La Passe-Miroir, mon énorme coup de cœur made in confinement

Et oui, cher lecteur, chère lectrice, voici de nouveau sur ce blog un billet fleuve sans gifs qui ne parle pas de super héros.ïnes de la CW. Un billet fleuve qui ne parle même pas de série télé.

Durant le confinement, j’aurais pu écumer les moindres recoins de Netflix, mais j’ai préféré prendre le temps de faire ce que je ne prends plus vraiment le temps de faire au quotidien : lire. Peu avant le fameux 17 mars 2020, j’avais déjà dans l’idée de commencer la saga littéraire La Passe-Miroir écrite par Christelle Dabos, sur laquelle j’avais vu passer quelques articles ici ou là, en me disant que cela pourrait me plaire. Une fois le confinement décidé, je me suis dit que c’était le meilleur moment pour le faire (en m’appuyant bien sûr en priorité sur le réseau des petites librairies locales dès que cela fut possible).

C’est ainsi que début avril, j’ai en main le premier tome de La Passe-Miroir, aka Les fiancés de l’hiver. Avant de lire les premières lignes, je me doutais que cette saga allait me plaire. En lisant les premières lignes, j’ai vite compris que j’allais adorer cette saga. En lisant ce premier tome, j’ai été totalement investie dans cette histoire et ces personnages.

En lisant ce premier tome, je ne réalisais pas encore à quel point cette saga allait m’emporter, me bouleverser et résonner en moi. Cela faisait bien longtemps qu’un récit fictionnel ne m’avait pas procuré autant d’émotions fortes, et inutile de te préciser, cher lecteur, chère lectrice, que je suis en pleine crise de monomanie obsessionnelle aigüe. Le contexte n’y est sans doute pas totalement étranger. L’heure de lecture quotidienne (oui, j’ai beaucoup pris sur moi pour ne pas dévorer chaque tome trop vite, je voulais passer le plus de temps possible dans cet univers et tu sais, cher lecteur, chère lectrice, qu’en tant que sériephile, l’attente est l’un de mes moteurs), assise sous le cerisier de ma copro m’a permis de m’immerger dans cette histoire et d’enchaîner les quatre tomes, et a sans aucun doute sauvé ma santé mentale durant cette période si particulière.

Je ne comprends toujours pas comment j’ai pu passer si longtemps à côté de cette merveilleuse saga, alors que le premier tome est paru en 2013 !! Mais une chose est sûre, cette lecture restera très longtemps dans ma mémoire. En refermant le quatrième et dernier tome, j’ai été littéralement assaillie d’émotions, l’au revoir à cet univers et ces personnages a été douloureux.

Il était donc totalement inenvisageable que je n’écrive pas un billet fleuve sur ce blog, pour crier tout mon amour pour La Passe-Miroir et te donner envie cher lecteur, chère lectrice, de tenter cette incroyable aventure ! Peu importe que cette saga soit classée dans la catégorie Jeunesse, c’est une merveille ! Il m’a fallu plusieurs jours pour digérer cette intense lecture, mais ça y est, ce billet est né ! Prends ma main cher lecteur, chère lectrice, et bienvenue dans cet univers magique !

Un univers très riche qui emporte très loin

Mais au fait, La Passe-Miroir, ça parle de quoi ? Voici le pitch, aka la quatrième de couverture du premier tome.

Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l’arche d’Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d’un complot mortel.

La force des récits fictionnels est de nous plonger dans un univers unique, celui créé par l’auteur.e. Et c’est bien sûr encore plus vrai avec l’univers fantasy, auquel appartient La Passe-Miroir.

Christelle Dabos explique que c’est en se baladant un jour, qu’une image s’est imposée à elle : celle d’un visage sortant d’un miroir. Sont ensuite venues les images des arches, îles flottants dans le ciel, gouvernées par des esprits de famille immortels, disposant chacun.e d’un pouvoir particulier qui est transmis à ses descendant.e.s. L’auteure a bien sûr été très inspirée par Harry Potter et À la croisée des mondes, mais ne compte pas sur moi, cher lecteur, chère lectrice, pour faire une quelconque comparaison, car je n’ai lu aucune de ces deux sagas (ok, techniquement, il y a bien longtemps, j’ai lu le début du premier tome d’Harry Potter, mais j’ai vite arrêté, trouvant l’écriture très enfantine. Oui, je sais, shame on me, toussa, toussa).

