13 Reasons Why : comment regarder un récit qui résonne autant avec soi ?

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Je dois t’avouer une chose cher lecteur, chère lectrice : je me suis longtemps interrogée sur la façon d’écrire le billet que tu es en train de lire. Tout d’abord, j’ai pensé écrire un billet à chaud, à forte tendance analytique, mais sans vraiment de recul. Mais j’ai eu besoin de digérer cette minisérie de Netflix, adapté du roman éponyme, et j’ai commencé à lire de très bons papiers qui pointaient les faiblesses, voire danger d’un tel récit (je te recommande d’ailleurs chaudement le texte de ladyteruki). Du coup, je me suis dit qu’il n’était peut-être pas utile que j’écrive un billet, surtout que je risquais de ne pas réellement apporter grand-chose à l’analyse. Mais vois-tu, cher lecteur, chère lectrice, 13 Reasons Why m’a totalement bouleversée et comme peu de séries le font. 13 Reasons Why a résonné de manière très particulière avec mon histoire et son visionnage a à la fois été difficile et addictif. Alors plutôt que d’écrire une énième analyse sur cette série, je préfère te livrer un billet plus émotionnel.

Mais au fait, 13 Reasons Why, de quoi ça parle ? Le pitch by Wikipedia : Clay Jensen, un adolescent de 17 ans, reçoit une boîte contenant 13 cassettes de la part d’une de ses amies, Hannah Baker, qui a mis fin à ses jours quelques semaines plus tôt. Ces sept cassettes, composées de deux faces à écouter, contiennent chacune deux raisons (une par face, A ou B) pour laquelle la décision d’Hannah Baker était de se suicider. Chaque face correspond également à une personne qui l’aurait poussée à mettre fin à ses jours. La série est divisée en 13 épisodes, chaque épisode contient une raison et une personne.

On ne va pas se mentir : 13 Reasons Why n’est pas la série la plus légère de l’année. Elle aborde les thèmes du harcèlement scolaire, du viol et du suicide. Mais vois-tu, cher lecteur, chère lectrice, je n’avais absolument pas connaissance de ces thèmes lorsque j’ai commencé la série. Lors de sa sortie, j’ai lu plusieurs éloges sur Twitter, saluant la qualité de ce teen show sans rentrer dans les détails. J’étais dans une période où j’avais moins de séries à regarder, étant donné que mes bonbons de la CW étaient en hiatus pour trois semaines et comme il n’y avait que 13 épisodes, j’ai lancé le premier sans savoir vraiment à quoi m’attendre. Et ce n’est pas compliqué : au bout du premier épisode, j’étais totalement en empathie avec Hannah, et encore plus avec Clay.

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Le procédé scénaristique de 13 Reasons Why est très artificiel et peut sembler peu réaliste, voire contreproductif. Mais je te l’avoue, cher lecteur, chère lectrice, ce procédé scénaristique très artificiel m’a procuré un plaisir ambivalent. Tout d’abord, le plaisir à tendance masochiste de me plonger totalement dans une histoire qui a fait resurgir des souvenirs douloureux, avec lesquels je ne suis toujours pas vraiment en paix. Ensuite, le plaisir à tendance sadique de voir les tourmenteurs d’Hannah tourmentés à leur tour. La mission vengeresse que Clay s’assigne de plus en plus d’épisode en épisode a été parfois assez jubilatoire, même si rien n’est jamais simple.

Au départ, j’ai eu du mal à ne pas enchaîner plusieurs épisodes à la suite (car comme toute série de Netflix, tous les épisodes d’une même saison sont disponibles en même temps). Emportée par la narratrice Hannah, je voulais connaître l’identité de la personne de la prochaine cassette, à l’image de la quasi-totalité des personnages de la série. Mais, à l’image de Clay, le narrateur du public, chaque épisode est devenu de plus en plus difficile à regarder et il me fallait du temps pour digérer chaque nouvelle étape de ce récit (ok, pas plus de 24 heures, car oui, j’ai regardé un épisode par jour, faut pas déconner non plus). Et comme Clay, auquel je me suis totalement attachée, j’ai terriblement redouté de découvrir sa cassette et sa découverte m’a totalement retournée.

13 Reasons Why m’a rendu profondément triste pour Hannah et ses parents. Le procédé scénaristique nous rend tellement proches d’Hannah qu’il est terrible de voir arriver son implacable suicide. J’ai eu tellement de fois envie de la prendre dans mes bras, de lui apporter une oreille réconfortante. J’ai eu tellement de fois envie de lui crier que non, sa vie n’est pas fichue, non, elle n’est pas seule, non, elle ne doit pas avoir du dégoût pour elle-même.

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13 Reasons Why m’a aussi mise en colère. Une colère qui ne m’a jamais vraiment quittée depuis mon enfance. Le harcèlement scolaire est un véritable fléau qui se perpétue de génération en génération, comme s’il s’agissait d’un rite de passage immémoriel. Les chiffres sont terrifiants : 12 % des écoliers, 10 % des collégiens et 3,4 % des lycéens subissent du harcèlement scolaire (sévère et modéré), 4,5 % des collégiens subissent du cyber harcèlement, 1 élève sur 5 a connu de la cyber violence (chiffres de l’UNICEF, de l’Observatoire international de la violence à l’école et de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance). Le harcèlement scolaire ne conduit pas automatiquement au suicide bien sûr, mais ses séquelles impactent à vie son rapport à soi et son rapport aux autres. Il s’agit d’un traumatisme, un traumatisme qui a lieu chaque jour, chaque seconde, partout dans le monde. Et le monde des adultes, de fait formé d’anciens enfants et adolescents harcelés, ne prend toujours pas en compte ce traumatisme et la nécessité de le combattre. À chaque fois que des ados victimes de harcèlement scolaire se suicident, la réponse de l’administration scolaire est encore toujours la même : circulez, il n’y a rien à voir, l’école n’est pas responsable. Les choses commencent à changer ces dernières années, des associations ont vu le jour, mais on est encore loin de la prise de conscience collective et pérenne.

C’est pourquoi, aussi controversée soit-elle, 13 Reasons Why met en lumière ce fléau dans toute sa cruauté et sa complexité, et a le mérite de faire parler. Arrêtons d’ignorer la souffrance des Hannah et utilisons la colère des Clay pour faire avancer les choses.

13 Reasons Why, Netflix, 13 épisodes

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