
Aujourd’hui, cher lecteur, chère lectrice, j’ai décidé de me pencher sur un sujet sérieux : la place de la religion dans les séries made in USA. Mais quelle mouche m’a donc piquée ?
Non, je ne suis pas victime d’un soudain besoin de spiritualité en cette année de fin du monde. Je suis une simple Française athée, limite anticléricale, et j’ai toujours eu du mal avec cette présence omniprésente du religieux. Cela a été particulièrement le cas dernièrement, alors que je découvre à peine Friday Night Lights (honte sur moi, je sais). Le pilot, en particulier, compte de nombreuses scènes de prières collectives et j’ai ressenti une certaine gêne en les découvrant. J’ai donc décidé de l’expier en me penchant de plus près sur cet aspect, pour le moins fondateur, de la nation américaine et donc de la façon dont il est transcrit sur le petit écran.
Ce petit tour d’horizon est loin d’être exhaustif, totalement subjectif et sûrement de mauvaise foi.
LES FONDEMENTS
Les Américains sont nés de ces migrants anglo-saxons et protestants venus tenter leur chance sur ce continent plein de promesses, les WASP. Après avoir débarqué sur la côte Est, ils ont peu à peu investi tout le pays et notamment l’Ouest sauvage. Ces hommes et ces femmes ont dû faire face à plusieurs problèmes : tout était à construire, une nature parfois hostile, l’isolement, les maladies et des Indiens remontés (d’un autre côté, qui ne le serait pas en voyant des étrangers sûrs de leur fait clamer que votre terre leur appartient, mais c’est un autre débat…). Leur seul salut : faire face ensemble, faire partie d’une communauté qui se sert les coudes. Et quel meilleur endroit pour souder une communauté que de se retrouver tous les dimanches à l’église pour l’office ?
Trois figures sont donc essentielles : le médecin, qui peut vous sauver la vie, l’instituteur (enfin, surtout l’institutrice…) qui détient le savoir et le pasteur (ils sont protestants ne l’oublions pas) qui vous guide vers Dieu. On retrouve parfaitement ces trois figures dans les séries qui ont pour décor l’Amérique du XIXe comme La petite maison dans la prairie (30 mars 1974-21 mars 1983, NBC) et DR Quinn, femme médecin (1er janvier 1993-16 mai 1998, CBS.)
Rien de plus normal donc, que de nos jours, la société américaine soit en grande majorité croyante (quelle que soit la foi en question) et que la religion ait une place aussi importante à tous les niveaux. Dans un procès, on jure de dire la vérité sur la Bible. Le président des États-Unis prête serment sur la Bible. D’ailleurs, il me semble que Barack Obama est le premier président à avoir évoqué les athées dans son discours d’investiture (mais je peux me tromper). Et surtout, la devise suprême de la nation est God save the United States of America, qui n’est pas sans rappeler bien sûr le titre de l’hymne national anglais God save the Queen.
La grande force des séries américaines est de nous peindre avec exactitude sa société. Elles donnent donc toute sa place à la religion.
LES ANGES ET LA SECONDE CHANCE
Qui dit religion, dit valeurs : amour du prochain, compassion, pardon, seconde chance.
Les routes du paradis (19 septembre 1984-4 août 1989, NBC) : après avoir incarné à jamais pour toutes les filles de la planète Charles Ingalls, alias l’homme qui coupe du bois comme personne, Michael Landon revient sous les traits de Jonathan Smith, un ange envoyé sur Terre par Dieu pour amener amour et compassion à ces pauvres humains désœuvrés. Il est aidé de Mark Gordon (Victor French, lui aussi un ancien de La petite maison dans la prairie), ex-policier.
Comme le pitch l’indique, c’est tout plein de bons sentiments. Mais j’étais gamine à l’époque alors je me laissais doucement porter par tout cet amuuuuur.
Les anges du bonheur (21 septembre 1994-27 avril 2003, CBS) : Monica et Tess sont deux anges qui, je vous le donne en mille, ont été envoyées par Dieu sur Terre pour rappeler à des humains… désœuvrés qu’Il ne les as pas oubliés.
