Cucumber, Banana : réflexion fun, touchante et pleine de sens sur la sexualité

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Et oui, cher lecteur, chère lectrice, me voici de retour après plusieurs semaines de silence pour t’écrire sur mes deux gros coups de cœur de ce début 2015 : les anglaises Cucumber et Banana.

Je te rassure tout de suite, il ne s’agit pas d’explorer les univers insoupçonnés du concombre et de la banane. Il s’agit plutôt d’explorer les univers symboliques du concombre et de la banane (on me dit dans l’oreillette que tu n’es pas forcément plus rassuré(e)…).

Je m’explique. Cucumber et Banana sont deux miniséries faisant partie d’un triptyque auquel s’ajoute Tofu. Un triptyque signé Russell T Davies, scénariste ô combien talentueux (on lui doit notamment la résurrection flamboyante de Doctor Who en 2005) et gay. Après avoir débuté avec Queer as Folk, série suivant trois jeunes homosexuels de Manchester au début des années 2000, Russell T Davies explore une nouvelle fois cet univers, toujours à Manchester, et plus largement l’univers LGBT, avec Cucumber et Banana. Et plus particulièrement la sexualité de cette communauté. Tout est dans le titre : Cucumber, Banana et Tofu représentent différents types d’érection classifiés au sein d’une étude scientifique. Les choses ne sauraient être plus claires. Mais pourquoi un triptyque ? Cucumber comporte 8 épisodes de 60 minutes suivant les aventures d’Henry (Vincent Franklin), gay quadra qui se trouve à un tournant de sa relation de couple avec Lance (Cyril Nri) après 9 ans de vie commune. Banana est une anthologie de 8 épisodes de 25 minutes, où chaque épisode s’attarde sur un personnage en particulier (gay, lesbienne, transexuel…) qui croise à un moment ou à un autre des personnages de Cucumber. Tofu est une série de documentaires d’une dizaine de minutes avec le cast de Cucumber et Banana, cast composé d’acteurs gays, lesbiennes et trans (et mine de rien, c’est un petit peu une révolution) discutant sexualité.

Je ne te cache pas cher lecteur, chère lectrice, que malgré toute l’affection que j’ai pour Russell T Davies, je craignais de ne pas être sensible à cet univers. J’avais tenté de regarder Queer as Folk, mais n’avais pas dépassé le pilot, étant totalement passée à côté de problématiques d’une communauté qui n’est pas la mienne en tant que femme hétérosexuelle. Et je craignais fort d’être une nouvelle fois laissée sur le côté avec Cucumber et Banana. Il n’en fut rien, bien au contraire.

Oui, Cucumber et Banana parlent de la communauté LGBT, de ses codes, de ses enjeux. Mais ces deux séries font bien plus que ça : elles nous emmènent à la découverte de personnages attachants, complexes et dont les questionnements sur leur sexualité sont universels.

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Que les choses soient claires : dans Cucumber et Banana, les scènes de sexe sont légion et souvent crues. Contrairement à certaines (True Blood au hasard), elles ne sont jamais vulgaires et font toujours sens. Contrairement à d’autres (Game of Thrones au hasard), elles ne montrent aucune femme nue. Car oui, même si certains épisodes sont centrés sur des lesbiennes, on n’y voit pas de sexe. Pudeur ? Désintérêt ? Honnêteté de Russell T Davies incapable d’écrire des scènes qu’il ne maîtriserait pas ou qui ne seraient que des clichés ? Toujours est-il que pour une fois, la promesse de voir des seins nus à la pelle n’est pas faite et je ne te cache pas, cher lecteur, chère lectrice, que ce n’est pas pour me déplaire.

Dans Banana, la sexualité est décomplexée, assumée, festive, expérimentale. Les personnages sont tous plus ou moins dans la vingtaine et ne semble guère se poser questions sur leur désir. L’essentiel est de l’assouvir. Les conquêtes s’enchaînent. L’appli de dating Grindr fonctionne 24 h/ 24. L’archétype de cette jeunesse conquérante est Freddie (Freddie Fox), éphèbe bisexuel, qui prend de plus en plus de place dans Cucumber au fil des épisodes. Tout semble lui réussir, il semble être insupportable d’arrogance, mais il s’avère être bien moins manichéen que cela. Comme tous les personnages de Banana d’ailleurs. S’ils sont tout d’abord présentés comme des archétypes, ils gagnent très vite en profondeur, même en seulement 25 minutes. Le secret ? La grande tendresse de Russell T Davies pour tous les personnages à qui il donne vie. Mon chouchou ? Josh dans Banana 05. Et le fait qu’il soit joué par Luke Newberry (qui m’a tant fait pleurer dans In The Flesh) n’y est sans doute pas totalement étranger.

Cucumber Photographed by John Wright

Dans Cucumber, les choses ne sont pas aussi simples. Cela fait bien longtemps que la sexualité de Henry n’est plus conquérente. Mais l’a-t-elle seulement été un jour ? Car oui, Henry ne répond pas à la norme : il est vierge. Il a eu pléthore de partenaires sexuels, il est en couple (du moins au tout début de la série), mais voilà, Henry est terrifié par la pénétration. Cette peur est au cœur des 8 épisodes et permet de poser des questions intéressantes sur la sexualité : qu’est-ce que la normalité ? Doit-on absolument se plier à cette normalité pour s’épanouir ? Est-on prisonnier de sa sexualité ? Depuis la libéralisation de la sexualité à la fin des années 60, le sexe doit faire partie intégrante de nos vies et doit être affiché. Si vous êtes célibataires, vous devez avoir une vie sexuelle bien remplie et variée. Si vous êtes en couple, vous devez avec une vie sexuelle bien remplie et pimentée. Mais à l’inverse de séries comme Sex and the City qui glorifiait ces diktats  sous fond de pseudo libération féminine (ouais, j’avoue, je suis pas super fan de Sex and the City), Cucumber montre le revers de la médaille, celles et ceux qui ne se retrouvent pas dans ces moules soit-disant parfaits. Elle montre aussi que non, le sexe n’est pas forcément glamour. Cucumber peut être sombre, voire tragique, mais elle est tout autant drôle et enthousiaste. Et comme dans Banana, la tendresse pour les personnages transparaît à chaque instant.

Voilà pourquoi durant 8 semaines, j’ai ri et pleuré. Voilà pourquoi durant 8 semaines, j’ai attendu de retrouver ces personnages. Voilà pourquoi ils me manquent terriblement.

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Cucumber, Channel 4, 1 saison de 8 épisodes. Banana, E4, 1 saison de 8 épisodes

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2 réponses sur “Cucumber, Banana : réflexion fun, touchante et pleine de sens sur la sexualité”

  1. Merci merci merci pour ces belles découvertes !
    J’ai « avalé » Banana après avoir lu ton article, je commence « Cucumber » ce soir. J’ai tout simplement adoré l’ambiance, l’accent, la justesse de ton de cette première minisérie. Ton article m’a fait découvrir un univers que je ne connaissais pas et que je m’empresse de faire découvrir autour de moi !

    Encore merci 🙂

    1. Merci beaucoup pour ce très gentil commentaire et enjoy your trip aux côtés des personnages de Cucumber ! Et je découvre ton blog qui est une jolie découverte !

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