Doctor Who saison 8 : moins épique, moins impliquante, mais intéressante

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Voilà, ça y est, la 8e saison de Doctor Who vient de s’achever ce week-end sur BBC One. Et en bonne Whovian que je suis, je ne pouvais pas ne pas écrire un billet bilan sur une saison tant attendue.

Saison tant attendue, car malgré tout mon amour de fangirl pour Steven Moffat, la saison 7 peu réussie m’avait déçue. Saison tant attendue, car elle présente Twelve, le nouveau Doctor, celui qui prend la suite d’Eleven, mon Doctor.

Cette saison 8 est un réel changement, dans l’histoire de la nouvelle ère de la série revenue sur les écrans anglais en 2005 et dans l’écriture de Steven Moffat. En résumé : un Doctor plus sombre et moins empathique, moins de mystères, des intrigues plus centrées sur les personnages. Alors que je viens de terminer cette saison, je dois me rendre à l’évidence : j’aime surtout Steven Moffat lorsqu’il se lance dans des mystères sans queue ni tête.

Spoiler alert : si vous n’avez pas encore vu cette 8e saison, ne poursuivez pas la lecture de ce billet.

Ralentir et accepter de creuser les émotions, pas si simple

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On le sait, Steven Moffat adore par-dessus tout les intrigues et les personnages qui vont à toute allure et perdre le public dans un tourbillon d’informations. Un jeu aussi enthousiasmant que dangereux à long terme. C’est ainsi que le mystère entourant Clara et l’imbroglio entourant le nom secret du Doctor ont irrémédiablement mené la saison 7 à sa perte. Le scénariste en chef a donc décidé de lâcher l’accélérateur et de laisser de côté les intrigues à tiroirs pour se concentrer sur les personnages.

Il est certain que cette saison 8 gagne en cohérence et la narration est plus simple. Mais voilà, savoir ralentir le rythme sans perdre en densité n’est pas forcément gagné d’avance. Et il faut le reconnaître, cette saison a perdu en densité. En la découvrant, j’ai eu le sentiment de replonger des années en arrière, lors des deux premières saisons de l’ère Russell T Davies. Alors, cher lecteur, chère lectrice, c’est à ce moment du billet que je fais une nouvelle fois mon hérétique de base, puisque je ne suis guère fan des deux premières saisons de Doctor Who, ce qui ne se fait pas dans le milieu whovian sache-le. Trois raisons à cela : 1) l’absence de mystères imbriqués comme lors des saisons 5 et 6 (pour rappel, j’ai commencé la série par la saison 5, hérésie encore et toujours) ; 2) je n’ai pas accroché à Nine, le Doctor de la première saison (le bûcher n’est plus très loin) ; 3) je n’ai pas accroché à Rose, la compagne du Doctor durant ces deux premières saisons (là, je suis sur le bûcher). À mes yeux, ces deux saisons étaient sympathiques, mais sans plus, seuls les épisodes écrits pas Steven Moffat, alors “simple” scénariste occasionnel, ont particulièrement retenu mon attention. Et c’est tout à fait le sentiment que j’ai eu en regardant cette saison 8 : des épisodes sympathiques, mais qui ne m’ont pas emportée outre mesure. Si ce n’est le génial Listen (8×04) écrit par Steven Moffat à la manière de son passé de “simple” scénariste occasionnel et Kill the Moon (8×07) qui n’a pas été sans me rappeler le sublime Waters of Mars, l’un des cinq Specials de 2009. Et pourtant, les histoires développées dans cette saison 8 sont inventives, les dialogues toujours un régal et les vilains souvent réussis (mention spéciale à Missy of course). Mais voilà, cher lecteur, chère lectrice, il a toujours manqué un petit grain de folie enflammant le tout.

