Mad Men et moi : amour fou, désillusion et retrouvailles

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Et oui, cher lecteur, chère lectrice, je ne pouvais pas passer à côté des adieux à Mad Men et je ne pouvais pas ne pas écrire un dernier billet sur Mad Men.

Mais je n’écrirai pas une critique sur ce dernier épisode. Parce que beaucoup de choses ont déjà été écrites avec talent un peu partout (je recommande fortement la critique signée Olivier Joyard pour les Inrocks). Parce que l’exercice de la critique pure n’est pas celui dans lequel je me sens le plus à l’aise.

Mad Men est une série avec laquelle j’ai eu une histoire intense et parfois compliquée. J’ai donc décidé de revenir sur ce roman sériephile de sept saisons.

Risque de spoilers élevé, vous voilà prévenu(e)s.

mad-men-season-6-castSaisons 1 à 3 : une passion dévorante

J’ai mis un peu de temps avant de tenter l’aventure Mad Men. L’engouement l’entourant avait tout pour me faire fuir et j’imaginais un produit très beau, très stylisé, mais plus cinématographique que sériel. Et je me plantais. Oui, Mad Men est chic et très stylisée, c’est sa marque de fabrique, son identité. Mais elle ne sacrifie pas ses personnages et leur évolution à l’aulne de la sacro-sainte image parfaite.

En prenant enfin le temps de découvrir cet univers, je suis tombée littéralement amoureuse de ces personnages et de cette atmosphère.

J’ai immédiatement été happée dans ce rythme lent et mélancolique. J’ai tout de suite été happée par ces hommes et ces femmes dont la chute ou l’envol nous sont promis.

Et bien évidemment, j’ai tout de suite été éblouie par Don, cet homme si sûr de lui, si talentueux, si séducteur. Et pourtant Don est un sale type. Il a toujours été et sera toujours un sale type. Mais il est un sale type qui se fuit et qui tente de se convaincre qu’il peut s’en sortir en laissant les autres et ses émotions sur le bas-côté. Son couple avec Betty m’a immédiatement touchée en plein cœur. Betty est souvent mal aimée par les fans de Mad Men : elle est glaciale, une « mauvaise mère”. Mais pour moi, Betty est tout aussi intéressante que Don. Au final, elle est un peu comme Don. Par amour, elle met précocement fin à sa carrière de mannequin et se voit embrasser la destinée de toute femme : rester à la maison pour préparer de bons petits plats pour son mari tant aimé et être une mère aimante et désintéressée. Sauf que Betty ne sait pas faire tout ça. Et ça la ronge de l’intérieur. Et pourtant Don et Betty essayent.

Bien évidemment, Don et Betty ne volent pas la vedette à tous les autres personnages que j’ai aussi appris à aimer. Mais durant ces trois premières saisons, c’est bien la famille Draper qui m’a tenue en haleine et qui m’a procuré les plus belles émotions. Don qui se rêve en père en mari durant la célèbre présentation du Carousel en saison 1, Betty qui confronte Don sur sa véritable identité à la fin de la saison 3 sont des scènes à jamais gravés dans ma mémoire et mon cœur.

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Saison 4 : une passion qui commence à s’estomper

Si les trois premières saisons formaient un tout, la 4e est celle du changement : Don devient célibataire, Betty se remarie, l’agence se tourne vers un nouvel avenir.

Dans un premier temps, je vois toutes ces nouvelles directions d’un œil confiant et cette saison est globalement réussie offrant même une pépite : l’épisode The Suitcase.

Mais voilà, même si je ne veux pas totalement me l’avouer, l’explosion de la famille Draper ne me satisfait pas. Et voir Betty reléguée au second plan encore moins. Ces choix sont justes, cohérents avec ce que vivent les personnages, mais voilà, tout ceci me manque.

J’ai pourtant regardé cette saison 4 avec plaisir, sans être autant transportée que par le passé, mais en étant toujours intéressée par le chemin que tous ces personnages empruntent. L’essentiel en somme.

Je ne devine pas encore que le désamour est proche.

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Saisons 5 et 6 : le temps de la désillusion

Il y a des moments dans la vie d’un(e) sériephile où l’objet de notre adoration semble s’éloigner inexorablement. Et durant les saisons 5 et 6, Mad Men et moi avons vécu séparés.

