Alexandre Astier et Benedict Cumberbatch : oui, les esprits brillants me fascinent et m’attirent

Non, non, tu ne rêves pas cher lecteur, chère lectrice, tu lis bien un énième billet sur Alexandre Astier et Benedict Cumberbatch. Mais depuis le temps, tu devrais le savoir : une monomaniaque obsessionnelle peut écrire encore et encore et encore sur ses monomanies sans jamais s’arrêter. Mais comme j’ai un tant soit peu de conscience professionnelle (si, si, j’en ai une), j’ai une bonne raison d’écrire ce billet aujourd’hui. Je viens de terminer de lire Benedict Cumberbatch, An Actor in Transition : An Unauthorised Performance Biograhphy signée de l’auteure et universitaire Lynnette Porter. Et cette lecture m’a confirmé ce que je pressentais déjà depuis un moment : Alexandre Astier et Benedict Cumberbatch ont beaucoup de points communs.

Je sais déjà ce que tu penses : une biographie, bien qu’artistique, sur un acteur qui n’a même pas 40 ans, est-ce bien raisonnable ? Ne serait-ce pas surtout le moyen facile de se faire de l’argent tout aussi facile en surfant sur la Cumberbatchmania qui secoue la Grande-Bretagne et Hollywood ? Je t’avoue cher lecteur, chère lectrice que ce fut ma première pensée en découvrant la nouvelle de la sortie de ce livre. Puis, je me suis renseignée sur l’auteure. Puis, je me suis renseignée sur l’angle choisi. Puis, un quart d’heure plus tard, je précommandais le livre sur Amazon (ne jamais, ô grand jamais, sous-estimer la force de la Cumberbatchmania). Et alors que j’ai dévoré ce travail de fourmi (le boulot de recherche documentaire abattu par Lynnette Porter est hallucinant, mais n’oublions pas qu’il s’agit d’une universitaire), il devient de plus en plus évident que je ne pouvais pas ne pas être fascinée par Benedict Cumberbatch. Et pourtant, contrairement à Alexandre Astier, je n’aurais pas dû être fascinée par Benedict Cumberbatch.


Car vois-tu, cher lecteur, chère lectrice, les créateurs sont mes héros, pas les acteurs. Les personnages sont mes héros, pas les acteurs. Ne va pas penser que je dénigre ces artistes, que je ne sais pas être sensible à ceux qui ont la chance d’être talentueux (David Tennant en est un très bon exemple). Oui, ces acteurs qui arrivent à se glisser dans la peau de personnages, à susciter des émotions, qui se transcendent parfois ne peuvent qu’intéresser. Mais après tout, ils interprètent un rôle qui a été écrit, ils suivent les directives d’un réalisateur ou d’un metteur en scène. Les personnes les mieux placées pour parler d’un personnage, d’une histoire, ce sont avant tout ceux qui les ont pensés : les scénaristes, les auteurs, les metteurs en scène, les réalisateurs. D’ailleurs, bien souvent, les interviews d’acteurs ne sont pas forcément les plus palpitantes.

Il était donc tout naturel que je succombe tout de suite au talent et à l’univers d’Alexandre Astier, créateur par excellence puisque, sur ses projets personnels, il assume toutes les étapes de la création (et que comble du bonheur, il me fait mourir de rire et pleurer). Il était donc tout naturel que je succombe tout de suite au charme psychotique de Sherlock. Il était donc tout naturel que je veuille en savoir plus sur cet acteur qui campe ce si magnifique personnage. Ce qui m’a totalement surprise, c’est d’être tout autant fascinée par le personnage et par l’acteur. Et pourtant, cela n’a rien d’étonnant.

Deux assoiffés de connaissance qui aiment partager

Alexandre Astier et Benedict Cumberbatch ne se contentent pas de faire. Ils veulent avant tout faire de la meilleure façon possible et surtout, surtout, apprendre.