Comme son pitch l’indique, c’est vraiment dégoulinant de bons sentiments. À l’époque j’étais ado, donc beaucoup moins sensible à toute cette mièvrerie. Mais en bonne ado qui se respecte, je passais pas mal de temps devant ma télé et devant M6.
Destins croisés (1999-2001, Canada) : Jones est un ange à part, il est l’avocat qui plaide la cause des morts auprès du tribunal. Il permet à ces pauvres humains qui ne se sont pas toujours très bien comportés de repartir dans le passé afin de corriger certaines de leurs erreurs.
Là encore, c’est tout plein de bons sentiments et j’avais passé l’âge de passer pas mal de temps devant ma télé.
LA SACRO-SAINTE FAMILLE
Tout le monde vous le dira : si l’être humain a bien une mission sur terre, c’est de fonder une famille (et tant pis pour ceux qui ont décidé de faire les rebelles) ! Mission ô combien vantée dans toute religion qui se respecte. Rien de plus normal qu’on retrouve cette thématique à toutes les sauces dans les séries.
Alors oui, je suis un petit peu de mauvaise foi, car toutes les séries mettant en scène une vie de famille ne font pas la pub de la dernière église évangéliste qui vient de sortir et la famille est un terreau inépuisable pour des scénarios.
Mais tout de même, il est très courant de trouver dans les séries des scènes où règne la mièvrerie et qui ne sont pas toujours des plus crédibles.
7 à la maison (26 août 1996-13 mai 2007, WB et CW) : LA série qui illustre la belle vie de famille et la place de la religion.
Nous avons donc les Camden : le papa est pasteur, la maman est mère au foyer et fait de bons gâteaux, leurs 5 enfants sont plus ou moins gentils (mais rassurez-vous, il ne se passe rien de bien grave, faut pas déconner non plus). Alors, oui, j’avoue, il m’est arrivée de regarder 7 à la maison, tout en me disant que cette famille n’était franchement pas crédible. Toutes des longues discussions, ces interrogations, ces sentiments exprimés, on ne voit ça dans aucune famille normalement constituée, non ? Bon ok, ma famille préférée, ce sont les Fisher de Six Feet Under, plus névrosés les uns que les autres, incapables de communiquer ou d’exprimer leurs sentiments, bref que des qualités.
LE CAS STARGATE SG-1
Alors là, cher lecteur, chère lectrice, tu dois te dire que ma santé mentale a définitivement foutu le camp. Que vient faire Stargate SG-1 dans ce billet ? Je vais tout t’expliquer.
Stargate-SG1 a beaucoup de qualités (si, si) dont celle d’avoir un regard plutôt distancié sur la foi à outrance et le pouvoir qu’elle procure à ceux qui en abusent.
Il y a tout d’abord les Goau’lds, ces faux dieux, qui font régner la terreur sur des peuples asservis. Toute la bataille de Teal’c, puis des autres jaffas (soldats des Goa’ulds eux aussi asservis de la pire des façons) est de démontrer la supercherie de ces parasites et de permettre aux peuples de gagner leur liberté.
Il y a surtout les Oris, des êtres supérieurs devenus pure énergie qui tirent leur force de la dévotion de leurs fidèles et qui n’ont qu’un objectif : conquérir toutes les galaxies possible et exterminer quiconque se mettrait en travers de leur funeste projet.
Il y a également plusieurs épisodes isolés qui ont pour cadre des planètes où les sociétés, moyenâgeuses, sont régies par une religion et un clergé absolus, digne de notre plus florissante inquisition.
Bien sûr, on ne peut pas voir dans Stargate-SG1 un rejet de la religion à proprement parlé et tout ceci peut sembler bien éloigné de nos considérations actuelles. Pourtant, à travers ses thématiques, les scénaristes montrent que la religion n’est pas que bons sentiments et entraide, mais qu’elle est surtout l’exercice d’un pouvoir.
LES HÉROS FRANCHEMENT ATHÉS EXISTENT MAIS ILS SONT SOCIALEMENT INADAPTÉS
Tout de même, les séries américaines ne sont pas que guimauve et bondieuseries. On peut même trouver des héros qui ne croient en rien et qui rejettent la religion. Mais bizarrement, ils ne sont pas comme tout le monde.
