Fringe, une série qui a avant tout parlé d’amour

Calme-toi, cher lecteur, chère lectrice, je te sens horrifié(e) derrière ton écran à la lecture de ce titre de billet. Tu te dis que j’ai doublement perdu la raison (ou que Walter m’a refilé de son LSD maison) : parler d’amour, moi qui ne suis pas du genre à fondre devant le moindre romantisme patenté, cela a de quoi effrayer le plus courageux des héros sans peur et sans reproche. Et puis, enfin, Fringe est avant tout une série de science-fiction, aurai-je totalement oublié les monstruosités qui ont peuplé les cinq saisons, les mondes parallèles, les complots, les observateurs ?

Je te rassure tout de suite, cher lecteur, chère lectrice, mon équilibre mental n’est pas plus déséquilibré qu’à l’accoutumée. La suite de ce billet va te le prouver (enfin j’espère !).

Je me rends compte en écrivant ces lignes que ce billet sera publié le 13 février, veille de la Saint-Valentin, la sacro-sainte fête des amoureux. Sache, cher lecteur, chère lectrice, que ceci est tout à fait fortuit (il faudra quand même que je demande à Sigmund ce qu’il en pense).

SPOILER ALERT : si tu n’as pas vu la cinquième et dernière saison et que tu comptes le faire, lire ce billet te gâchera tout le plaisir.

Une femme amoureuse et un père meurtri comme points de départ

Le pilot pose, comme tout pilot qui se respecte, les enjeux de la série : Olivia Dunham, agent du FBI, enquête sur une affaire particulièrement étrange. Et lorsque son partenaire, l’homme qu’elle aime, est exposé à une substance inconnue, elle n’a d’autre choix que de se tourner vers Walter Bishop, ancien génie, enfermé depuis 18 ans dans une institution psychiatrique. Mais Walter Bishop n’aidera Olivia à sauver l’homme qu’elle aime d’une mort aussi atroce qu’inévitable, qu’à la seule condition qu’elle retrouve Peter, le fils de Walter, et qu’elle le ramène auprès de lui.

Tout est déjà là : des enquêtes étranges, des cas peu ragoûtants, une histoire d’amour, et surtout, surtout, un père qui veut retrouver son fils. Toute l’histoire et la mythologie de Fringe reposent sur cette seule variable : un père qui a perdu son fils et qui ne peut accepter cette tragédie. Un père qui va jouer avec les lois de l’univers pour sauver son fils. Un père qui quelque soit le côté de la réalité dans laquelle il se trouve est seulement guidé par cet amour paternel.

La famille, élément essentiel de la narration

Lorsqu’on regarde Fringe, lorsqu’on aime Fringe, on est avant tout touché par la relation Walter/Peter, l’une des plus belles relations père/fils que j’ai pu découvrir dans une fiction. Une relation compliquée, une relation à reconstruire. Cette relation de vient de plus en plus capitale à mesure que les saisons avancent et les scénaristes offrent des échanges de plus en plus marquants. La réussite de ce duo tient bien sûr au talent des acteurs, John Noble en tête. Durant cinq saisons, il proposera un Walter à la fois touchant et terrifiant, excellent tout autant dans chacun de ces deux registres. L’amour de son personnage pour celui de Peter ne fait aucun doute. La complicité qui existe entre John Noble et Joshua Jackson ne fait aucun doute. Que j’ai aimé voir cette relation évoluer, avancer, revenir en arrière et se terminer de la plus belle manière qui soit.

Mais la thématique de la famille ne se limite pas à ce seul duo. Elle traverse toutes les saisons et tous les personnage. Olivia n’a pas vraiment eu de modèle familial : sa mère meurt alors qu’elle est encore jeune, elle subit les mauvais traitements de son beau-père, elle doit être forte lorsqu’enfant, elle subit les expériences scientifiques de Walter. La seule famille qui lui reste est sa sœur et sa nièce. Elle se croit incapable de pouvoir en fonder une, empêtrée dans ses angoisses et ses traumatismes. Dans la 4e saison, sa relation avec Nina Sharp, sa figure maternelle dans cette réalité, est particulièrement mise en avant. Astrid, personnage si secondaire et si fondamental à la fois, est la moins développée. Mais lorsqu’un épisode lui est consacré dans la 4e saison, à travers son double de l’autre réalité, les scénaristes décident de s’attarder sur sa relation avec son père.

Finalement, Walter, Peter, Olivia et Astrid forment une famille. Une famille dont les liens deviennent de plus en plus intenses. Mais une famille qui ne laisse pas forcément sa place à d’autres. C’est l’amère expérience que vit Lincoln durant la 4e saison. Lincoln est un agent du FBI solitaire qui a trouvé une famille grâce à celle de son coéquipier. Alors qu’ils interviennent sur une affaire, Lincoln assiste impuissant au meurtre de son coéquipier et est amené à travailler avec Olivia et son équipe. Il tombe rapidement sous le charme d’Olivia, il tentera d’intégrer cette famille, mais n’y arrivera pas. Et alors qu’il doit coopérer avec l’Olivia de l’autre monde, il décide que cet autre monde sera le sien, qu’il fondera sa famille de ce côté de la réalité.

