Série Series : combien de temps encore la fiction européenne va-t-elle nous mettre une claque ?

La semaine dernière, cher lecteur, chère lectrice, j’étais à Fontainebleau pour la 2e édition du festival Série Series. Au menu de ces quatre jours : projections, rencontres avec les équipes, débats, mais aussi la Journée de la création, centrée sur les enjeux de la création française. Ce festival se veut ouvert sur la production européenne et propose ainsi des séries scandinaves, britanniques, italiennes et s’intéresse également aux productions turques et espagnoles.

Il est plus qu’intéressant de découvrir ces séries, les enjeux qu’elles soulèvent. Et s’il est plus que réjouissant de voir que la créativité est reine en dehors de nos frontières, il est plus que frustrant de se rendre compte à quel point la production française a encore et toujours du mal à s’installer tout à fait.

Des chaînes friandes de fictions locales

Que l’on soit en Scandinavie, en Grande-Bretagne ou ailleurs en Europe, la situation est assez identique : les séries locales sont en première ligne et sont une vitrine pour les chaînes. Il est assez édifiant de constater les pourcentages de séries locales et étrangères diffusées hors de nos frontières ou chez nous.

Alors que chez nos voisins, les séries locales sont majoritaires, force est de constater que chez nous, nous en sommes loin : les séries américaines sont de loin la règle.

Rita (TV2-Danemark) : une dramédie à la liberté de ton hautement réjouissante
Si les séries locales occupent une grande place sur les petits écrans, le public les fait siennes et surtout en redemande. Chez nos voisins européens, les audiences des séries locales sont bonnes, voire très bonnes (il doit bien sûr y avoir des bides, ne nous leurrons pas). En Grande-Bretagne, les téléspectateurs sont tellement attachés aux production britanniques qu’ils ne sont pas toujours très intéressés par les séries étrangères, même si bien sûr les américaines savent avoir leurs faveurs. Mais ce sont presque tout le temps les séries britanniques qui sont diffusées en prime time. En Suède, près de la moitié des téléspectateurs ont suivi en moyenne la première saison de Death of a Pilgrim, adaptation d’un best-seller, qui traite de l’assassinat toujours non résolu du Premier ministre suédois à la fin des années 80.

 

Les séries télé locales occupent donc une grande place sur les petits écrans européens. Mais pas seulement pour faire joli et remplir une grille. Car sache-le, cher lecteur, chère lectrice, les chaînes européennes ont compris que les séries étaient leur image de marque, leur moyen de fidéliser une audience. Je sais, cher lecteur, chère lectrice, vu d’ici, cela fait rêver.

Death of a Pilgrim (SVT- Suède) : un carton d'audience et une série sûrement intéressante si on la découvre dans l'ordre...
Lors de cette 2e édition de Série Series, Nigel Marchant, coproducteur exécutif de la série anglaise Downton Abbey, a expliqué à quel point ITV, la chaîne privée qui la diffuse, a été impliquée. Alors que le budget de la chaîne pour la production de séries n’était pas forcément au beau fixe, ITV a voulu produire ce period drama, a cru en ce projet malgré le coût inhérent à toute production en costume. Le succès fut immédiat et ITV1 concurrence de plus en plus la BBC, comme avec Broadchurch qui a fait un carton. Toujours au programme de cette 2e édition, deux conférences ciblées sur les productions espagnoles qui prennent de plus en plus leur essort et sur les prolifiques productions turques qui envahissent les petits écrans grecs.

 

 

Les scénaristes au cœur de tout

Si un film est avant tout porté par la vision d’un réalisateur, une série ne vit que par son créateur et ses scénaristes. Pour faire vivre des personnages au long cours, pour donner vie à une histoire qui se développe, il faut une cohérence d’écriture, il faut un cap. Les chaînes européennes l’ont bien compris.

Lors de la première édition de Série Series, Ingolf Gabold, ancien directeur de la fiction de la chaîne danoise DR à qui l’on doit la mise à l’antenne de The Killing et Borgen, ne disait pas autre chose : le scénariste doit être au cœur du dispositif, doit pouvoir s’exprimer librement.

Downton Abbey (ITV - Grande-Bretagne) : un succès international qui doit beaucoup à l'écriture de Julian Fellowes

La Grande-Bretagne l’a compris depuis bien longtemps et promeut souvent ses productions via leurs créateurs, talentueux pour celles et ceux qui en doutaient encore. Le scénariste a une place centrale et les réalisateurs sont relégués au second plan. Pour Downton Abbey, une douzaine de réalisateurs ont travaillé depuis le début (4e saison comprise qui est actuellement en tournage). Les producteurs ont beaucoup insisté sur la place centrale de Julian Fellowes, créateur et scénariste unique de la série. Downton Abbey porte sa marque et ne vit que par lui. Si Julian Fellowes décidait d’arrêter d’écrire, la série s’arrêterait car il est absolument inenvisageable de la faire sans lui. Et s’il a été aussi facile de réunir un aussi nombreux casting de qualité, c’est avant tout grâce à l’écriture de Julian Fellowes. Mais il n’est pas toujours aussi évident de travailler avec un créateur aussi impliqué dans son projet. C’est la situation parfois délicate qu’a connu Declan Lowney, le réalisateur de la 1re saison de Moone Boy, cocréée et coécrite par Chris O’Dowd qui tient également l’un des rôles principaux. Il n’a pas été simple pour le réalisateur de trouver sa place alors que celle de Chris O’Dowd était aussi importante, alors que le créateur voulait contrôler le maximum de chose (un Alexandre Astier irlandais en somme. Oui, je place Alexandre Astier dès que j’en ai l’occasion, telle est la malédiction des monomaniaques obsessionnelles).

