Revoir Alias 20 ans après et aimer Sydney Bristow comme au premier jour


Et oui, cher lecteur, chère lectrice, me voici de retour pour un nouveau billet. Et bien sûr, tu te dis qu’en cette période de reconfinement et de disette de séries de networks américains pour cause de suspension de production due à la pandémie mondiale, je vais écrire sur une série vue sur Netflix. J’aurais pu. Mais non, aujourd’hui, je t’écris au sujet d’une série qui aura 20 ans l’année prochaine et dont la rediffusion de l’intégrale sur AB1 s’est terminée il y a peu. Et pas n’importe quelle série : Alias.

Alors bien sûr, seul.e.s les plus de 30 ans peuvent comprendre mon emballement en évoquant cette série. Il faut bien que tu comprennes, cher lecteur, chère lectrice, qu’Alias a une place toute particulière dans mon cœur et au moment de sa diffusion sur M6, je suis tombée raide dingue de cette série. À tel point que je me suis lancée dans un trafic de VHS vierges données à une collègue de ma mère pour qu’elle puisse m’enregistrer les épisodes en VO sous-titrée qui passaient sur Téva avant M6, tellement il m’était difficile de patienter entre deux saisons.

Alors bien sûr, lorsque j’ai découvert qu’AB1 rediffusait l’intégrale, je ne pouvais pas passer à côté (intégrale qui était d’ailleurs diffusée en même temps que l’intégrale de Charmed sur 6Ter, la TNT sait décidément me parler), surtout qu’en dehors des deux premières saisons, mes souvenirs étaient assez flous voire inexistants, ce qui m’a permis de revoir les dernières saisons comme si c’était la première fois.

Alors bien sûr, en écrivant un billet sur Alias, je pourrais écrire sur les intrigues alambiquées, le délire mystique autour de Rambaldi, les trahisons, les agents double-triple-quadruple, la technologie qui a bien vieilli (et le seul élément de la série qui a vieilli d’ailleurs), Michael Vaughn qui a fait battre mon cœur de jeune midinette (oui, j’avais 21 ans en 2002). Mais ce qui fait Alias avant tout, ce qui lui donne son âme, ce qui fait oublier les éléments WTF de l’intrigue, c’est son héroïne : Sydney Bristow.

Spoilers everywhere

Sydney Bristow, exceptionnelle et normale à la fois

Le pilote donne tout de suite le ton : Sydney Bristow n’est pas une héroïne comme les autres. Elle est une espionne hors-pair, dotée d’une volonté sans faille et flamboyante. La fameuse perruque rouge qu’elle y arbore est très vite devenue iconique.

Dès le départ, les capacités exceptionnelles de Sydney sur le terrain sont mises en avant et valorisées par son entourage. Elle est la meilleure et tout le monde le reconnaît sans problème ou jalousie, notamment de la part des personnages masculins. Elle suscite l’admiration et est crainte de ses adversaires. Bien sûr, au fil des saisons, on apprend que son destin exceptionnel a été écrit il y a des siècles (je t’avais prévenu.e cher lecteur, chère lectrice au sujet du délire mystique autour de Rambaldi), mais cette destinée n’est pas la seule chose qui la définisse ou qui justifie ses talents.

Mais aussi exceptionnelle soit-elle, Sydney est une jeune femme qui a envie d’avoir une vie comme n’importe quelle jeune femme : elle vit en colocation avec ses deux meilleurs amis, elle suit des études en parallèle de sa double vie (ok, cela ne durera pas longtemps), elle tombe amoureuse (ok, son fiancé est tué dès le pilote et sa vie amoureuse ne sera pas des plus simples par la suite). Au fil des saisons, ce besoin de normalité ne la quittera jamais et tous les petits moments de vie quotidienne glanés ici et là sont autant de cadeaux pour elle que pour nous.

Cette dualité exceptionnelle/normale est parfaitement incarnée par Jennifer Garner. Elle est belle, mais pas d’une beauté éblouissante de magazine de mode. Son physique ne correspond pas forcément à des canons de beauté normatifs : elle a un visage assez carré, une silhouette sportive, une démarche assez “masculine”. Et c’est ce qui fonctionne : elle est tout autant crédible en super agent capable de se sortir de n’importe quelle situation qu’en ”girl next door” que l’on adorerait avoir comme copine. Inutile de te préciser qu’à 21 ans, mon identification à Sydney et mon empathie pour elle ont été immédiates.

