7 femmes, le destin de 7 insoumises à l’écriture chevillée au corps

Aujourd’hui, cher lecteur, chère lectrice, il ne va être nullement question de séries ou de l’une des monomanies obsessionnelles qui rythment ma vie de sériephile. Non, aujourd’hui, cher lecteur, chère lectrice, je vais t’écrire sur toute autre chose. Aujourd’hui, cher lecteur, chère lectrice, il sera question de littérature. Et de femmes.

Je dois bien l’avouer, ma culture littéraire n’est pas aussi fournie que je le souhaiterais et beaucoup de classiques m’ont échappé. Alors, lorsque j’attrape en cours de route le Grand entretien de France Inter avec Lydie Salvayre pour invitée pour son livre 7 femmes, c’est la totale découverte. Je l’entends parler avec passion de femmes au destin incroyable, et donc souvent tragique. Je bois ses paroles, je veux en savoir plus sur ces femmes dont je connais de loin l’œuvre ou dont j’entends le nom pour la première fois : Emily Brontë, Marina Tsvetaeva, Virginia Woolf, Colette, Sylvia Plath, Ingeborg Bachmann, Djuna Barnes. Le lendemain, le livre est commandé.

Des femmes fascinantes

« Sept folles.Pour qui vivre ne suffit pas. Manger, dormir et coudre des boutons, serait-ce là toute leur vie?se demandent-elles.Qui suivent aveuglément un appel. Mais de qui, mais de quoi ? s’interroge Woolf. Sept allumées pour qui écrire est toute la vie (« Tout l’écriture exceptée n’est rien », déclare Tsvetaeva, la plus extrême de toutes.) …/…Sept insensées, qui contre toute sagesse et contre toute raison, disent non à la meute des « loups régents », qu’ils soient politiques, littéraires ou les deux et qui l’écrivent à leur façon. …/…Sept imprudentes …/… pour qui l’œuvre est l’existence. Ni plus ni moins. Et qui se jettent dans leur passion sans attendre que le contexte dans lequel elles vivent leur soit moins adverse.Sept folles, je vous dis. » (pages 7-8).

Ces sept femmes ont un point commun : écrire est leur raison d’être, sans cela elles ne sont rien. Elles ne peuvent se contenter d’une vie uniquement faite d’un quotidien, de répondre au rôle social auquel elles devraient normalement être assignées. Elles ne peuvent faire autrement que de crier dans ce monde où la parole des femmes n’a que si peu de place. Car ces femmes sont des guerrières. Guerre qu’elles engagent contre la société qui ne les comprend pas, mais aussi contre elles-mêmes et les démons intérieurs qui les rongent parfois.

Comment ne pas succomber au charme de ces femmes en quête d’absolu, de liberté, jusqu’au-boutistes, mais aussi, souvent, autodestructrices ? Comment ne pas être emporté par le récit de leur vie, de leurs joies, de leurs douleurs, de leurs forces, de leurs faiblesses ?

Une écriture réjouissante

« Je suis pensionnaire dans un lycée de jeunes filles. Je rêve, nous rêvons toutes du grand amour. Nous avons ce que nous appelons à l’époque des béguins. …/… La figure de Heathcliff, héros des Hauts du Hurlevent vient brutalement élever le niveau de nos exigences amoureuses. Heathcliff est sauvage, orgueilleux, métaphysique, asocial et d’une intransigeance implacable. Ses yeux sont un feu sombre. La noirceur de son âme, loin de nous effrayer, nous fascine. Et la passion qu’il porte à son aimée est absolue. Nous désirons le même.…/…
A longueur de semaines, nous nous gorgeons de rêves et de romans d’amour. …/… Mais aucun, aucun, ne nous semble aussi beau que
Les Hauts du Hurlevent, écrits par une enfermée, à Haworth, en 1846, un siècle avant ma naissance. » pages 18-19

La grande force de 7 femmes est bien sûr ces 7 femmes. Mais aussi magnifique que soient leurs trajectoires, ce livre vit avant tout sous la plume de Lydie Salvayre. Je découvre cette auteure et me voilà sous le charme.

7 femmes n’est pas l’accumulation de simples biographiques. Emily Brontë, Marina Tsvetaeva, Virginia Woolf, Colette, Sylvia Plath, Ingeborg Bachmann, Djuna Barnes prennent vie ligne après ligne grâce à Lydie Salvayre. Car elle les admire profondément. Car elle a d’abord été transportée par leurs écrits avant de l’être par leurs vies.
En lisant 7 femmes, on découvre une auteure, mais aussi une femme et une lectrice dont la vie a été marquée par ces femmes d’exception. Lydie Salvayre se livre à travers celles dont elle retrace l’existence. Elle écrit la jeune fille qu’elle fut, la force de ces écrits lorsqu’elle les lit, la résonance qu’ils ont en elle. Ce livre est avant tout une déclaration d’amour à ces femmes, à cette littérature, à ces combats.

Lydie Salvayre écrit sa profonde admiration pour le style de ses auteures, pour le rythme de leurs écritures qu’elle pense ne jamais atteindre un jour. Mais je peux te l’assurer, cher lecteur, chère lectrice, Lydie Salvayre apporte une rythmique à son écriture. Rythmique à laquelle j’ai succombé.

Voilà pourquoi j’ai dévoré 7 femmes. Voilà pourquoi je m’y suis plongée avec délice. Voilà pourquoi j’ai été absorbée par ces existences, par cette écriture.

7 femmes de Lydie Salvayre, éditions Perrin

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