Doctor Who saison 7 : une saison ratée qui me donne quand même envie de voir la suite

J’ai bien conscience cher lecteur, chère lectrice, que le titre de ce billet t’a doublement interloqué(e). 1) Tu te demandes si je n’ai pas totalement perdu la raison car ce titre est totalement contradictoire. 2) Tu lis horrifié que je qualifie une œuvre de Steven Moffat de raté, moi qui aime tellement Steven Moffat.

Je te répondrai simplement que tout va bien dans le meilleur des mondes. 1) Tu comprendras à la fin de ce billet que ce titre fait sens (oui, je me la joue Moffat). 2) Je ne renie nullement mon amour pour Steven Moffat, mais il se trouve que pour une fois, j’ai l’amour lucide.

Car oui, cher lecteur, chère lectrice, cette saison 7 de Doctor Who m’a déçue. Je n’y ai pas retrouvé le souffle qui me plaît tant, je n’ai pas tremblé pour les personnages. Pire, je m’y suis souvent ennuyée. Et pourtant, j’ai hâte de connaître la suite.

Une construction narrative qui m’a coupée du récit

Cette saison 7 est particulière car elle s’inscrit dans le cinquantième anniversaire de la série qui sera célébré comme il se doit lors d’un épisode spécial en novembre prochain. Il fallait donc que la saison se termine en 2013. Or, selon le calendrier habituel, elle aurait dû commencer pour Pâques 2012 et se terminer avant l’épisode de Noël. La production et la chaîne ont donc eu une idée lumineuse : scinder la saison en deux et séparer chaque partie par l’épisode de Noël. Cette idée lumineuse s’est surtout révélée gadget et n’a en rien profité au récit bien au contraire.

À l’automne 2012, nous avons donc le grand bonheur de retrouver le Doctor et les Ponds pour leurs dernières aventures. On sait d’avance que les Ponds sont sur le départ. On connaît d’avance le nom et le visage de la future compagne. On sait d’avance que l’on dira au revoir aux Ponds dans The Angels take Manhattan (7×05). Et c’est bien là que le bât blesse : on attend cet au revoir et le pire, c’est que les scénaristes aussi. Les quatre premiers épisodes ne sont qu’une antichambre au départ des Ponds. Ils ne sont que des blockbusters indépendants, du style “un concept par épisode” et manquent cruellement de cohésion et d’engagement du spectateur. Bien sûr, on a la surprise de voir la future compagne du Doctor dès le season premiere (Asylum of the Daleks), mais cela ressemble bien trop à une pirouette dont Steven Moffat raffole. Bien sûr, l’au revoir aux Ponds m’a émue, mais bien moins que ce que j’aurais souhaité.

Vient alors le traditionnel épisode de Noël, The Snowmen (7×06), qui installe enfin Clara, la nouvelle compagne du Doctor. Et là, je suis ravie. Cet épisode me plaît, il a une atmosphère, il me fait rire, je pardonne aisément les facilités scénaristiques. Et surtout, surtout, je tombe sous le charme de Clara qui promet beaucoup.

C’est donc avec le cœur en liesse que j’attaque la deuxième partie de la saison à Pâques 2013. Et là, la déception est cruelle. The Bells of Saint John (7×07) m’ennuie.

Une saison qui ne sert quasiment à rien et des personnages réduits à leurs gimmicks

Cette deuxième partie de saison est à l’image de la première : “un concept par épisode”, mais des histoires et des personnages désincarnés. Les épisodes ne sont pas désagréables à regarder, mais une fois terminés, il n’en reste rien. On ne s’attache pas aux personnages.

Clara est un personnage fort sympathique, très bien porté par Jenna Louise Coleman en parfaite alchimie avec Matt Smith. Mais comme l’a très bien écrit Sullivan Le Postec dans l’une de ses critiques de cette saison 7 sur le Daily Mars, une bonne actrice ne suffit pas à faire vivre le personnage, si celui-ci n’est qu’une coquille vide. Et c’est bien là que le bât blesse. Clara est supposée être le grand mystère de cette saison 7. Le souci, c’est que plus la saison avance, plus son mystère est appuyé de manière maladroite, plus son mystère agace, voire indiffère.