L’autre challenge de cette saison 8 était de s’attarder un peu plus sur les personnages et de prendre le temps de se pencher sur leurs relations et émotions. Pour les détracteurs de Steven Moffat, ce dernier abuse d’une écriture trop cérébrale et froide, déconnectée de l’affect. Je n’ai jamais partagé ce point de vue, car si oui, son écriture est cérébrale, elle est tout autant organique et m’a fait ressentir de belles et dévastatrices émotions tout au long des aventures des différents Doctors. Toutefois, une chose est certaine, son approche de l’affect est très différente de celle de son prédécesseur Russell T Davies. Ce dernier n’avait pas peur d’y aller à fond, quitte à flirter avec la mièvrerie (et en ce qui me concerne la ligne fut franchie quelquefois). Steven Moffat, quant à lui, est bien plus pudique dès qu’il s’agit de traiter l’affect et a pour hantise de flirter avec la mièvrerie. Ce qui l’amène parfois à précipiter quelque peu les événements et émotions. Lors des précédentes saisons qui adoptaient un rythme narratif élevé, cela ne me gênait pas car cela épousait le même rythme et j’y croyais totalement. Dans cette saison 8 moins effrénée, cette distorsion de traitement apparaît de façon plus nette et m’a quelque peu empêchée d’être totalement emportée par le couple Clara/Danny autant que je l’espérais (alors que j’avais été totalement emportée par le couple Amy/Rory et ce dès le départ). En revanche, la relation entre Clara et le Doctor, bien mieux développée et bien plus ancrée que lors de la saison 7 m’a beaucoup plus et pose d’intéressantes questions.

L’intéressante exploration de la confiance

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« Trust no one. » C’est ainsi que Peter Capaldi a résumé cette saison 8 lors de la tournée mondiale promotionnelle l’été dernier.

Steven Moffat l’a toujours dit : Twelve prend une direction bien différente de celles de ses trois précédentes incarnations. Plus sombre, plus distant, plus inquiétant, plus mature. Car c’est bien là que réside tout l’intérêt de cette saison 8 : mettre les personnages face à leurs contradictions et responsabilités.

Nine était un sombre Doctor, portant l’insupportable responsabilité d’un double génocide ayant entraîné la disparition de son monde et de tous les êtres qui lui étaient chers. En rencontrant la douce Rose, il réapprend à être léger et lorsqu’il se régénère en Ten, il choisit d’être un Doctor aux traits plus jeunes et bien plus fun. Eleven prendra la suite naturelle de Ten en accentuant sa fuite en avant pour oublier son si sombre passé qui finira par le rattraper. Eleven qui avait couru comme jamais prend le temps de s’arrêter et d’accepter son destin alors que la fin de son aventure s’annonce. Et il choisit de se régénérer en un être plus âgé qui assume ses erreurs, son passé, mais qui en même temps, ne sait plus trop qui il est. Peut-il se faire confiance ? Est-il vraiment un homme bien ou est-il un monstre qui se fuit ?

Dans ces conditions, Clara peut-elle lui faire confiance et investir le lien qui les unit avec la même intensité qu’auparavant ? C’est la première fois que Steven Moffat gérait la situation dans laquelle une même compagne change de Doctor. Et j’ai aimé la façon dont il l’a abordée. Lorsque Rose assiste à la transformation de Nine en Ten, elle est bien sûr d’abord sous le choc, ne sait pas à quoi s’attendre, mais en l’espace d’un épisode (The Christmas Invasion, Christmas Special 2005), elle est enthousiasmée par cette nouvelle facette du personnage et elle jure de toujours rester à ses côtés. Et je te l’avoue cher lecteur, chère lectrice, j’avais trouvé ça un brin facile (même si ok, comment résister à David Tennant ? Mais non, là n’est pas la question). Pour Clara, les choses sont différentes, car Eleven suit la trajectoire inverse de Ten. Et surtout, Clara n’est pas amoureuse du Doctor (et ça, crois-moi, ça change tout !!!!!). Twelve est complètement perdu lors de son réveil et ne semble guère faire cas de celle qui l’accompagne. Lors de cette première aventure ensemble, chacun va devoir s’habituer à l’autre, accepter l’autre. Et j’ai aimé que Steven Moffat choisisse qu’a priori Clara n’accepte pas Twelve, voire en ai peur. Et j’ai aimé que Steven Moffat choisisse que cela meurtrisse Twelve. Je ne vais pas te mentir, cher lecteur, chère lectrice, la scène finale de Deep Breath (8×01) dans laquelle le Doctor exprime sa peine d’être rejeté par Clara m’a touchée en plein cœur (nul besoin de préciser que l’appel d’Eleven m’a totalement achevée et réduit considérablement mon stock de mouchoirs).