Une chose est sûre, Christelle Dabos déborde d’imagination. L’univers qu’elle a créé emprunte à différentes références : mythologies nordique et gréco-romaine, religion, cour de Louis XIV, sans oublier une ambiance steampunk, si chère à mon cœur. Tout ceci pourrait sembler bien indigeste et confus, mais grâce à la construction narrative du récit, il n’en est rien.

La saga de La Passe-Miroir peut être divisée en deux diptyques. Les deux premiers tomes se passent quasi exclusivement sur l’arche du Pôle et les deux derniers tomes prennent place sur celle de Babel. Et chaque tome explore plus particulièrement une partie de chaque arche. Ainsi, en prenant bien le temps de s’attarder sur un lieu, Christelle Dabos permet à ses lecteurs.lectrices de s’immerger totalement. L’écriture est précise, fourmille de détails, mais ne nous perd jamais en route car très visuelle. À travers les péripéties et rencontres de l’héroïne, beaucoup d’aspects sont explorés : les décors, personnages (qui sont tous intéressants et complexes), pouvoirs, objets, inventions, outils, mais aussi les rapports de force et considérations politiques.

Dans toute saga qui se respecte, il faut un.e héros.ïne digne de ce nom pour accompagner les lecteurs.lectrices. Et La Passe-Miroir ne déroge évidemment pas à la règle.

Une héroïne que l’on suit au bout du monde

C’est ainsi que débute La Passe-Miroir. C’est ainsi que l’on découvre Ophélie, qui sera notre guide. Et si tu savais, cher lecteur, chère lectrice, combien je l’aime d’amour !!!!!

Ophélie vit sur Anima, une arche sans histoire, gouvernée par Artémis, maîtresse des objets. Sur Anima, les descendant.e.s d’Artémis ont donc le pouvoir d’animer les objets et chacun.e a sa spécificité. Ophélie est une liseuse hors pair. Dès qu’elle touche un objet, elle ressent et voit tout ce que les précédents possesseurs de l’objet ont vu et ressenti. Un pouvoir qui doit être manié avec précaution et qui oblige Ophélie à toujours porter des gants, dont elle mordille inlassablement les coutures.

Ophélie travaille dans le musée des Archives familiales aux côtés de son grand-oncle et parrain, et cet endroit est son petit paradis. Elle aime explorer le passé et se sent bien plus à l’aise entourée d’objets que d’êtres humains, accompagnée de sa fidèle écharpe.

Ophélie se moque éperdument des conventions sociales. Elle a éconduit les demandes en mariage de deux cousins. Elle se fiche de sa coiffure et de sa tenue vestimentaire au grand dam de sa mère et de sa sœur aînée. Elle a une grande tendresse pour ses petit.es frère et sœurs. Dans cette famille nombreuse, remuante et où l’on parle fort, elle s’exprime peu et d’une voix fluette. Elle n’est pas à proprement parler le mouton noir de la famille, mais elle ne rentre clairement pas dans le moule.

Ophélie est surtout animée par une grande soif d’indépendance, un besoin vital de se construire par elle-même, de ne pas se laisser guider une voie ou un destin par quiconque. Suite à un accident de miroir alors qu’elle était enfant, elle hérite d’une très grande maladresse. Elle décide alors de devenir une liseuse exceptionnelle pour ne pas être réduite à cette maladresse. Cette volonté sans faille s’accompagne d’une grande curiosité et d’une grande intelligence.

Ophélie n’est pas n’importe quelle animiste, elle est une passe-miroir, ce qui n’est pas si fréquent sur Anima, comme lui explique son grand-oncle : « Passer les miroirs, ça demande de s’affronter soi-même. Il faut des tripes, t’sais, pour se regarder droit dans les mirettes, se voir tel qu’on est, plonger dans son propre reflet. Ceux qui se voilent la face, ceux qui se mentent à eux-mêmes, ceux qui se voient mieux qu’ils sont, ils pourront jamais. Alors, crois-moi, ça court pas les trottoirs ! »

J’ai bien sûr aimé Ophélie dès les premières lignes. J’aime son humour discret. J’admire son indépendance, son courage, sa ténacité. Je suis en totale empathie avec ses failles.

La vie d’Ophélie va être totalement bouleversée lorsque les Doyennes d’Anima la fiance à un bien drôle d’étranger venu du lointain Pôle, prénommé Thorn.

Un ship qui m’a chaviré le cœur

Clairement, entre Ophélie et Thorn, ce n’est pas le coup de foudre et leurs fiançailles arrangées n’annoncent rien de romantique.