Sydney Bristow, badass et vulnérable à la fois

Forcément, Sydney est super badass et c’est un kif de la voir dégommer ses adversaires avec grande efficacité. Mais heureusement, elle n’est pas que ça. La tentation aurait été grande de faire de cette super espionne uniquement une super espionne pour montrer à quel point cette héroïne est une femme forte. Cela aurait pu être le cas dans le cadre d’un film, mais lorsqu’il s’agit d’une série, il faut creuser les personnages et leur donner plusieurs dimensions.

Oui, Sydney est quasiment invincible sur le terrain, mais son autre force est sa vulnérabilité, son empathie, sa tendresse. Des qualités qui encore une fois sont mises en avant et valorisées et ne sont pas non plus identifiées comme des qualités féminines (nombre de persos féminins de la série ne les possèdent pas et d’autres personnages masculins en sont également dotés). Il est appréciable que l’on ne nous ressorte pas l’éternel discours : ”les émotions sont une faiblesse”, ”le devoir avant tout”. Dans un même épisode, Sydney peut se livrer à une baston sans faille avec un sang-froid de dingue, être bienveillante avec ses proches, se laisser submerger par ses émotions et pleurer si elle en ressent le besoin.

Cette complexité est parfaitement illustrée par la grossesse de Sydney. Les scénaristes ne l’avaient sans doute pas prévue, et la première grossesse de Jennifer Garner a sans doute modifié les plans de la writers room. Cette grossesse est donc totalement intégrée à l’histoire et durant les premiers mois de sa grossesse, Sydney reste toujours la super badass Sydney. Et personne ne remet en question le fait qu’elle soit sur le terrain ou estime qu’elle serait moins efficace parce qu’elle est enceinte. Mais elle est aussi une future mère qui vient de perdre le père de son enfant et qui va devoir l’élever seule, perspective qui bien sûr la terrifie (surtout que niveau modèle maternel, elle n’a pas vraiment été gâtée). Et tous ces moments de doute, mais aussi de joie à l’idée de devenir mère sont précieux et m’ont beaucoup touchée, encore plus au second visionnage.

Sydney Bristow, la résiliente

Une chose est sûre, les scénaristes ont décidé que durant les cinq saisons, Sydney allait grave en baver et que rien ne lui serait épargné, chaque petit instant de bonheur semblant annoncer une catastrophe imminente.

Là encore, on aurait pu avoir une héroïne inébranlable qui surmonte chaque catastrophe et traumatisme comme si de rien n’était, mais heureusement, ce n’est pas exactement le cas. Bien sûr, Alias n’a pas toute la dimension psychologique de The Americans (série que je te recommande très chaudement cher lecteur, chère lectrice, et qui est disponible sur Amazon Prime, fin de la parenthèse), mais on y voit souvent une Sydney ébranlée et perdue face à tout ce qui ne cesse de lui tomber sur la tête. Il y a notamment cette scène lorsqu’elle retrouve Will en saison 3 et auprès de qui elle avoue sans peur et retenue à quel point elle n’a plus aucun repère, à quel point sa vie est difficile à supporter à ce moment-là, à quel point elle se sent terriblement seule et isolée. Elle reconnaît en toute honnêteté qu’elle ne vas pas bien. Et il est très important de montrer à quel point Sydney va mal à cette période de sa vie, car il ne peut en être autrement, à moins de faire d’elle une psychopathe. Il est très important de montrer cette héroïne capable de tant de prodiges être si démunie et demander de l’aide.

Il est également très important de montrer comment Sydney va réussir à chaque fois à surmonter ses traumatismes et à continuer d’avancer. Elle ne le fait pas seule, armée de sa seule volonté, mais entourée de celles et ceux qu’elle aime et qui lui apportent leur soutien. La résilience est une qualité propre à chacun.e, mais elle ne peut totalement se mettre en place sans un soutien autour de soi. Et voir Sydney sourire grâce à ses proches est une grande joie et un message d’espoir pout toutes celles et tous ceux qui traversent de dures épreuves, que l’on soit jeune adulte ou plus âgé.e.

Alors oui, j’ai été satisfaite de la fin de la série qui donne enfin du répit à Sydney et lui offre le bonheur simple d’une vie de famille agrémentée de quelques missions en mode mercenaire (mais pour la bonne cause of course). On pourrait trouver cela cucul ou simpliste ou se dire ”tout ça pour ça”. Je pense qu’il aurait été tout aussi simpliste et facile de finir la série sur une note tragique. Sydney Bristow est toujours là et bien là. Et c’est tout ce qui compte.

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