Clara est seulement réduite à être The Impossible Girl. Mais elle n’est que The impossible Girl. Les détracteurs de Moffat me rétorqueront qu’Amy était elle aussi une fille mystérieuse, The Girl who Waited. Mais Amy ne manquait pas d’âme, sa rencontre et son histoire avec le Doctor étaient touchantes, son amour pour Rory m’a plusieurs fois tiré les larmes. Steven Moffat sait écrire des scènes émouvantes. Avec Clara, ce n’est absolument pas le cas.

Eleven n’est guère mieux loti, réduit à être le type grincheux, blasé, qui ne renaît qu’en découvrant cette fille mystérieuse. Malheureusement, il ne perd jamais vraiment son côté blasé et se perd en gesticulations souvent inutiles. Eleven semble être le miroir de Moffat. Le Doctor doit vivre des aventures, le Doctor doit résoudre une énigme. Le scénariste en chef doit écrire des scénarios, le scénariste doit trouver de nouvelles idées. À l’image d’Eleven, on a l’impression que Moffat tourne en rond, qu’il ne sait pas vraiment comment raconter son histoire, donner une trajectoire à ses personnages. À l’image d’Eleven, il a soif de nouveauté, mais à chercher la nouveauté à tout prix, il oublie l’essentiel : la cohérence des personnages, leur épaisseur, l’empathie qu’ils suscitent auprès des spectateurs.

Alors, bien sûr, tous les épisodes ne sont pas ratés, il y a même deux réussites signées Neil Cross (le magnifique scénariste de la tout aussi magnifique Luther) : The Rings of Akhaten (7×08) et Hide (7×10). Deux épisodes qui soignent les personnages, principaux et secondaires, qui placent les enjeux, qui nous parlent.

Un final qui sauve la saison

C’est donc sans réel enthousiasme que je décide de regarder le season finale (The Name of the Doctor, 7×14). Et là, le miracle à lieu. Je suis emportée par le récit, les personnages, je pleure dans l’unique scène entre River Song et Eleven, scène ô combien tragique et romantique, j’ai la joie d’entendre mes musiques préférées de la BO. Je retrouve le souffle épique qui m’avait tant manqué, je tremble pour le Doctor et alors que l’épisode se termine, je veux absolument voir la suite.

Oui, ce season finale  a été réussi à mes yeux (beaucoup moins aux yeux de Sullivan Le Postec), mais il m’a aussi laissé un arrière-goût amer, un sentiment de sérieux gâchis. Car en terminant cette saison, je dois me rendre à l’évidence, elle aurait pu se réduire à quatre épisodes : The Angels take Manhattan, Asylum of the Daleks, The Snowmen et The Name of the Doctor. Tout le reste n’a été que du remplissage, de l’habillage.

Cette saison 7 de Doctor Who a mis à jour les limites de Steven Moffat : il est un talentueux scénariste, mais un mauvais scénariste en chef. Lorsqu’il s’agit d’écrire des épisodes isolés durant les saisons 1 à 4, il livre de petits bijoux. Lorsqu’il s’agit d’écrire Jekyll, une minisérie bouclée avec une trajectoire parfaitement définie, il excelle. Lorsqu’il s’agit de se faire plaisir en écrivant un épisode par saison de Sherlock, il se surpasse. Mais dès qu’il s’agit d’installer des personnages dans la durée, de leur donner une cohérence, de leur construire une trajectoire au long cours, cela ne fonctionne pas. Je n’ai pas toujours goûté le sentimentalisme exacerbé de Russell T Davies, mais je dois reconnaître que sa construction du Doctor (et en particulier de Ten) a été une réussite.

Et la suite ?

