un pur accent britannique de la BBC. Et entendre Roger Allam jouer avec les mots est tout simplement superbe. Et pour les irreductibles, il existe les transcriptions sur ce site : http://cabin-pressure.livejournal.com/
    Et c’est tout à fait normal de ne n’avoir jamais écouté de pièces radiophoniques auparavant! C’est un genre très britannique (rappelez-vous en 1938, Orson Wells et ses Martiens…) que nous, Français, ne connaissons pas. Il ne faut donc pas hésiter à se lancer dans cette série et 5 minutes après le début, vous serez déja au 7éme ciel! (Une fois que vous aurez attrapé le virus des pièces radio, je conseille alors « Double Income No Kids Yet » avec David Tennant)

    Et pour finir sur Cabin Pressure, il faut dire que les titres d’épisode suivent l’ordre alphabétique: Abu Dhabi pour l’épisode 1, Boston pour l’épisode 2 et ….Vaduz pour le S04E03 et Wokingham pour le S04E04 . Ce qui me laisse donc penser qu’il semble qu’il n’y aura pas de saison 5 (cela + d’autres signes indiqués dans les 1ers épisodes de la S4). Alors profite bien de cette dernière saison!

    1. Merci pour ce commentaire rempli d’informations fort intéressantes et de précisions qui le sont tout autant ! Comment ?? Une pièce radiophonique avec David Tennant ? Je cours la découvrir de ce pas !

  2. I adore Cabin Pressure. Have all the series recorded.

    I just hope as Benedict becomes more famous, he is never too busy not to be able to record another series!

    Best Wishes.

    Tom P Farnham

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