Bones : Temperance Brennan est une anthropologiste criminelle de grand talent : soumettez-lui le squelette de n’importe quelle personne assassinée, elle trouvera toujours la cause de la mort et accessoirement celui ou celle qui l’a donnée. En scientifique totalement dévouée à la science, elle ne voit dans la religion qu’une chimère dans laquelle se réfugient de pauvres humains en quête de réconfort, réconfort qu’il est inutile de chercher. Et elle ne comprend absolument pas la foi catholique de Booth, son partenaire et agent du FBI. Mais voilà, il manque à Bones une chose essentielle : savoir vivre parmi les humains bien vivants. Elle n’a aucune empathie, aucun sens de l’humour, elle décortique chaque émotion de façon cérébrale et pragmatique, bref, elle est complètement à côté de la plaque une fois sortie de son labo.
House : ah, ce cher Dr House, version médicale de Sherlock Holmes, est un sacré jojo. Bien sûr, il ne croit pas en Dieu et il prend un malin plaisir à ridiculiser ceux qui ont la faiblesse d’avoir une foi. Il va même jusqu’à se mettre en situation d’expérience de mort imminente pour prouver qu’il n’y a ni lumière blanche, ni tunnel. Son obsession de la vérité le pousse à rejeter toute forme de croyance qu’il voit comme un mensonge. En est-il plus heureux pour autant ? Seul, drogué, incapable de se connecter à quiconque de façon sincère (en dehors de son souffre-douleur mais néanmoins meilleur ami Wilson), on ne peut pas dire que sa vie sans religion soit une totale réussite.
Patty Hewes (Damages) : si vous êtes riches et puissants et que vous avez affaire à la justice, priez de toutes vos forces pour que Patty Hewes ne représente pas la partie civile. Ce à quoi cette chère Patty vous répondra qu’il ne sert à rien de prier. Élevée dans une famille croyante comme toute famille américaine se doit d’être, elle s’est détournée de la religion, la perçoit comme une faiblesse (et autant vous dire que Patty Hewes met un point d’honneur à ne jamais être faible). Bien sûr, dans la dernière saison, alors que pour une fois elle est vulnérable et impuissante, elle accepte de déroger à la règle, mais cela reste une exception tout ce qu’il y a d’exceptionnelle. Enfin, comme ses précédents comparses, Patty n’est pas la plus équilibrée des femmes et on peut même dire qu’elle a un bon potentiel de sociopathe : la manipulation, l’humiliation n’ont plus aucun secret pour elle et tout moyen est bon pour arriver à ses fins, quelles qu’en soient les conséquences. Bien sûr, elle est terriblement seule et haïe par son fils unique.
Dexter : s’il y a bien une chose dont Dexter est certain, c’est qu’il ne croit en rien. Dexter, est un brillant analyste en tâches de sang pour la criminelle de Miami, il est un petit copain charmant et adore les enfants de la petite copine en question. Dexter est aussi un tueur en série qui ne peut lutter contre ses pulsions meurtrières. Pas vraiment le profil du type pleinement épanoui. Heureusement, son gentil papa adoptif lui a appris à ne tuer que les criminels qui s’en sortent et à ne jamais se faire prendre. Ouf. Le rejet de la religion est l’une des premières choses mises en avant chez ce personnage dans le pilot. Dans la scène d’ouverture, il traque et capture un gentil chef de chorale de jeunes garçons qui a le tordu penchant d’aimer ces jeunes garçons plus que de raison et de les assassiner. Alors que ce citoyen sans histoire entame une prière face Dexter, celui-ci le gifle et lui dit « Stop ! Cela n’a jamais aidé personne. » La dernière saison en date, est allée encore plus loin puisque tout tournait autour de la religion : les méchants que Dexter doit attraper, l’éducation religieuse qu’il doit donner ou pas à son fils et surtout la question de sa rédemption. Dexter peut-il sauver son âme ? Et c’est bien ce qui m’a déçue dans cette saison, la vision encore manichéenne entre le bien/le mal, la lumière/les ténèbres. Rien de bien subversif, que du consensuel.