Ces deux artistes ont eu une enfance très studieuse. Alexandre Astier a intégré dès l’âge de six ans le conservatoire en horaires aménagés, a poursuivi ce cursus durant des années qui l’a également mené à l’American School of Modern Music à Paris, et a obtenu un premier prix de solfège. De longues années d’études fastidieuses, avant de vraiment pouvoir commencer à s’éclater avec tout ce matériau, comme il le dit lui-même, à l’âge de 15 ans. Benedict Cumberbatch a intégré la très huppée école londonnienne d’Harrow où l’enseignement est élitiste. Il a adoré ses années d’études.

Alexandre Astier et Benedict Cumberbatch ont toujours gardé ce plaisir d’apprendre, d’aller au-delà, de s’améliorer. Enfant, Alexandre Astier découvre Bach et est tout de suite fasciné par ce compositeur. Fascination qui le conduit à donner vie à Bach dans le spectacle Que ma joie demeure, toujours en tournée actuellement. Alexandre Astier cherche toujours à s’améliorer. Il a découvert le travail de Josep Campbell, universitaire américain dans les années 50 et renommé pour ses travaux dans le domaine de la mythologie comparée. Il a tout autant été fasciné par les travaux de Christopher Vogler qui se basent sur ceux de Campbell. Il est allé suivre de nombreux séminaires dispensés par Vogler et a invité ce dernier à dispenser une masterclass à Lyon. Il n’y a qu’à écouter Alexandre Astier parler de Vogler ou de Bach pour immédiatement comprendre  son admiration. Lors de Comic Con 2012, j’a eu la chance de pouvoir l’interviewer en table ronde et l’interroger sur cet aspect. « J’ai compris des trucs sur l’écriture, en travaillant les techniques d’écriture, en partant aux États-Unis, en faisant des séminaires. Il y a un monde qui s’est ouvert autour de moi, alors que j’écrivais déjà avant, il y a un truc qui s’est élargi d’un coup. J’ai compris des trucs sur l’écriture dans sa fonction presque physiologique sur les gens.»

On peut reprocher à Alexandre Astier son côté homme orchestre, son obsession de tout contrôler sur ses projets. Bien sûr, il fonctionne ainsi car, sachant exactement ce qu’il veut raconter et comment il veut le raconter, il pense être le mieux placé pour le faire. Mais s’il veut tout faire, c’est aussi parce qu’il veut apprendre, découvrir de nouvelles techniques. Benedict Cumberbatch est dans cette même démarche « Pour moi, chaque boulot est un nouveau commencement, un nouveau point de départ où tu peux apprendre à nouveau et commencer à nouveau. » (Metro le 6 mai 2012). À chaque nouveau rôle, l’acteur se plonge dans d’intenses recherches pour mieux comprendre le personnage, pour l’interpréter de la meilleure façon qu’il soit, pour améliorer son jeu. Chaque rôle est un apprentissage qui lui sert pour le rôle suivant. Danny Boyle, metteur en scène de la pièce Frankenstein dans laquelle Cumberbatch et Jonny Lee Miller alternent les rôles du créateur et de la créature, explique que « plusieurs choses que (Cumberbatch) a mis dans (Scandal in Belgravia, le premier épisode de la saison 2 de Sherlock) étaient de directes mimiques de la créature de Frankenstein. » (Radio Times, 9 avril 2012). Il est intéressant de noter que pour Benedict Cumberbatch, le personnage qu’il a préféré interpréter est celui de Christopher Tientjens dans la minisérie Parade’s End qui se déroule au début des années 1900 et durant la Première Guerre mondiale. Une minisérie d’un esthétisme beau, mais terriblement glacial. Un rôle toutefois intéressant d’un homme guidé par son honneur, son intelligence et qui se met lui-même en prison en épousant par devoir une femme qu’il n’aime pas et en se refusant de succomber à l’amour qu’il porte à une jeune suffragette. L’intérêt de Benedict Cumberbatch ne tient pas seulement au personnage en lui-même, il tient beaucoup à l’époque : « Je suis devenu un peu obsédé par (la Première Guerre mondiale) et la musique de cette période. C’est quelque chose que j’ai réellement dans la peau. J’ai été dans une école qui possède une intense mémoire de guerre et cela m’a rendu très au courant, très conscient des sacrifices de générations d’hommes de notre âge, durant les deux premières guerres, de même que durant toutes les guerres depuis. J’ai rencontré les trois derniers survivants lorsque j’ai lu au Seimitar en 2009. » (Cheltenham Music Festival, 13 juillet 2012). Pour comprendre la soif de connaissance de Benedict Cumberbatch, il n’y a qu’à l’entendre parler d’une discussion de la Royal Society sur la science : « C’était si révélateur, si articulé, et le niveau de la discussion était si vivifiant que c’était juste comme si je planais. Cela faisait très très longtemps que je n’avais pas entendu des idées si extraordinairement claires, de brillants intervenants, des sujets fantastiquement intéressants discutés avec une telle intelligence. » (The Naked Scientist, Special Editions, “Benedict Cumberbatch Naked”, 6 mars 2013).