Malgré de mauvaises audiences, la BBC fait encore confiance à Moffat qui sera à la tête de la saison 8, toujours avec Matt Smith aux commandes du Tardis. J’ai bien sûr la peur qu’elle suive les funestes pas de la 7. Mais je veux croire qu’il existe encore de l’espoir. L’espoir que les promesses aperçues dans le season finale se concrétisent, que Clara gagne enfin en épaisseur, que sa relation avec le Doctor sorte de ce schéma monolithique, bref, que je retrouve la flamme perdue.

Prochain rendez-vous, le Special 50th Anniversary en novembre prochain. Je ne peux me résoudre à l’idée que la réunion entre Elevent et Ten (entre autres surprises j’imagine) soit gâchée.

Oui, je suis une fan optimiste.

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15 réflexions au sujet de « Doctor Who saison 7 : une saison ratée qui me donne quand même envie de voir la suite »

  1. Presque totalement d’accord avec la critique mais je pense sincèrement que le 50eme anniversaire sera fantastique et je crois que Moffat n’avait pas vraiment envie d’écrire cette saison et voulait directement aller à l’épisode anniversaire.
    Ps: je viens de découvrir ce site et je le trouve vraiment très bon.

  2. J’attendais la saison 8 mais j’ai appris que Matt Smith n’en sera pas et l’acteur qui le remplace ne m’emballe guère…
    P.S. Super site

  3. Peut-être n’ai-je pas l’amour lucide, mais je ne suis pas tout à fait d’accord avec votre critique.
    Je trouve aussi que cette saison est un peu « brouillonne » et que certains épisodes n’apportent pas grand chose, mais je ne suis pas d’accord avec la critique selon laquelle Moffat ne serait pas un bon scénariste en chef. Je trouve qu’on voit un peu trop la paille qui est dans l’oeil de Moffat, mais jamais la poutre dans celle de Russell T Davies. Si on se penche sur les 2 premières saisons de la nouvelle série, il y a aussi de nombreux épisodes qui ne « servent à rien ». Je trouve qu’il n’atteint vraiment la maturité qu’au milieu de la saison 3 (à partir de Human nature) pour vraiment exploser avec une saison 4 quasi parfaite (mais qui doit beaucoup au duo Tennant/Tate).
    Concernant Moffat, je pense qu’effectivement, un format plus court lui conviendrait mieux, mais j’ai été complètement emballée par la saison 6 où à part l’épisode des pirates et le double épisode sur the flesh qui était bien trop long, j’ai été complètement portée par la saison 6… Mais après cette saison, j’ai trouvé surtout que River avait cruellement manqué à la saison 7. Même si les deux épisodes où elle apparaît sont chargés d’émotion, la saison aurait gagné à ce que la voie davantage.
    Vu le final de la saison, cela m’étonnerait qu’elle n’apparaisse pas dans le Special 50th Anniversary.

    • Merci pour ce commentaire !

      Attention, je ne renie pas tout le travail de Steven Moffat sur Doctor Who et j’ai adoré les saisons 5 et 6. Je ne suis également pas très fan des deux premières saisons de Russell T Davies et mon désamour pour Rose y est sans doute pour beaucoup. Et on est bien d’accord, River est un magnifique personnage !

    • ouahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh

  4. Je suis relativement d’accord avec toi, je te renvoie à mes articles sur le même sujet (je ne préfère pas m’étendre de trop sur un commentaire) afin de t’apporter un autre point de vue.

    [Rétrospective – Critique] Retour sur la saison 7 de Doctor Who
    http://beyondthegeronimo.wordpress.com/2013/10/19/retrospective-critique-retour-sur-la-saison-7-de-doctor-who/

    Pourquoi la saison 7 de Doctor Who est-elle si détestée par les fans?
    http://beyondthegeronimo.wordpress.com/2013/10/19/pourquoi-la-saison-7-de-doctor-who-est-elle-si-detestee-par-les-fans/

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