Broadchurch, plongée intense dans l’âme humaine

Et oui, cher lecteur, chère lectrice, me voici enfin de retour par ici après de longues et interminables semaines d’attente.
Me voici donc de retour avec un billet sur Broadchurch. Une série anglaise. Une série anglaise avec David Tennant dans l’un des rôles titres. Et oui, cher lecteur, chère lectrice, malgré ces longues et interminables semaines d’attente, je suis restée la même.

Je ne peux pas ne pas faire un billet sur cette série qui m’a emportée dès les premières minutes. Une série tout simplement parfaite : l’écriture, signée Chris Chibnall, est un petit bijou d’intelligence et de subtilité, le casting est absolument parfait des rôles titres au moindre figurant, la mise en scène et la bande originale servent à merveille le propos et sa cohérence. Je ne suis pas la seule à avoir succombé au charme de Broadchurch : durant huit semaines, l’Angleterre a vibré avec elle. ITV1, chaîne sur laquelle elle état diffusée, peut se frotter les mains : des audiences record (9 millions en moyenne avec une explosion pour le dernier épisode), des critiques enflammées, un buzz sur Twitter chaque lundi soir. ITV1 se frotte d’ailleurs tellement les mains que dès la diffusion du dernier épisode, elle a annoncé qu’une deuxième saison allait voir le jour, alors que le projet devait être une minisérie. Cette nouvelle peut laisser perplexe. Chris Chibnall affirme avoir déjà une histoire, mais j’espère vraiment que l’appât de gain ne viendra pas gâcher toute l’affaire (syndrome Dexter).

Mais revenons-en au cœur de ce qui nous préoccupe.

Le pitch : Ellie Miller (Olivia Colman), inspectrice à la police de Broadchurch, petite ville balnéaire sans histoire, revient enchantée de vacances en Floride persuadée que la promotion d’inspectrice en chef qui lui a été promise est effective. Quelle n’est pas sa déception de s’apercevoir que ladite promotion lui est passée sous le nez et qu’elle doit dorénavant répondre aux ordres d’Alec Hardy (David Tennant), flic taciturne au sombre passé et fraîchement débarqué. Point le temps de digérer la nouvelle, cette équipe de choc est appelée sur le lieu d’un crime : le jeune Danny Latimer (Oskar MacNamara), 11 ans, vient d’être retrouvé mort sur la plage, assassiné. Toute la communauté de Broadchurch vit de plein fouet le terrible drame qui touche Beth (Jodie Whittaker) et Mark Latimer (Andrew Bucan), parents aimés de tous.

Broadchuch est donc avant tout une enquête policière. Une enquête policière qui traite du pire crime : le meurtre d’un enfant. Mais Broadchuch est bien plus qu’une simple enquête policière. Elle est surtout le moyen de sonder la complexité des sentiments humains, tout en étant haletante.

L’impossible deuil

Beth et Mark Latimer vivent la pire épreuve de leur vie. Ils souffrent, ils ne savent plus comment continuer. Et nous, pauvres téléspectateurs, nous sommes comme eux. Le premier épisode est un modèle du genre : la façon dont ils apprennent la nouvelle, la façon dont ils vivent le choc nous sont montrées avec simplicité et sincérité. Comment ne pas pleurer avec eux ? Comment ne pas ressentir leur perte ? Comment rester insensible ? Il n’est aucunement question de sensiblerie, de larmoiement facile. La cruauté de cette situation est présentée telle qu’elle est : frontale, incompréhensible, presque irréelle.

Mais Beth, Mark, leur fille Chloe (Charlotte Beaumont) ne savent pas comment se dépétrer de cette situation. Comment continuer à vivre ? Comment accepter l’inacceptable ? Comment faire face à ses errements et faiblesses ? Mais surtout, comment vivre avec ce statut d’endeuillé qui vous colle à la peau ? Pour la communauté, cette famille est meurtrie et chaque regard, chaque parole, chaque geste la renvoie à cette condition.

Une atmosphère étouffante

Broadchurch est une petite ville, tranquille. Tout le monde se connaît, tout le monde semble se serrer les coudes. Mais cette si agréable communauté peut vite se transformer en enfer. Aucune place pour les secrets, pour avoir du temps pour soi. Et en période de crise, la suspicion est partout : qui est donc celle ou celui qui a commis cet horrible crime ? Quel est le monstre qui se cache parmi les bonnes âmes de Broadchurch ?

La mise en scène, signée Matt Grey, et la bande originale, composée par Olafur Arnalds, accentuent parfaitement ce sentiment d’enfermement. Les cadres sont particuliers, très travaillés, la musique est constamment angoissante. On ne respire pas en regardant Broadchurch, on est pleinement happé dans ce récit, dans ce décor de carte postale. Le temps semble s’arrêter, sentiment renforcé par le rythme assez lent et les nombreux ralentis.

Les monstres, des êtres humains comme les autres

L’autre grande force de Broadchurch est de dépeindre des personnages complexes, tout en nuances et contradictions. Il n’est question ni des “gentils parents qui souffrent et qui sont donc parfaits dans leur souffrance”, ni des “horribles suspects qui ne méritent pas le moindre respect”. D’un côté et de l’autre de l’horreur, il n’y a qu’une seule chose qui compte : l’âme humaine.

Le jeune Danny Latimer n’a pas été victime d’abus sexuel, mais la pédophilie est présente en trame de fond tout au long des épisodes. Là encore, point de diabolisation. Au contraire, c’est l’angoisse de la pédophilie qui pose question, qui doit amener chacun à être responsable de ses actes.

Et lorsque le dénouement arrive enfin, que l’on connaît enfin le nom du “monstre” qui a tué cet innocent enfant de 11 ans, il en est de même. Non, ce n’est pas un monstre qui se présente au grand jour devant nous. C’est un être humain, un simple être humain. Cette révélation n’est en rien un soulagement, au contraire, elle apporte son lot de peine.

Voilà pourquoi Broadchurch m’a transportée durant huit semaines. Voilà pourquoi le premier épisode m’a émue. Voilà pourquoi j’ai versé une petite larme à chaque épisode. Voilà pourquoi le dernier épisode m’a déchiré le cœur durant la dernière demi-heure. Voilà pourquoi j’aime tant les séries.

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Une réponse sur “Broadchurch, plongée intense dans l’âme humaine”

  1. Il en a été de même pour moi, très chère. J’ai été happée par Broadchurch du début à la fin, envoûtée par l’ambiance « confinée à l’air libre » de l’ensemble, saisie par l’écriture, d’une finesse rare, et par les personnages, tous parfaitement campés. Le côté très « humain » de cette tragédie appelle à l’empathie, mais surtout au réalisme: tout n’est que rarement ou tout noir, ou tout blanc. Broadchurch nuance tout, et c’est sa force.

    Je m’interroge quand même grandement sur cette saison 2… J’ai été interloquée, puisque effectivement, (la 1ère saison de) Broadchurch se suffit à elle-même. Je suis curieuse, mais comme toi inquiète de la suite…

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