A priori, tout les oppose. Elle est aussi petite qu’il est grand. Elle est aussi maladroite et impulsive qu’il est méticuleux et psychorigide. Elle vient d’une arche tranquille. Il vient d’une arche où les complots sont la règle et où tous les coups sont permis. Elle est issue d’une grande famille et a malgré tout toujours été entourée d’amour. Il est issu d’une famille déchirée, où en dehors de sa tante Bérénilde, il n’a connu que la haine, le rejet et la violence.

Et pourtant, Ophélie et Thorn ont beaucoup de points communs. Comme elle, il se contrefiche des conventions sociales et de l’opinion que les autres se font de lui. Comme elle, il est animé d’une volonté sans faille. Comme elle, il parle très peu. Comme elle, son rôle d’intendant du Pôle et les chiffres qui défilent sans cesse dans son esprit vif sont son refuge. Comme elle, il cache ses failles.

Ophélie et Thorn sont également bien incapables de faire face à leurs émotions et encore moins de les exprimer (même si les verres des lunettes d’Ophélie changent de couleur à chaque fois qu’une émotion la traverse, une idée que j’adore d’ailleurs). Inutile de préciser que leur communication ne sera pas des plus aisée.

La force de la relation entre Ophélie et Thorn tient à la fine exploration de leurs psychologies. Christelle Dabos excelle dans l’art d’installer et de décrire un univers. Il en est de même avec ses personnages. Non, le mariage arrangé entre ces deux êtres à part ne se transforme pas en un beau mariage d’amour d’un coup de baguette magique. Le développement de leur relation se construit petit à petit au fur et à mesure des quatre tomes. Les sentiments qui vont naître entre eux sont le fruit d’une admiration, d’un grand respect et d’une totale compréhension de qui ils sont. Ophélie et Thorn vont finir par comprendre que « chacun révèle le meilleur de lui-même, comme si leurs failles et leurs insécurités se voyaient guéries par les yeux de l’autre. » Quoi de plus romantique ?

Alors, bien sûr, cher lecteur, chère lectrice, en bonne shippeuse que je suis, le ship Ophélie/Thorn (aka Ophéthorn dans le jargon des fans) a dépassé toutes mes espérances. Les scènes intimes, qu’elles soient émotionnelles ou physiques, sont distillées avec grande parcimonie, je les attendais donc à chaque fois avec impatience. Et je n’ai jamais été déçue par Christelle Dabos. Ces scènes sont totalement à l’image de ces personnages, maladroites voire abruptes, pudiques et intenses à la fois. Elles sont totalement à l’image de ce qu’ils traversent.

Thorn est un personnage masculin à part, unique. Il aurait pu être le cliché du feu sous la glace, mais il est tellement plus que ça, tellement plus nuancé, tellement plus touchant. Petit à petit, il est devenu aussi cher à mon cœur qu’Ophélie et mon empathie pour lui n’a cessé de grandir au fil des chapitres. Je ne m’attendais vraiment pas à autant vibrer pour ce couple si peu conventionnel. Mais je suis tellement heureuse d’avoir autant vibré pour ce couple si peu conventionnel !

Ce lien si particulier entre Ophélie et Thorn va leur permettre de réaliser une quête, elle aussi unique en son genre.