Mais le Doctor peut-il totalement faire confiance en Clara ? Voilà une autre direction choisie par Steven Moffatt qui m’a plu. Lors des précédentes saisons, nul doute n’était permis : les compagnes du Doctor lui témoignait une confiance totale et leur fidélité l’était tout autant. Bien sûr, Donna, la merveilleuse Donna, a mis le Doctor face à ses choix à quelques reprises, mais elle n’a jamais remis en cause le lien qui les unissait. Avec Clara, les choses ne sont pas si simples. Elle choisit de rester à ses côtés, mais elle perçoit les dangers de le faire. Elle perçoit aussi la mégalomanie de ce Time Lord qui a parfois trop tendance à se prendre pour un Dieu. Et c’est là que l’arrivée de Danny dans la vie de Clara est intéressante. Il est souvent arrivé que les proches des compagnes ne fassent pas totalement confiance au Doctor. Les mères ont peur pour leurs filles, les petits-amis sont jaloux et ont aussi peur pour leurs chères et tendres. Mais les petits-amis ne peuvent jamais résister à l’envie de voyager dans le Tardis et de vivre toutes ces merveilleuses aventures. Alors oui, Rory a parfois accusé le Doctor de mettre Amy en danger, mais l’envie d’être un compagnon était plus fort. Avec Danny, tout est différent. Il se fiche de vivre de merveilleuses aventures dans le Tardis car il n’aspire qu’à une seule chose : retrouver la paix de l’âme dans le banal, le quotidien, ce qu’il a sous les yeux, ici et maintenant. Danny ne fait pas confiance au Doctor, non pas parce qu’il est jaloux, mais parce qu’i voit la noirceur du Time Lord et le danger qu’il représente pour celles et ceux qui sont à ses côtés. Mais au lieu de vouloir interdire à Clara de voyager dans le Tardis, il la met à chaque fois face à ses responsabilités et la laisse libre de faire ses choix tout en la soutenant. Une relation ô combien adulte et réjouissante.

Finalement, le Doctor et Clara ne sont pas si différents, ils se posent les mêmes questions sur eux-mêmes et doivent assumer chacune de leurs décisions. Peuvent-ils compter pleinement l’un sur l’autre ? Peuvent-ils se mentir ? Peuvent-ils se trahir ? Cette relation en miroir est sans nulle doute l’une des plus matures de l’histoire de Doctor Who depuis son retour en 2005 et induit qu’ils sont tout deux sur un pied d’égalité.

Et voilà pourquoi, même si Eleven me manque toujours un peu, même si les mystères me manquent toujours un peu, même si les émotions intenses me manquent toujours un peu, je continuerai à suivre les aventures de ce Time Lord.

Doctor Who, saison 8, 12 épisodes, BBC One

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Une réflexion au sujet de « Doctor Who saison 8 : moins épique, moins impliquante, mais intéressante »

  1. Hello,

    Moi j’ai justement aimé ce retour aux sources et à plus de simplicité que me manquait. je trouve que notre cher Steven Moffat ne sais pas gérer correctement trop de complexité et qu’il finit par s’emmêler très souvent les pieds dans son propre tapis! Alors, ou, c’est moins épique, mais moi c’est le coté feuilletonnant que j’aime dans Doctor Who.
    Les goûts et les couleurs! Mais cette saison 8 m’a réconcilié avec la série après une saison 7 bien morne..

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