Moone Boy (Sky - Irlande) : une comédie portée par son créateur Chris O'Dowd

En France, on ne peut peut vraiment dire que la situation soit la même. La télévision a encore beaucoup de mal de prendre sa réelle indépendance par rapport au cinéma, considéré comme l’art majeur par excellence. Le scénariste n’étant pas au cœur du dispositif, les séries françaises manquent très souvent de cap, de ligne directrice. Et cette désorganisation nous a été présentée sans langue de bois à Série Series lors de la conférence sur le son dans les séries (je vous recommande vivement la lecture de l’article que Nicolas Robert du Daily Mars lui a consacré). Durant cette conférence,  nous n’avons rien appris sur la fabrication du son dans les séries (mixage, bruitage, musique…), mais nous avons eu un édifiant état des lieux de la désorganisation qui règne dans la production de série en France. Les deux principales frustrations énoncées par les intervenants : l’absence de showrunner ayant une vision globale du projet, permettant de relier les différentes équipes et l’omniprésence du cinéma comme modèle. La seule série française ayant un fonctionnement convenable semble être Un village français “showrunnée” par Frédéric Krivine, avec un rythme de production régulier, un réel travail collaboratif entre tous les intervenants. Malheureusement, ce modèle reste une exception et ne semble pas devenir la règle.

Les choses commencent-elles à changer ?

Mais alors cher lecteur, chère lectrice, sommes-nous condamnés, nous autres sériephiles français à désespérer de voir la situation s’améliorer au sein de nos frontières ? Je ne peux me résoudre à un tel pessimisme et je veux y croire !

Un village français (France3) : l'exception qui ne tend malheureusement pas à devenir la règle

Je veux y croire car depuis plusieurs années, Canal+ a sa place dans la production de série et s’est même tournée vers la série de genre avec Les Revenants. Et on attend de voir ce que va donner Canal+ Séries.

Je veux y croire car Arte veut elle aussi gagner sa place au soleil et a misé gros cette année avec Ainsi soient-ils et Odysseus. D’autres projets sont à l’étude, mais malheureusement, le budget de la chaîne franco-allemande ne permet pas de produire plus de deux séries par an.

Je veux y croire car France4, via Les Nouvelles écritures, a permis de donner vie à la saison 3 d’Hero Corp que les fans (dont je fais partie comme tu le sais déjà si tu es fidèle parmi les fidèles) réclament à corps et à cris depuis trois ans.

Je veux y croire car OCS, via OCS Signature, développe de plus en plus de séries originales, au ton et au propos décalés (QI et Lazy Compagny, entre autres). Une chaîne avec certes peu de moyens, mais qui, en contrepartie, laisse une liberté totale aux créateurs.

Je veux y croire car TF1 sort de ses formats aussi tranquilles que sans surprise en proposant Falco. Il est vrai que l’on reste dans la série policière, plus qu’habituelle à la télévision française. Mais Falco a un ton radicalement différent des productions de la première chaîne et a été une très agréable surprise.

Il reste bien sûr un gros point noir, une inquiétude qui plane encore et toujours : l’avenir de France Télévisions. Il est tellement désolant de voir le groupe public s’embourber chaque jour un peu plus. Si seulement une politique ambitieuse pouvait être lancée. Si seulement la fiction pouvait être au cœur des investissements. Il est toujours possible de rêver.

Si vous voulez absolument tout savoir de ce qui a été montré et de ce qui s’est dit lors de cette 2e édition de Série Series, lisez sans plus attendre le Daily Mars. La fine équipe composée de Julia Lagrée, Dominique Montay et Nicolas Robert a royalement couvert l’événement.

Share

6 réponses sur “Série Series : combien de temps encore la fiction européenne va-t-elle nous mettre une claque ?”

  1. Tant qu’une chaîne aussi puissante que TF1 ne sortira pas une série totalement originale, polémique et couillue, avec de vrais bons comédiens et une photo digne de ce nom, je crois qu’on peut toujours courir… Donner envie de regarder, de discuter, voire de se révolter, voilà la clé. Actuellement, on ne parle des « Joséphine » et autres grosses machines que pour se foutre de leur gueule (et il y a de quoi, c’est pire que mauvais). Il y a un long chemin à faire…
    Ps : « Falco » qui est un poil au-dessus de la production moyenne de TF1 – ce qui n’est pas très haut – n’est qu’un odieux repompage d’une série allemande à laquelle il emprunte tout, scénar et ton. Bonne surprise et demi donc…

  2. je pense que éxporté des chaine turc en france pourais pas faire trop de mal parce que a force les chaines americaine ca soule un peu

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *