Aujourd’hui, cher lecteur, chère lectrice, je vais t’apprendre une terrible vérité : je ne suis pas une sériephile parfaite. Et oui, je dois confesser mon terrible défaut : je ne regarde pas les comédies. Pourquoi ? Parce que la plupart du temps, elles ne me font pas rire.
Je dois reconnaître que mon penchant naturel va vers les dramas, où les personnages sont tortueux, torturés, névrosés, complexes. En clair, les séries où la gaudriole ne se trouve pas à chaque réplique. Je fais pourtant quelques efforts et tente (parfois, ok, pas souvent) de regarder la dernière comédie dont tout le monde vante le pouvoir hilarant. Le résultat est toujours le même : à mon avis, je dois être immunisée. Je te rassure tout de suite, cher lecteur, chère lectrice, je ne suis pas du tout une personne sinistre, fantasmant la mort et portant sur chaque bras quelque scarifications bien déprimantes. Non, j’aime rire et faire rire. Mais alors, pourquoi ce rejet des séries estampillées “comiques” ?
Les sitcoms : un quotidien que je veux fuir
LA série comique par excellence est la sitcom. La recette ? Peu de personnages, peu de lieux, des rires enregistrés et des situations du quotidien : les amis et les amours (Friends, Coupling, How I Met Your Mother, The Big Bang Theory à sa manière), le boulot (The Office, Caméra Café même si ok, c’est une shortcom et pas une sitcom), la famille (Modern Family).
Et voilà tout le problème : le quotidien. Des amis, des collègues, une famille, j’ai déjà tout ce qu’il me faut dans ma vie. Depuis toujours, j’ai fui le quotidien à travers mon imaginaire et celui que je découvrais lors de mes nombreuses lectures. J’adorais passer des heures dans une vie qui n’était pas la mienne, dans des pays qui n’étaient pas les miens, dans une époque ou un monde qui n’avaient rien à voir avec ce que je vivais tous les jours. D’ailleurs, mon amour pour les séries est tout à fait comparable. J’ai besoin de m’évader dans une bulle, de créer un lien avec des personnages au fil des épisodes et des saisons, comme je le faisais au fil des pages et des tomes.
Autre problème des sitcoms, les ressorts comiques qui ne fonctionnent pas vraiment avec moi. Les quiproquos, les clichés, les vannes faciles… Et surtout, l’humiliation de certains personnages. Je pense en particulier au pauvre Jeff de Coupling, qui n’arrête pas de se mettre dans des situations inextricables. Là où la plupart des gens en rient, ces scènes me mettent mal à l’aise et je n’ai qu’une envie, qu’elles prennent fin rapidement (du coup, je fais avance rapide, sacrilège ultime).
Les exceptions
Bien sûr, comme toute règle qui se respecte, il y a quelques exceptions.
Car oui, j’avoue, j’ai ri devant Un gars, une fille (l’exotisme de la vie de couple sans doute). Mais je te rassure tout de suite, cher lecteur, chère lectrice, je ne ris absolument pas devant Scènes de ménage dont je trouve le jeu d’acteurs plutôt moyen.
Oui, je ris devant Fais pas ci, fais pas ça (l’exotisme de la vie de famille sans nul doute). Mais comment résister au charme de Bruno Salomone et surtout de Valérie Bonneton absolument irrésistible en mère de famille nombreuse coincée et décalée ?
Evidemment, en tant qu’Astiera, comment passer sous silence les deux séries qui ravissent autant mes zygomatiques que mon cœur ? Comment ne pas évoquer Kaamelott et Hero Corp ? Si ces deux séries me font rire, c’est avant tout parce qu’elles sont bien écrites et qu’elles m’emportent dans les univers tout droit sortis de ces têtes bien faites et bien pleines. Dans Kaamelott, les personnages ne sont jamais caricaturaux, simplistes, Alexandre Astier a une sincère tendresse pour chacun d’eux. Et lorsqu’il arrive à dépasser le format de la pastille humoristique pour évoluer vers une épopée, tout fait sens. Je ne surprendrai personne en affirmant que je préfère le Livre V, saison la plus sombre, dans laquelle Arthur touche le fond. Pour Hero Corp, on est dans une logique similaire. Les dialogues et les situations sont comiques, mais ces personnages vivent avant tout une aventure, doivent se dépasser pour sauver le monde, ça rigole pas quoi !
Lorsqu’on est series addict, on est surtout fan de séries américaines. Mais qu’en est-il de la production hexagonale ? Autant vous dire tout de suite que c’est pas vraiment gagné…
La tradition de la série policière plan-plan Pendant longtemps, TF1 et France Télévisions se sont cantonnées aux séries policières bien tranquilles, aux héros classiques et sans grand relief : Commissaire Moulin, Navarro, Julie Lescaut, Cordier juge et flic, Une femme d’honneur, Femmes de loi, Alice Nevers, le juge est une femme, PJ, La crim, Central Nuit, Avocats et associés, Boulevard du Palais, Central Nuit, Le groupe flag, Quai N°1… Toutes ces séries n’étaient pas des catastrophes (j’ai regardé à plusieurs reprises PJ et La crim), mais le ton restait bien policé. La prime revient aux productions TF1, franchement pas enthousiasmantes, mais faisant des cartons d’audience : donc à quoi bon tenter d’améliorer la qualité puisque ça marche ?