Une enquête, une quête d’identité, une mise en abîme

Christelle Dabos excelle pour installer un univers et développer la psychologie de personnages. Elle excelle tout autant pour développer une enquête haletante. Il m’a vraiment fallu beaucoup de volonté pour ne pas dévorer les chapitres les uns après les autres pour découvrir où cette enquête complexe allait mener Ophélie et Thorn. Je me suis totalement laissée porter par les méandres de l’écriture et je n’ai vu venir absolument aucun twist, quel bonheur ! Et quel bonheur de penser a posteriori à tous les indices qui étaient sous mon nez et que je n’ai absolument pas repérés. Je me délecte déjà de ma future relecture (car oui, il est plus que certain que je relise cette saga une nouvelle fois, voire plusieurs fois d’ailleurs) pour savourer toutes les pièces du puzzle qui se mettent en place, découvrir des détails qui m’avaient échappés, apporter une grille de lecture supplémentaire. Et pourtant, lorsque Christelle Dabos a d’abord commencé à écrire cette histoire uniquement pour elle en 2007, avant de la partager sur la communauté Plume d’Argent, de se laisser convaincre d’envoyer in extremis son manuscrit à Gallimard Jeunesse qui organisait un concours, de remporter ledit concours et donc d’être publiée, elle n’avait absolument aucune idée où cette quête allait la mener et mener ses personnages. Un sacré tour de force qui n’a pas été si simple, car il n’a pas forcément été si simple de porter cette histoire durant douze ans : « J’ai été très angoissée par l’écriture de ce dernier tome, j’ai fait beaucoup de crises d’angoisse qui se sont arrêtées au moment où je l’ai terminé. J’avais vraiment peur d’arriver à la fin mais je savais que c’était nécessaire. Quand on cohabite aussi longtemps, l’identité finit par se construire autour. Je me demandais parfois ce que j’étais au-delà de “La Passe-Miroir”. En ce sens, lui dire au revoir a été une sorte de petite mort. Mais je réalise que je suis toujours là, avec l’envie et la curiosité d’explorer autre chose, qui ne soit pas une mauvaise reproduction de “La Passe-Miroir”.  » (interview publiée sur le site de l’Huffington Post, le 24 décembre 2019).

Cette enquête n’est pas seulement haletante, elle traite de sujets passionnants et fondamentaux. Le premier d’entre eux est l’une des questions les plus fondamentales qui soient : « Qui suis-je ? » Ce questionnement autour de l’identité est indissociable de la notion de mémoire. Comment savoir qui l’on est si sa mémoire a été altérée ou amputée ? Comment réussir à avancer si sa mémoire est infinie ? Comment se construire collectivement si le passé est tabou ? Ce questionnement autour de l’identité amène également toute une réflexion autour du libre arbitre. Est-on uniquement le résultat de ses choix ou y a-t-il une destinée à laquelle on ne peut pas échapper, un chemin tout tracé par sa famille, son passé ? Comment lutter encore et toujours pour rester maître.maîtresse de sa vie ?

La Passe-Miroir est également une mise en abîme de la relation créateur.créatrice/créations par rapport à la création par un.e auteur.e de personnages. À quel moment des créations échappent à son.sa créateur.créatrice ? D’ailleurs, dans plusieurs interviews, Christelle Dabos a expliqué qu’Ophélie s’émancipait d’elle durant le quatrième et dernier tome.

L’importance de l’écrit, du récit, de l’objet livresque est tout aussi fondamentale. De même que le thème de la solitude. Tu l’auras compris, cher lecteur, chère lectrice, La Passe-Miroir est une saga qui est bien plus profonde que ce que l’on pourrait croire au premier abord.

Bonus

Ma monomanie obsessionnelle aigüe pour cet univers et ces personnages m’a permis de faire de très jolies découvertes car mon expérience avec La Passe-Miroir ne peut s’arrêter là (bien sûr, en tant que fan, je rêve d’une éventuelle adaptation en série, film, bande dessinée, animation que sais-je, tout en la redoutant).

J’ai donc découvert la chaîne YouTube Bulledop, où une vlogueuse de talent parle avec enthousiasme de son amour des livres. Et bien sûr, elle est totalement fan de La Passe-Miroir !!!

Et bien sûr, en bonne monomaniaque obsessionnelle qui se respecte, j’écume Internet à la recherche de beaux fanarts et bien sûr, j’en ai trouvé et quels fanarts ! Que d’illustratrices talentueuses dont j’ignorais l’existence ! Voici quelques exemples qui te donneront, cher lecteur, chère lectrice, une idée visuelle de cet univers magique.

Et bien voilà, cher lecteur, chère lectrice, ou plutôt cher liseur, chère liseuse, comme l’écrirait Christelle Dabos, j’espère que ce billet fleuve et enflammé (qui aurait pu être encore bien plus long, tellement il y a de choses à dire sur cette saga et de personnages à explorer), t’a donné envie de découvrir La Passe-Miroir et si ce n’est pas le cas et bien, je ne peux rien faire de plus pour te convaincre ! Les trois premiers tomes sont sortis au format Poche (mais j’ai préféré la version grand format, les couvertures sont tellement belles), et cela sera le cas plus tard pour le quatrième tome, sorti en décembre dernier, donc fonce, tu ne le regretteras pas ! Bon voyage !

La Passe-Miroir, par Christelle Dabos, éditions Gallimard Jeunesse. T1 Les fiancés de l’hiver. T2 Les disparus du Clairdelune. T3 La mémoire de Babel. T4 La tempête des échos

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