Ces deux artistes aiment apprendre, mais ils aiment tout autant partager leurs connaissances. « Écrire un truc, c’est transmettre. J’ai toujours envie de transmettre. Et comme j’adore qu’on m’explique quelque chose, au même titre que ça, j’adore expliquer. Je pense même qu’il y a un jour, pas maintenant parce que c’est trop tôt, mais un jour, je pense que j’aurai vraiment des élèves. », Alexandre Astier (interview réalisée en table ronde, Comic Con 2012). Après ses études, Benedict Cumberbatch est parti quelque temps au Tibet afin d’apprendre l’anglais à des moines. Ces deux artistes ne rechignent jamais à expliquer, au contraire, ils le font le plus possible lorsqu’ils en ont l’occasion. Masterlcass, interviews, séances de questions-réponses, tout moyen est bon pour partager. Leurs réponses sont longues, étayées, pesées. Leurs réponses peuvent durer plusieurs minutes et Cumberbatch est ainsi un vrai cauchemar pour les journalistes qui l’interviewent dans le cadre très rigide des press junkets, où chaque seconde est comptée.

Deux esprits qui vont à mille à l’heure

Alexandre Astier et Benedict Cumberbatch ont tout le temps d’être nourris intellectuellement. Il faut dire que leurs esprits sont gourmands. Bien sûr, je suis une monomaniaque obsessionnelle, bien sûr, j’admire ces deux artistes. Mais, même si on ne les aime guère, on ne peut nier leur intelligence. Intelligence qui ne les rend pas toujours faciles à suivre.

Alexandre Astier écrit ses personnages en fonction de l’acteur ou de l’actrice qui leur donne vie. Et pour Kaamelott, certains aspects des personnages sont étroitement liés à leurs interprètes. Il y a donc beaucoup d’Alexandre Astier dans son Arthur. Un Arthur dont l’esprit va plus vite et qui perd plus que souvent patience alors qu’il n’est entouré que de bras cassés. Sa femme, dans une émission de Jean-Luc Delarue, explique qu’il n’est pas toujours simple de vivre aux côtés d’un homme qui réussit tout, qui va aussi vite. Il en est un peu de même pour Benedict Cumberbatch, qui enfant, était un hyperactif avec trouve de l’attention : « Je peux être assez irrité et impatient par moment et ma mère s’inquiète souvent que je puisses me transformer en (Sherlock). (Parfois) je peux voir l’image de ce qui est devant moi et j’attends que tout le monde le fasse aussi vite que moi. » (Morning Edition, 3 mai 2012).
Ces deux artistes ont besoin de challenge, de se dépasser. Rien d’étonnant à ce qu’ils soient tout deux adeptes de sensations fortes.

Deux arrogants qui s’ignorent ?

Alexandre Astier et Benedict Cumberbatch, tout aussi fascinants soient-ils, ne manquent pas de susciter quelques critiques. Et celle qui revient le plus souvent est leur supposée arrogance.