Les séries familiales bien sous tout rapport et les remake qui rapportent gros Ce que TF1 a bien compris, c’est que les bonnes séries familiales, pétries de bonnes intentions et de morale irréprochable (mais quelque peu cucul, si, si, j’ose !), et ben ça marche ! Chaque diffusion de Joséphine, ange gardien déchaîne les foules, Une famille formidable réalise également de très bons scores d’audience. Et là, encore une fois, le piège de l’audimat se referme sur le series addict : si ces programmes sont regardés en masse (ce qui fait une masse de cerveaux disponibles), pourquoi se creuser la tête à trouver des concepts innovants ?
Le comble du manque d’imagination est atteint avec les remake des séries américaines qui cartonnent. TF1 se gave (et nous gave aussi au passage) avec des soirées interminables des Experts. Puisque les Experts cartonnent, ben pourquoi ne pas faire des Experts bien de chez nous ? Et voilà comment est né RIS, qui a les défauts des Experts (dialogues pas travaillés), sans en avoir les qualités (intrigues peu ficelées et surtout techniques d’investigation bien cheep). Mais là encore, carton d’audience. Du coup, je m’interroge : le Français n’a-t-il donc aucun sens critique ? Comment peut-il à la fois aimer l’original et la pâle copie ? Il y a vraiment des choses qui m’échappent. Exception qui confirme la règle : TF1 a pris un four avec L’Hôpital, une série qui se voulait la version française de Grey’s Anatomy. Mais n’est pas Dr Mammour qui veut (en même temps, je comprends pas l’engouement pour Grey’s Anatomy, mais ceci est un autre débat).
Le cas Plus belle la vie S’il y a bien un carton qui me laisse perplexe (voire qui me déprime totalement au choix), c’est bien le succès de Plus belle la vie. En lançant ce soap marseillais, France 3 n’imaginait sûrement pas un tel engouement. Moi-même, je n’y comprends pas grand-chose : des dialogues désolants, un jeu qui l’est tout autant (sûrement plus la faute aux dialogues qu’aux acteurs), des péripéties hautement capillotractées, bref, l’incompréhension totale. Et pourtant rien ne semble arrêter ce succès : communauté de fans, diffusions en prime time, séances de dédicaces blindées et fans hystériques (je vous arrête tout de suite : je ne suis pas une fan hystérique, j’dois être trop vieille pour ça ).
Canal + entre dans la danse Depuis quelques années, Canal + s’est lancée dans la production de séries ambitieuses : Engrenages (achetée par la BBC, fait très rare et plutôt bon signe), Mafiosa, Braquo, Pigalle la nuit, Maison Close… J’ai suivi les saisons 2 et 3 d’Engrenages et j’ai beaucoup aimé : personnages à relief, bons dialogues, bon jeu, intrigues bien ficelées et, ce qui ne gâche rien pour moi, du glauque et du sanglant. Maintenant, le risque, c’est de ne faire que dans la série glauque. Canal a tenté la version historique (et sulfureuse ?) avec Maison Close, mais d’après plusieurs critiques, cette série n’est pas une grande réussite.
Les formats courts : fausse bonne idée ? S’il y a bien un format de séries qui réussit en France, c’est bien celui de la pastille. Par pastille, je ne vous parle pas du dernier médicament pour soigner le mal de gorge, mais bien des séries en format court. Le précurseur du genre : Un gars une fille sur France 2. Il faut bien reconnaître que c’était une réussite : Chouchou et Loulou sont vite devenus incontournables dans beaucoup de foyers. Caméra Café est ensuite apparu sur M6, succès également qui a même essayé de se faire une place au cinéma, avec moins de réussite cette fois-ci. Une fois Caméra Café terminée, M6 a eu la très bonne idée de diffuser Kaamelott (bon, je vais pas vous refaire ma fan de base lol).