La saison qui insiste le plus sur cette thématique de la famille est la cinquième et dernière. Dorénavant, Olivia et Peter ont fondé une famille. Mais cette famille s’est brisée le jour de la disparition de leur fille Etta, le jour fatidique où les observateurs ont mis à exécution leur plan pour conquérir la Terre de cette époque. La douleur de perdre un enfant, en écho avec la douleur qu’a ressenti Walter en perdant Peter. Et le fils suivra le cheminement du père : le déni, le refus d’accepter cette réalité, volonté de sauver sa fille quoi qu’il en coûte, volonté qui l’éloignera de la femme qu’il aime. Autre figure paternelle de cette dernière saison, September, ou plutôt Donald, qui expérimente ce qu’il n’aurait jamais cru possible : la paternité, aimer un enfant, être aimé en retour.

Les émotions, réelle force de l’humanité

La cinquième et dernière saison de Fringe est particulière et semble avoir son existence propre comme détachée des quatre précédentes. Il ne sera pas vraiment question de monde parallèle, d’enquêtes, de montres, il est question de résistance. Résistance face aux observateurs, qui occupent l’époque des héros.

Cette résistance se fait bien sûr grâce à un plan, à des attaques contre l’ennemi. Mais la plus grande résistance face à cet occupant venu du futur est de préserver ce qui fait l’identité de l’espèce humaine : les émotions. Les observateurs sont persuadés que les émotions sont le plus grand frein à l’intelligence et ne sont donc pas utiles. Cela causera leur perte. Lorsqu’ils envoient certains de leurs congénères étudier ces humains du passé, ces espions sont “contaminés” par les émotions humaines. Voilà pourquoi September a toujours semblé différent des autres, s’est attaché à Walter et Peter, deviendra un maillon essentiel de la défaite des observateurs. Lorsque des specimen seront clonés à partir de September, comme le veut la procédure standard, une anomalie voit le jour : un observateur qui ne dépasse pas le développement physique d’un enfant et qui a un développement émotionnel bien supérieur à celui de n’importe quel être humain. Pour les observateurs, ce n’est qu’une anomalie à étudier, ils ne voient pas le danger que cela représente. Mais ce specimen, Michael, est la preuve vivante que les émotions sont le vecteur ultime du développement de l’intelligence. Rien de moins.

Et que dire de Walter qui n’aura qu’une seule angoisse durant cette 5e saison : redevenir le monstre qu’il a été, cet homme se prenant pour un dieu, cet homme se coupant de ses émotions, cet homme ayant été incapable d’aider sa femme dépressive qui a fini par se suicider ? Il était très touchant de voir Walter craindre de perdre ce qu’il a gagné en sentiments en ôtant de son cerveau une partie de son intelligence.

Le season finale, une déclaration d’amour aux personnages et aux fans

Fringe est un peu un cas à part dans le monde impitoyable des séries américaines. Il n’est pas toujours simple d’être une série sur un network américain où les objectifs d’audience sont fort élevés. Et qui dit objectifs d’audience élevés, dit besoin de consensus. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Fringe ne réunit pas forcément tous les ingrédients de la série bankamble au top du potentiel consensuel : de la science-fiction, un fil rouge compliqué avec de sombres histoires d’univers parallèles, de timeline parallèles, du feuilletonnant, des monstres monstrueux. Et de fait, les audiences n’ont pas été à la hauteur de la Fox. Mais Fringe a un grane qualité : un public fidèle. Un public très attaché aux personnages, à cette famille. Car on a beau aimer avoir peur ou être dégoûté en regardant Fringe, on aime surtout ce père, ce fils, cette amante, cette amie. Le public s’est mobilisé deux saisons de suite et a donc permis à la série de se conclure dignement.

Les scénaristes et les acteurs n’ont jamais caché leur attachement à la série et aux personnages. Un attachement qui n’a jamais été feint et qui transparaissait à chaque Comic Con ou autre convention. Ils avaient donc à cœur de créer un final à la hauteur des attentes et de l’amour des fans. Ils ne nous ont pas déçus.

Je me doutais bien, en découvrant le double series finale que le carnage lacrymal m’était promis, je l’appelais même de mes vœux car j’aime par-dessus tout ressentir de telles émotions en me plongeant dans une fiction. Ce final permet à la fois de résoudre la situation dans laquelle se dépêtrent les personnages, d’apporter des réponses (et là, bien sûr, tout le monde pense au syndrome Lost), mais surtout, surtout, de mener les personnages à l’exacte place où ils devaient arriver. Les scénaristes ont concocté de magnifiques scènes d’adieux à ces personnages qu’ils ont tant aimés, que nous avons tant aimés. Je ne peux que les remercier.

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