Il est certain que ces deux artistes ne manquent pas d’ego. Et oui, Alexandre Astier aime se la péter : « C’est une frime que j’assume complètement, je n’ai aucun problème avec ça. De la même manière que je n’aurais aucun problème à me balader au bras d’une femme qui fait 20 cm de plus que moi, je serais plutôt fier. Il y en a pour qui c’est insupportable. Moi, j’ai l’impression que ça m’a été légué, ce goût de la frime. Je reconnais chez les enfants et petits-enfants de ce genre de famille italienne une espèce d’esprit m’as-tu-vu dont je me défends plutôt, parce que j’ai fait un peu plus de chemin. …/… C’est un latinisme, une marque qui ressort à un moment, sans que personne ne l’ait encouragée. Je vois moi-même les défauts de cette attitude, j’en suis conscient. Et ça n’a pas forcément besoin d’être assumé, c’est comme un truc qui traîne. J’ai fait le chemin pour l’assumer, c’est-à-dire que j’en rigole. » (Astier et Rollin posent les bases de la pensée moderne, p. 51). Alexandre Astier peut également être assez condescendant, comme sur le plateau de Morandini où il “enfonce” la télé-réalité. Il peut également prendre une certaine distance avec ses fans lorsqu’il estime que leur attitude n’est pas appropriée.

De son côté, Benedict Cumberbatch est taxé de snob. On lui reproche sa stature, son ton, on interprète chacune de ses paroles, souvent sorties de leur contexte et montées en épingle. Il lui arrive aussi de mettre à distance les fans lorsqu’il s’effraie quelque peu de ce que la fascination qu’il suscite peut engendrer.

Mais que ces artistes savent être généreux, et surtout, surtout, talentueux !

Voilà pourquoi je scrute chacun de leur projet, chacune de leur interview. Voilà pourquoi je bois leurs paroles. Voilà pourquoi je chéris ces deux monomanies.

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5 réponses sur “Alexandre Astier et Benedict Cumberbatch : oui, les esprits brillants me fascinent et m’attirent”

  1. La soif d’apprendre est un lien qui unit tous les geeks du monde. Mais ce qui différencie ces deux artistes du commun des mortels est leur immense talent et leur capacité à intégrer, digérer et transmettre leur connaissances… Un peu comme toi 😉

    Je partage ton attirance et fascination pour les esprits brilliants.
    Aussi, tes monomanies me semblent être simplement une passion bien compréhensible pour le talent, la beauté et le dynamisme créatif qui s’épanouissent bien souvent dans les arts vivants.

    Poulpement vôtre,
    P.

  2. Je suis tombée sur cet article par hasard (comme quoi il fait bien les choses ^^)
    Je suis contente de constater que je suis loin d’être la seule à être attirée par les esprits brillants. J’adore le travail de ces deux artistes qui savent faire partager des émotions aussi profondes et variées 🙂
    Bravo et merci pour cet article détaillé et très bien construit 🙂

  3. J’admire le travail de Benedict Cumberbatch. Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu un acteur aussi brillant, sensible, talentueux, ayant toujours une excellente intelligence de ses rôles. A la question « Suis-je snob? », je suis certaine que, à l’instar de Virginia Woolf, il saurait répondre avec vivacité, sincérité et humour. Oui, il est brillant et il n’a pas fini de le montrer, n’en déplaise à ses détracteurs! I love this clever man!

  4. Très intéressant, vraiment très intéressant et j’ai vu pas mal de critiques d’articles sur ces deux bonhommes, mais rarement sont-ils aussi étudiés et aussi perçus « justement » autant dans leurs points négatifs, que dans les positifs… C’est vraiment un beau retracage. J’ai pas réussi à me tirer plutôt du site parce que je voulais voir la suite de l’article. Bravo.

    1. Merci beaucoup pour ce très gentil commentaire ! Et vous êtes le bienvenue ici, donc restez lire autant de temps que vous le souhaitez !

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