My Mad Fat Diary, l’adolescence, la vraie

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Je sais cher lecteur, chère lectrice, plus d’un mois sans publier un seul billet, cela relève de la torture. Ne crois pas que je ne regarde plus de séries dignes d’intérêt ou que mon envie d’écrire s’est envolée. Loin de là. Mais parfois, le temps manque cruellement.

Me voilà donc de retour pour une série qui m’a totalement emportée : My Mad Fat Diary, série anglaise diffusée sur Channel4, adaptée du livre du même nom et racontant l’adolescence de Rae, jeune fille obèse en 1996. Et pourtant, cher lecteur, chère lectrice, au départ, il était totalement improbable que j’écrive un tel billet un jour. Au départ, je n’ai pas du tout aimé My Mad Fat Diary.

Petit retour en arrière. L’année dernière, ma conseillère de séries en chef (la dénommée @skyefleur) crie tout son amour pour une nouvelle série anglaise. Piquée par la curiosité, je lance le pilot et là, c’est le drame : 1) il y a une voix off (il faudra vraiment qu’un jour je me penche sérieusement sur mon aversion pour la voix off) et 2) les effets visuels façon cartoon m’insupportent. Résultat, j’arrête avant la fin et je classe définitivement My Mad Fat Diary dans la catégorie des “séries sûrement très bien mais absolument pas faites pour moi”.

Mais je devrais pourtant le savoir : il n’y a jamais vraiment rien de définitif dans la vie d’une sériephile (même monomaniaque obsessionnelle). Alors que la saison 2 est diffusée, l’enthousiasme de la miss @skyefleur se fait encore plus présent et plusieurs photos aperçues sur Tumblr me tapent dans l’œil. Et alors que je viens de terminer plusieurs visionnages en cours, je décide de redonner une chance à My Mad Fat Diary. Et là, c’est la révélation.

J’ai rarement vu une série traitant de l’adolescence et donnant à voir ce qu’est l’adolescence, dans tout ce qu’elle a de banal, de terrifiant, de génial. Le tout avec pour héroïne une jeune fille obèse de 16 ans, tout juste sortie d’un hôpital psychiatrique après s’être scarifiée. Gamine et ado, j’avais été marquée par deux séries qui montraient également l’adolescence sans fard : Les années collège et Hartley Cœurs à vif. En découvrant My Mad Fat Diary, du haut de mes 33 ans (je sais, je sais, je fais tellement plus jeune), je replonge 18 ans en arrière et je retrouve mes 15 ans. Je retrouve mes joies, mes peines, les copines et les musiques que j’aimais tant.

L’adolescence, c’est l’enfer

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« Je suis un monstre. » Voilà ce que Rae se répète jour après jour. Voilà l’image d’elle-même qu’elle s’est construite. Elle ne voit aucune raison d’en avoir une autre : elle est grosse, elle se fait insulter dans la rue, elle n’aura jamais de petit ami.

Car voilà l’une des plus terrifiantes épreuves de l’adolescence : la séduction. Durant l’enfance, les choses sont plutôt simples : filles et garçons ne sont pas encore totalement enfermés dans leur genre, ils peuvent jouer ensemble, ils ne sont que des enfants qui s’amusent. Avec l’adolescence tout change. Il ne s’agit plus de jouer ensemble, il s’agit de plaire. Les rapports filles/garçons sont seulement réduits à cet enjeu et gare à celles et ceux qui ne rentrent pas dans ce moule social. Et Rae ne rentre pas dans ce moule social. Elle est intelligente, elle est drôle, mais elle ne sait pas “être une fille”. Les garçons la considèrent comme la bonne pote, mais absolument pas comme digne de tout intérêt sentimental. Comment un garçon pourrait-il vouloir l’embrasser ? Comment un garçon voudrait-il lui faire l’amour (oui, les filles aussi ne pensent qu’à ça) ? Et si un garçon devait tomber amoureux d’elle, comment Rae pourrait accepter cet amour alors qu’elle se déteste ?

L’adolescence, c’est génial

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Heureusement pour Rae, l’adolescence n’est pas qu’une terrifiante période où tous nos repères s’effondrent et dont on n’est pas certain de se relever. L’adolescence, c’est aussi beaucoup d’exaltation et de joies entre potes.

La grande force de My Mad Fat Diary est de nous faire ressentir avec autant de force les peines et souffrances de Rae que ses joies. Dans chaque épisode, on passe du sourire (voire du rire, si, si, j’ai ri, je vous assure) aux larmes avec la même intensité.

Rae n’est pas seule. Lors de son séjour à l’hôpital, elle a noué de profonds liens avec Tix, jeune fille souffrant d’anorexie et Danny, jeune homme un peu perché. Sortie de l’hôpital, elle retrouve sa meilleure amie Chloe et une nouvelle bande de potes : la douce Izzy, Chop et sa grande gueule, le charmant Archie et le sexy Finn. Une nouvelle bande de potes qui devient un gang. Un gang qui adore traîner au pub, à la friterie du coin, sortir. Bref, une bande d’ados comme les autres qui partagent délires, éclats de rire et peines aussi.

L’adolescence, c’est apprendre à grandir

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Mais bien sûr, l’adolescence est avant tout le passage entre la fin de l’enfance et l’entrée dans le monde adulte. Un passage pour le moins compliqué. Et là encore, My Mad Fat Diary est d’une justesse incroyable en n’oubliant pas un pan important de la vie de tout adolescent : les adultes.

Rae entretient une relation compliquée avec sa mère, une mère à la fois aimée et détestée, un grand classique. Mais la tendresse entre cette mère et sa fille ne cesse d’être développée au fil des deux saisons, sans caricature ou facilité.

L’autre adulte qui tient une place importante dans la vie de Rae est Kester, son thérapeute. Un thérapeute peu orthodoxe, qui nourrit une réelle affection pour cette jeune fille qui se déteste tant alors qu’elle a tant pour s’aimer. Une relation particulière se noue entre patiente et thérapeute, dépassant le simple cadre du soin, pour aboutir à une forme d’amitié. Amitié qui connaît ses hauts et ses bas.

Mais apprendre à grandir ne se résume pas seulement à gérer sa relation aux adultes. Il s’agit aussi d’apprendre à regarder autour de soi, à sortir de son nombrilisme, à comprendre que nous ne sommes pas les seuls à souffrir, à prendre conscience des conséquences de nos actes sur ceux qui nous entourent.

Durant deux saisons, Rae apprend beaucoup sur elle-même et sur les autres. Durant deux saisons, Rae m’a beaucoup appris.

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