L’écriture est toujours aussi réussie, les acteurs toujours aussi justes. C’est bien de ma perception qu’il s’agit. Je n’ai pas aimé la trajectoire que Matthew Weiner a décidé. Elle n’était pas mauvaise, elle était simplement celle qui ne me parlait pas.

Voir Don chuter et devenir de plus en plus pathétique était la promesse de départ et était donc un cheminement naturel. Mais voir cette inexorable et sordide chute le temps de deux saisons, c’est long. Très long. Trop long.

Les redites sont inévitables, j’ai le sentiment de tourner en rond, que les traits sont trop appuyés, forcés. Mon ennui se transforme en colère qui se transforme en désintérêt. Tous les personnages m’agacent, plus aucun ne trouve grâce à mes yeux, plus aucun ne me touche. Certaines scènes me mettent dans reel état de malaise. Le couple Don/Megan me laisse de marbre. Betty est réduite à n’être qu’une insupportable caricature d’elle-même. Je finis par me déconnecter totalement de ces hommes et femmes qui m’ont tant émue.

Pourtant, je m’accroche, conservant l’espoir de revoir la flamme se rallumer un jour et alors que je ne m’y attendais plus, je me surprends à aimer le dernier épisode de la saison 6.

Je décide de m’accrocher encore le temps de l’ultime saison. Je veux savoir comment tout ceci va finir. Je veux savoir si Don Draper va mourir.

January Jones as Betty Francis, Jon Hamm as Don Draper, Elisabeth Moss as Peggy Olson, Vincent Kartheiser as Pete Campbell, Christina Hendricks as Joan Harris and John Slattery as Roger Sterling - Mad Men _ Season 7B, Gallery _ Photo Credit: Frank Ockenfels 3/AMC

Saison 7 : retrouvailles tardives mais sincères

C’est donc résignée que j’entame l’ultime saison. Et durant la première partie (la saison a été découpée en deux parties de 7 épisodes diffusés à une année d’intervalle, les joies du marketing), l’ennui et le désintérêt sont toujours là.

Lorsque la deuxième partie arrive enfin, je tarde à la commencer, persuadée que la flamme ne se rallumera plus et fatiguée d’avance de subir ces ultimes épisodes et de ne même pas vibrer durant l’épisode final.

Et puis, me voici regardant les tout derniers épisodes et je n’en crois pas mes yeux : je les aime de bout en bout, je suis pleinement dedans, je redécouvre ces personnages tels qu’ils m’avaient tant manqués, je vois les passerelles que Weiner tisse avec les tout débuts. Ce que je semblais perdu à jamais est de nouveau là et je me laisse emporter avec délectation dans cet univers retrouvé. C’est donc le cœur tremblant que je m’apprête à lui dire adieu.

Cet ultime épisode m’a tout simplement émue aux larmes et rendu heureuse. Rien de moins. Ce final aurait pu être cynique, triste, désabusé. Il n’en est rien. Chaque personnage a droit à sa fin, sa part de tragédie et de bonheur. Betty retrouve enfin de l’épaisseur, alors même qu’elle va disparaître. La relation Betty et Don retrouve de l’épaisseur le temps d’un coup de fil qui m’a dévastée : elle sera à jamais la femme de sa vie, il sera à jamais l’homme de sa vie. Un autre coup de fil m’a fait vibrer, en me comblant de joie cette fois-ci. Un coup de fil en mode comédie romantique qui m’a définitivement réconciliée avec Peggy et qui m’a donné à voir ce que je voulais voir depuis que Stan était entré dans sa vie (oui, je suis une romantique dans l’âme, mais ce sera notre petit secret).

Et puis, il y a la fin de Don. Weiner a eu la très bonne et intelligente idée de montrer la fuite de Don en le montrant fuir réellement. Le voici, le temps de deux épisodes, seul sur les routes à arpenter le pays d’est en ouest, sans réel but. Une sorte d’Odyssée durant laquelle il va devoir se confronter à ce qu’il est, se confronter à ses émotions qu’il a toujours laissées de côté. À l’issue de ce voyage, le Don Draper que l’on a toujours connu est mort. Un autre Don a pris sa place, un Don apaisé. Merci Matthew Weiner pour ce beau cadeau

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