Et voilà, qu’inexorablement, le format court est victime de son succès : il faut en faire à tout prix, même si la qualité en pâtit. France 2 a lancé les hostilités avec Samantha oups ! dont les gags, bien que faisant sourire, ne cassaient pas trois pattes à un canard. M6 a ensuite décidé de relancer la machine avec Caméra Café 2 et… ils se sont bien plantés. Faut dire que niveau idée, ils avaient fait fort : la boîte de l’étage au-dessus se récupère la machine à café de la première version, fallait oser ! Mais M6 ne se laisse pas abattre pour autant et depuis peu, ils ont ressorti le vieux pot de France 2 avec Scènes de ménages : trois couples en plein conflits quotidiens, cela ne vous rappelle rien ? Ironie du sort, Audrey Lamy, sœur d’Alexandra (la Chouchou de la grande époque) joue l’un des personnages. Mais là, M6 semble avoir fait le bon choix puisque Scènes de ménages n’arrête pas de battre des records d’audience. Et pourtant, navrée de casser l’ambiance, mais ces trois couples sont moins drôles que leurs glorieux prédécesseurs. Mais bon, les problèmes de couple, c’est bankable ! Dommage que la chaîne n’ait pas voulu innover un peu plus.
Ces exceptions qui donnent de l’espoir Et oui, cher lecteur, chère lectrice, même si le paysage des séries françaises prête plus au spleen qu’à l’enthousiasme débridé, tout n’est pas (totalement) perdu.
Bien sûr, il y a Kaamelott et Hero Corp. Bon, pour Hero Corp, l’histoire ne se finit pas très bien car malheureusement, il est plus que probable que la saison 3 ne voie pas le jour (j’y reviendrai sûrement dans un prochain billet).
Mais il y a aussi Fais pas ci, fais pas ça diffusée sur France 2 et qui en est déjà à sa 3e saison. On y suit deux familles voisines qu’apparemment tout oppose : d’un côté la famille prout prout bien catho avec mère au foyer et 4 enfants et de l’autre, une famille recomposée avec mère névrosée, père en restructuration professionnelle, ado et préado. Tous les éléments sont réunis : des acteurs top (mention spéciale à Valérie Bonneton qui joue Fabienne Lepic, la mère au foyer complètement barrée), des dialogues réussis, des situations qui peuvent sembler banales, mais fort sympathiques, et des personnages attachants.
Autre série du service public qui vaut le détour, Un village français diffusée sur France 3 et qui en est elle aussi à sa 3e saison. Cette série raconte l’occupation dans un village français Tous les aspects sont réunis : la collaboration, la résistance, les Juifs, et surtout la complexité du choix qu’il a fallu faire à cette époque. J’étais passée à côté des deux premières saisons et j’ai regardé la 3e (bon, j’ai lamentablement manqué les deux derniers épisodes, shame on me…). Le ton est assez juste, crédible et une série traitant cette période trouble de notre histoire est toujours intéressante.
Autre série en costume qui a été une agréable surprise : Nicolas Le Floch. On peut parler de série, même si le format ne l’est pas totalement : des saisons (deux pour le moment) de deux épisodes d’une heure et demie chacun. Comme son nom l’indique, cette série est une adaptation des romans de Jean-François Parot. Pour ceux qui ne voient toujours pas qui est ce fameux Nicolas, il s’agit d’un inspecteur de police du temps de Louis XV. Je sais, présenté ainsi, ça sent le plan naphtaline, mais détrompez-vous, on passe un bon moment devant les aventures de ce policier en perruque (ok, il n’a pas de perruque, mais ça faisait bien comme formule) fort bien interprété par Jérôme Robart. Les dialogues écrits “comme à l’époque” fonctionnent très bien et cerise sur le gâteau, l’humour se fait plus présent en saison 2. Bref, j’attends la 3e saison.
Mais il n’y a pas que le service public dans la vie, il y a aussi Arte et ses Invincibles. Adaptée d’une série canadienne, elle raconte les déboires de quatre trentenaires et amis d’enfance, qui décident de signer un pacte d’amitié totalement débile mais lourd de conséquence. Petite filiation avec Hero Corp : l’un des personnages dessine à ses heures perdues une BD dans laquelle lui et ses potos sont des super héros. Leurs aventures sont mêlées à celles des personnages. Ne vous fiez pas au générique au 1000e degré, ça vaut vraiment le coup (ne serait-ce que pour voir François Rollin en curé déjanté). Alors, ne manquez pas la deuxième saison qui doit débarquer en février.
Je terminerai avec une série que j’attends avec Signature qui sera bientôt diffusée sur France 2. Réalisée par Hervé Hadmar (Pigalle la nuit sur Canal +, encore elle), elle raconte l’histoire de Sandrine Bonnaire qui part à la Réunion sur les traces d’un homme disparu. Et pour cause, il a croisé la route de Sami Bouajila, tueur en série de son état. Rassurez-vous, je n’ai absolument rien spoilé. La première saison comportera 6 épisodes de 52 minutes. La teaser fait vraiment envie et je vous conseille les documents réalisés pour Nowatch TV.
Vous rêvez d'avoir Dr House comme médecin, vous avez un T-shirt Dharma Initiative, vous vous damneriez pour accompagner le dark passenger de Dexter et vous passez votre temps à dire C'est pas faux ou Pinage ? Ne vous inquiétez pas, il est inutile de consulter : vous êtes simplement un series addict. Et si vous n'avez pas encore tous ces symptômes, n'ayez pas peur !